Sébastien Savage… déjà un peu plus de 10 ans

Il n’y aura jamais rien de facile dans sa vie de tous les jours. Les petits gestes anodins que nous tenons tous pour acquis représentent pour lui un défi quotidien. Mais une décennie après le terrible accident qui l’a laissé tétraplégique, Sébastien Savage est enfin un homme heureux.

À 35 ans, l’ancien hockeyeur de Saint-Albert, en Ontario, a toutes les raisons d’aborder la vie avec le sourire.

L’ancien joueur des Aigles Bleus de l’Université de Moncton a emménagé dans une maison spécialement construite pour ses besoins il y a deux ans, à Casselman. Il vient aussi d’obtenir son permis de conduire et il a une femme dans sa vie depuis quelques mois. Enfin, il vient d’entamer le dernier droit de son baccalauréat en psychologie et en criminologie à l’Université d’Ottawa.

Après de nombreuses périodes sombres, Savage se porte beaucoup mieux.

«Ça va bien. J’ai eu quelques problèmes de santé au cours des dernières années, comme des pneumonies et des bronchites, mais tout ça est derrière moi. Je suis très content de pouvoir donner des nouvelles aux gens de l’Acadie», souligne-t-il avec enthousiasme.

«Je serai toujours attaché à Moncton. J’y pense souvent. Je vois ça de deux façons. J’ai eu mon accident, mais j’ai eu beaucoup de plaisir avant mon accident. J’aimais la ville, les gens, l’université et ma vie là-bas. En bout de ligne, les souvenirs positifs l’emportent sur les points négatifs», avance celui qui était un robuste attaquant.

Tous les partisans du Bleu et Or se souviendront avec un frisson dans le dos de sa terrible chute dans le coin de la patinoire, lors d’un match contre les Axemen d’Acadia à l’aréna J.-Louis-Lévesque le 22 octobre 2005.

Celui qui a remporté la Coupe Memorial en 2001 avec les 67’s d’Ottawa s’est retrouvé paralysé à partir du cou avec une fracture majeure à la cinquième vertèbre.

Au fil des ans, il a cependant retrouvé un peu de mobilité dans ses bras et ses épaules.

Mais plus rien n’allait être comme avant pour lui.

«Je l’ai su immédiatement. Je ne pouvais rien bouger. Je savais que j’avais le cou brisé», avait-il déclaré à l’époque.

Comme il n’a jamais perdu conscience, il se souvient de tout.

«Mes souvenirs sont restés très clairs, jusqu’à l’hôpital. J’aime mieux être resté conscient et avoir eu connaissance de tout ce qui s’est passé», mentionne-t-il.

Sauf qu’il est le premier à reconnaître qu’il traverse encore des périodes pénibles, que ce soit au plan médical ou psychologique. Mais jamais il n’a pensé au suicide, affirme-t-il.

«Ça n’a jamais été une option pour moi. Mais c’est sûr qu’il y a eu des moments difficiles. Tu te dis: “qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça?”. Mais je préfère essayer de trouver des solutions pour améliorer les choses. Il y a toujours des trucs que je ne serai pas capable de faire, mais j’essaie de trouver d’autres moyens pour arriver au même but.»

Il a été brièvement recruteur pour le compte du Bleu et Or, mais il n’est plus impliqué dans le monde du hockey. Il suit quand même encore les performances des Aigles Bleus.

«Je vais voir le classement de temps en temps. Léo (Godin) nous tient au courant des pointages de chaque partie. Il est bon pour afficher les résultats sur sa page Facebook», souligne-t-il.

Mais il n’a plus vraiment de contacts avec l’organisation du Bleu et Or.

Plus le temps passe et moins l’ancien numéro 17 se remémore ces tragiques événements.

«Je vais y penser de temps en temps, surtout quand j’entends quelqu’un qui a eu un accident ou qui est tombé. C’est là que je revois des moments quand je suis tombé, ou tout ce qui a suivi», raconte-t-il.

Cela dit, Sébastien Savage préfère désormais regarder vers l’avenir plutôt que de se morfondre avec le passé. Et de ce côté, il a toutes les raisons d’être optimiste.

«Je suis fier parce que ç’a été dur et ç’a été long pour finir mes études. Je n’ai pas pu aller à l’école pendant quelques années pour des raisons médicales. Mais dans la dernière année, j’ai pris sept cours et je vais terminer au printemps. J’avais un but de finir ce que j’avais commencé à l’université. Je me rends compte que tout est possible. Je commence à avoir un peu d’expérience pour surmonter l’adversité! Je commence à être bon là-dedans», blague-t-il.

«J’aimerais ça me trouver un travail dans mon domaine. J’ai été habitué d’avoir un but en tête. Si ce n’était pas le hockey, c’était autre chose. Je veux faire la même chose dans ma vie professionnelle.»

On peut l’affirmer sans se tromper, Sébastien Savage revient de loin.