Geneviève Lalonde flotte encore sur un nuage

Pour le commun des mortels, une 19e position représente habituellement un échec total. Mais dans le cas de Geneviève Lalonde, ce résultat est non seulement une réussite éclatante, mais bien le couronnement d’une saison exceptionnelle. Quelques heures après sa belle prestation face à l’élite mondiale, l’Acadienne de 23 ans flottait encore sur un nuage.

«Je suis plus que satisfaite de mon résultat», confiait-elle depuis sa chambre d’hôtel de Pékin.

«Je me suis donné toutes les opportunités possibles et j’ai presque couru mon meilleur temps à vie. Je n’ai aucun regret», souligne-t-elle.

Avec le recul, l’athlète originaire de Moncton affirme avoir opté pour le meilleur plan de match face aux meilleures du 3000 m  steeplechase de la planète dimanche.

«Le début de la course était un peu lent, mais la vitesse augmentait à chaque tour. Mon plan était de rester avec le groupe de tête jusqu’à ma limite», explique-t-elle.

«À 800 m de la fin, je n’avais juste plus la même vitesse que les autres. Je dois apprendre de ça et m’entraîner encore plus fort pour l’an prochain (les Jeux olympiques de Rio de Janeiro).»

Même si l’expérience a été pénible par moments, Lalonde dit avoir savouré chaque moment de cette course.

«Les conditions étaient très chaudes, mais on ne le ressent plus dans la course. Il me semble qu’à un point, je me suis dit que mes lèvres étaient sèches, mais ce n’était pas un problème», raconte-t-elle.

«Je n’ai pas pensé à autre chose que de me pousser le plus que je pouvais. Après la ligne d’arrivée, je me suis dit “wow, quelle expérience et quelle année!”», lance la meilleure athlète acadienne de l’histoire.

Geneviève Lalonde reconnaît que la semaine qu’elle vient de vivre à l’autre bout du monde restera gravée à jamais dans sa mémoire.

«Mon but ultime était de me qualifier pour la finale. Mon but secondaire était de compétitionner du mieux que je pouvais. C’est pour ça que je suis sur la ligne de départ. J’ai terminé la course avec un bon chrono et j’ai fait mon possible pour faire la finale. Donc, je suis contente!»

C’est donc avec le sentiment du devoir accompli qu’elle rentre au pays.

«Je suis maintenant à un autre niveau dans mon sport, mais dans la vie de tous les jours, ça ne changera pas grand-chose. Je continue d’avoir mes rêves et de suivre ma passion», souligne-t-elle.

«Je rentre à Guelph bientôt et je vais relaxer. J’ai fini les compétitions pour un bout. Je vais aussi faire un petit voyage en Acadie dans quelques semaines pour célébrer les 10 ans de mon ancienne école secondaire (l’Odyssée) et aussi pour passer du temps avec ma famille et mes amis.»

La suite des choses sera passablement occupée pour elle.

«Après ça, je retourne aux études (en maîtrise) et je vais faire un autre voyage dans l’Arctique pour la recherche (elle étudie en sciences de l’environnement). Ça va me permettre d’oublier un peu la course et de revenir encore plus fort l’an prochain. J’ai accompli plus que je n’aurais imaginé cette année, mais là, je vais m’amuser!»

«Le premier mot qui me vient en tête, c’est: incroyable!» – Jason Reindl

Ils ont été nombreux à suivre les moindres faits et gestes de Geneviève Lalonde lors des Championnats du monde d’athlétisme en Chine. Jason Reindl figure parmi les admirateurs inconditionnels de l’Acadienne.

Selon lui, nous assistons présentement à l’ascension d’une étoile.

Reindl sait de quoi il parle, lui qui est entraîneur haute performance pour Athlétisme Nouveau-Brunswick, entraîneur de l’équipe d’athlétisme de UNB, entraîneur de l’équipe des Jeux du Canada de 2017 et entraîneur du Club d’athlétisme de Saint-Jean.

«Le premier mot qui me vient en tête, c’est: incroyable! À part les Jeux olympiques, c’est le plus gros événement en athlétisme. Le fait de terminer tout juste en dehors de la finale face aux meilleures athlètes au monde représente tout un accomplissement pour elle», souligne-t-il.

L’entraîneur chevronné n’est pas du tout surpris des résultats de Lalonde.

«Elle a offert le rendement qu’on attendait d’elle. Geneviève a bien performé toute la saison et ce n’était pas surprenant de la voir obtenir un résultat qui est très près de son meilleur temps en carrière.»

Jason Reindl reconnaît que l’athlète de 23 ans nous a fait vivre une année exaltante.

Il attribue une bonne partie de ses succès à son environnement et à son talent presque sans borne.

«Elle s’entraîne avec une très belle équipe à Guelph. Le groupe d’entraîneurs a réussi à créer un environnement propice au développement de leurs athlètes. Il faut aussi parler de sa maturité comme athlète. Elle comprend maintenant ce que ça prend pour avoir du succès à ce niveau», mentionne-t-il.

