Roméo LeBlanc, le père… et l’arbitre

Carole LeBlanc vit une année remplie d’émotions fortes. Elle a d’abord décidé d’écrire un livre sur la vie de son père à la mi-janvier. Malheureusement, il est décédé quelques semaines plus tard d’une courte maladie et, quelques jours seulement suivant ses funérailles, il a été intronisé au Temple de la renommée sportive de Memramcook. Pendant le mois qui a suivi, elle ne se sentait pas capable de tenir à nouveau la plume. Puis, tout a débloqué. Et vendredi, elle a tenu pour la première fois le produit final: Above the Crowd; the story of my father Roméo LeBlanc.

Oui, Roméo LeBlanc, cet arbitre et juge de ligne légendaire, déjà qualifié de modèle parfait au jugement sûr et à l’éthique irréprochable. Ce même Roméo LeBlanc qui a oeuvré pendant plus de 40 ans dans les arénas et qui, de par son mentorat et son exemple, a ouvert grandes les portes de la LNH à plusieurs officiels acadiens dont Bernard DeGrâce, Richard Gaudet et Ghislain Hébert, pour ne nommer que ceux-là.

«C’est un sentiment bizarre, raconte l’auteure en parlant de ce bouquin de quelque 230 pages tout frais sorti des presses de l’éditeur Water’s Edge Publishing de Moncton. Ce sont des mois de travail que je tiens dans mes mains. C’est très spécial, très émouvant et aussi très thérapeutique. Ça vient contrebalancer la tristesse car même si mon père a fait une belle vie, nous n’étions pas prêts à le voir partir.»

Cette photo datant des années 1990 montre Roméo LeBlanc (à droite), en compagnie l’arbitre acadien Bernard DeGrâce et le légendaire commentateur Don Cherry. - Archives
Cette photo datant des années 1990 montre Roméo LeBlanc (à droite), en compagnie l’arbitre acadien Bernard DeGrâce et le légendaire commentateur Don Cherry. – Archives

Ce bouquin se veut un hommage à un père qui a aussi été un père pour plusieurs autres personnes au Nouveau-Brunswick, explique Carole. Elle n’a pas eu besoin d’interroger une multitude de personnes pour saisir l’essence de ce personnage plus grand que nature, dit-elle, mais elle a accueilli avec beaucoup de bonheur et d’humilité ces témoignages de gens les plus proches qui le connaissaient très bien. Avec comme résultat un ouvrage qui raconte à la fois sa vie de père, de travailleur et d’arbitre à travers diverses histoires et anecdotes sur et hors de la patinoire.

«Ce que je retiens de lui, c’est qu’il a été un père bien réel pour ma soeur Monique et moi, en plus d’être un père pour plusieurs autres Acadiens qui voulaient suivre ses traces comme arbitre. Il a été une très bonne personne, un bon père et un bon homme de famille. Et un bon arbitre, évidemment (rires). Il donnait beaucoup de lui pour les autres. Trop? Je ne pense pas. Il était bon à balancer les choses. Jamais je ne me rappelle avoir songé qu’il était trop souvent parti de la maison. En écrivant ce livre, j’ai été un peu surprise car chaque personne qui a bien voulu se livrer a vécu une relation spéciale et unique avec lui. J’ai beaucoup aimé le découvrir», soutient Carole, qui préfère garder les anecdotes les plus savoureuses pour ceux et celles qui liront le bouquin qui, pour l’instant, ne sera disponible qu’en anglais.

Il faut dire que Carole a vécu une relation privilégiée avec Roméo LeBlanc, en raison de leur connexion pour le hockey. Elle accompagnait souvent son père aux matchs qu’elle regardait des gradins. Ils en discutaient ensuite sur le chemin du retour à la maison.

«En raison de son rôle d’arbitre, nous connaissions aussi bien les règles que lui. Je voyais le match des gradins et lui de la patinoire, ce qui nous donnait deux perspectives différentes. Moi, j’aimais savoir ce que les joueurs lui disaient et parfois, je lui demandais pourquoi il avait pris telle décision. Il aimait ça de voir que j’étais aussi intéressée», estime l’auteure, qui a notamment pu lui faire lire quelques chapitres avant son décès, en février, à l’âge de 69 ans.

Et qu’en penserait-il aujourd’hui, maintenant que l’oeuvre finale est dans les mains de Carole?

«Je suis certain qu’il en serait très fier. Il aurait certainement ri de lire toutes ces histoires. Il avait toujours voulu écrire sa biographie mais il n’en avait jamais eu le temps. Peu avant son décès, il m’a accordé cette permission. Il a lu quelques chapitres et je crois qu’il serait fier du résultat final», mentionne-t-elle.

Un lancement à l’aréna Arthur-J.-LeBlanc

Carole LeBlanc lancera officiellement Above the Crowd; the story of my father Roméo LeBlanc le jeudi 30 juillet, dans l’entrée de l’aréna Arthur-J.-LeBlanc de Dieppe. À son avis, il ne pouvait pas y avoir meilleur endroit.

Ce sera également très émouvant puisque Roméo LeBlanc aurait célébré, ce jour-là, son 70e anniversaire de naissance. Ce sera plutôt un premier anniversaire sans lui.

Mais plutôt que de pleurer leur père, la famille voudra davantage commémorer avec joie sa vie par l’entremise de ce livre.

«C’est la bonne place, est convaincue Carole. Après la maison avec nous, c’était à l’aréna où mon père était le plus confortable. C’est une belle façon de lui rendre hommage. En plus, sa photo est là, à l’entrée. Il va être présent avec nous, c’est certain.»

Plus qu’un livre de mémoire, Carole LeBlanc a voulu que la vie de son père, transcrite dans les pages de ce bouquin, ne soit jamais oublié et serve d’exemple pour ses petits-enfants Jérémie, âgé de 15 ans, Mia, 9 ans, et Miko, 7 ans.