Carole Fournier a vécu une montagne russe d’émotions au Marathon des Sables

EDMUNDSTON – Qu’est-ce qui motive une personne à s’imposer des souffrances à la limite du supportable dans la seule pratique d’un sport? Où cela mène-t-il? Pourquoi? Ces questions ont été posées à Carole Fournier qui, il y a un mois, a torturé pendant plus d’une semaine chaque parcelle de son corps dans le très difficile Marathon des Sables, une épreuve de course à pied par étapes de 250 km en autosuffisance alimentaire dans le désert du Sahara sud-marocain.

Certes, le double olympien Joël Bourgeois a raison de dire que l’être humain est depuis toujours parfaitement adapté à courir des longues distances, avec obstacles ou non. Il soutient aussi, et avec justesse, que des gens effectuaient des courses de 160 km avant même la naissance des Jeux olympiques de l’ère moderne en 1896.

Mais quand même.

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Carole Fournier, en dépit de l’exploit qu’elle vient d’accomplir, n’est pas une athlète de carrière comme Georges Gallant, Patty Blanchard ou Bourgeois, justement. La course à pied, cette jeune femme d’Edmundston n’y a goûté pour la première fois qu’en juillet 2012. Ça fait donc moins de trois ans. Ce n’est quand même pas commun, dans la jeune trentaine, de devenir une coureuse extrême quand on n’a jamais, aussi bien dire, couru d’une traite jusque-là la distance séparant deux poteaux de téléphone. Et c’est à peine exagéré.

Depuis son retour à la maison, Carole Fournier dit se faire poser un tas de questions.

Il y a tout de même eu certains moments de plaisir à travers cette aventure pour Carole Fournier (866), comme dévaler les dunes de sables. - Gracieuseté
Il y a tout de même eu certains moments de plaisir à travers cette aventure pour Carole Fournier (866), comme dévaler les dunes de sables. – Gracieuseté

«Plusieurs personnes veulent savoir pourquoi je fais ça, lance-t-elle. Je réponds que c’est pour le dépassement de soi. C’est tellement fort de compléter une épreuve qui te semble à prime abord impossible. En fait, il faut le vivre pour comprendre.»

«Le Marathon des Sables, c’est une montagne russe émotionnelle d’une semaine dans un panorama extraordinaire avec des scènes à couper le souffle. C’est une course d’une beauté inouïe à la fois inspirante et brutale. C’est une semaine d’introspections qui te fait vraiment grandir. J’y ai entre autres appris que nous nous mettons souvent des barrières sans raison alors que nous sommes pourtant capables de sortir de notre zone de confort. Ça m’a fait réaliser que rien n’était impossible», mentionne-t-elle.

De son propre aveu, Carole Fournier a vécu la semaine la plus difficile de son existence, à commencer par de multiples tempêtes de sable qui ont drôlement compliqué le quotidien des participants. Au fil des jours, elle a souffert de déshydratation, de fatigue, de problèmes aux pieds et d’un peu de désespoir. Elle a aussi risqué sa vie. Pourtant, même si elle concède qu’il faut une certaine dose de courage pour s’attaquer à une épreuve comme le Marathon des Sables, elle estime que ce n’est toutefois pas le premier prérequis.

«Avant le courage, je dirais que la première qualité que tu dois posséder est la détermination. Il y a eu des moments où je me sentais physiquement très mal. Quand tu es rendue à un point que tu as tellement mal aux pieds et que tu as l’impression de recevoir un coup de marteau à chacun de tes pas, c’est atroce», dit-elle.

Carole Fournier prend une petite pause parce qu’elle a mal aux pieds. - Gracieuseté
Carole Fournier prend une petite pause parce qu’elle a mal aux pieds. – Gracieuseté

«En fait, le mot atroce n’est pas suffisant pour décrire ce que tu ressens. Tu as tellement mal que ça gruge ton énergie et ça occupe toutes tes pensées. Pourtant, j’étais loin d’être la plus mal en point. J’étais même, parmi les participants, celle qui avait les plus beaux pieds. J’en ai vu qui avaient des ampoules grosses de deux à trois centimètres carrés», affirme celle qui a repris l’entraînement en fin de semaine.

Carole Fournier retournera-t-elle un jour au Maroc pour s’attaquer encore une fois au Marathon des Sables?

«Si on m’avait posé la question après ma deuxième journée là-bas, j’aurais répondu non tout de suite. C’est très difficile mentalement. Maintenant, avec le recul, je suis obligée de dire peut-être. Je me sens déjà nostalgique. Tu en viens à oublier les moments pénibles pour ne garder que le plus beau. Avant d’y participer, j’ai toujours cru que n’importe qui pouvait prendre part au Marathon des Sables. Aujourd’hui, je ne sais plus. Une chose est sûre, ça prend une volonté de fer. Il faut que ça vienne des tripes», ajoute-t-elle.