Selon lui, Lalonde semblait destinée à marquer l’histoire du sport au Nouveau-Brunswick.

«C’est une fille qui travaille très fort. Son éthique de travail est irréprochable. Elle possède évidemment beaucoup de talent naturel et elle a réussi à le faire éclore au fil des ans.

Je pense aussi qu’elle se sert du fait qu’elle vient d’une petite région comme une source de motivation. Elle se dit que même si elle vient d’une petite ville, elle veut prouver au reste du monde qu’elle peut tenir son bout et avoir du succès au niveau international.»

Reindl pense que Geneviève Lalonde deviendra avant  longtemps la meilleure de l’histoire de son sport au Canada.

Selon lui, le record canadien est déjà en péril.

«Définitivement. Je suis sûr à 100 % qu’elle va le battre, juste de la façon dont elle s’est améliorée récemment. Et quand un athlète se retrouve à moins d’un an des olympiques, il trouve facilement la détermination et la concentration nécessaire. Je ne serais donc pas surpris du tout si elle épate tout le monde au début du mois de juin 2016 avec un meilleur temps personnel et un record canadien.»

Peut-elle logiquement envisager gagner sa vie avec l’athlétisme?

«Ce sera une question de la passion qui l’habite et où elle veut aller dans la vie en terme de carrière dans le sport. Certains athlètes font beaucoup d’argent en athlétisme au niveau professionnel, mais c’est loin d’être le cas de tous. Je pense qu’elle doit seulement continuer de gravir les échelons une marche à la fois. On verra bien où ça va la mener.»

Quand elle soufflera ses 100 bougies et qu’on lui demandera quelle a été la plus belle année de sa carrière sportive, Geneviève Lalonde répondra sans aucun doute: 2015!

Une année 2015 exceptionnelle pour l’Acadienne de Moncton

L’Acadienne a tout simplement marqué l’histoire du sport en Acadie au cours des derniers mois.

Cette saison exceptionnelle a débuté avec un record provincial de 9min46sec05c lors d’une compétition qui avait lieu à Stanford, en Californie, en mai.

Elle se trouvait à ce moment à une petite seconde du standard qui donne accès aux Jeux olympiques de Rio en 2016.

Geneviève Lalonde n’a besoin que d’un top 3 aux Championnats canadiens pour s’assurer d’une place aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro.
Geneviève Lalonde n’a besoin que d’un top 3 aux Championnats canadiens pour s’assurer d’une place aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro.

Ce standard, elle allait l’atteindre le 14 juin à New York, dans une épreuve de la Ligue de diamant de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF).

Lalonde a terminé en cinquième position du 3000 m steeplechase, en plus d’établir un record provincial et un meilleur temps personnel de 9min35sec69c.

Le 4 juillet, elle se classait deuxième lors des Championnats canadiens d’athlétisme qui se déroulaient à Edmonton.

Toujours en juillet, Lalonde a remporté la médaille de bronze à l’occasion des Jeux panaméricains à Toronto, devant plus de 20 000 spectateurs enthousiastes.

Elle a complété cette épreuve en 9min53sec03c, à moins de cinq secondes de la gagnante (l’Américaine Ashley Higginson), qui a établi un nouveau record panaméricain.

C’est donc classé 24e au monde dans sa discipline que l’Acadienne s’est présentée aux Championnats du monde en Chine.

Elle allait épater la galerie avec une 19e position et un temps plus que respectable de 9min36sec83c.

Lalonde est devenue la première athlète du Nouveau-Brunswick à participer aux Championnats du monde d’athlétisme depuis Joël Bourgeois en 2001.

Cette performance est venue placer un point d’exclamation sur une année exceptionnelle pour l’athlète de 23 ans.

«Dès la première journée de 2015, j’avais décidé que j’allais donner tout ce que j’avais pour mon sport. Je voulais faire mon possible et j’allais voir ce qui allait arriver», raconte-t-elle.

«Je suis présentement en train de célébrer des expériences inoubliables et de rencontrer des gens exceptionnels», ajoute-t-elle.

Et le plus incroyable dans toute cette histoire, c’est que 2016 pourrait surpasser ce qu’elle vient de vivre.

Comme elle est actuellement dans la fleur de l’âge, Geneviève Lalonde peut se permettre de rêver au record canadien de 9min33sec45c, qui est détenu par Jessica Furlan depuis 2014.

Et il y a bien sûr les Jeux olympiques de Rio.

Pour assurer sa qualification, tout ce dont elle a besoin, c’est de terminer parmi les trois meilleures lors des championnats canadiens, qui auront lieu à Edmonton en juillet 2016.

Elle pourrait donc ajouter à un tableau de chasse déjà bien garni.

Rappelons que Lalonde a remporté le bronze aux Jeux mondiaux de la Francophonie en 2013. L’ancienne championne des Jeux de l’Acadie possède aussi plusieurs médailles nationales au niveau universitaire alors qu’elle portait les couleurs de l’Université de Guelph.