Mandy Bujold a tout donné

Mandy Bujold était prête pour les Jeux olympiques. Cela ne l’a pas empêchée de connaître une fin de tournoi en queue de poisson. Cette boxeuse qui a grandi à Moncton revient au Canada la tête pleine de questions et avec le désir de prendre un peu de recul.

L’athlète aujourd’hui établie à Kitchener, en Ontario, a connu un départ canon à Rio de Janeiro, le 12 août. lors des huitièmes de finale chez les poids mouches (-51 kg, ou 112 livres). Elle est alors allée chercher une décision unanime des juges.

«Mon premier combat s’est très bien passé, j’ai eu une bonne performance», a-t-elle raconté en entrevue téléphonique, lundi après-midi, quelques minutes avant de monter à bord de l’avion qui l’a ramenée au Canada.

Cette victoire convaincante lui a ouvert la voie vers les quarts de finale. Mais la veille de son face-à-face du 16 août avec la Chinoise Ren Cancan, médaillée d’argent des JO de Londres, son parcours a pris un tournant dramatique lorsqu’elle a été atteinte de problèmes intestinaux.

Après un court séjour à l’hôpital où on a tenté de lui faire reprendre ses forces, l’heure du duel est venue. Déshydratée et épuisée, elle a enfilé ses gants et est allée au combat.

«Sachant que j’étais aux Olympiques, je suis montée dans le ring alors que n’aurais probablement pas dû le faire. Je n’aurais probablement pas combattu si ç’avait été lors de n’importe quelle autre compétition. Mais parce que c’était les Olympiques, je devais au moins essayer.»

Sa résilience lui a permis de survivre aux assauts de la Chinoise, mais ça n’a pas été suffisant pour convaincre les juges, qui ont donné unanimement la victoire à son opposante.

«J’ai fait ce que j’ai pu. Je me suis battue contre une athlète de calibre mondial. C’est une championne mondiale. Je n’ai pas eu assez d’énergie pour me pousser suffisamment et pour aller chercher la victoire. (…) J’ai fait ce que j’ai pu avec ce que j’avais ce jour-là.»

Elle quitte Rio avec le 5e rang dans la catégorie des poids mouches. Elle n’a pas atteint le podium, mais revient tout de même au bercail avec le meilleur résultat du Canada en boxe, toutes classes et sexes confondus.

«Je veux me donner du temps.»

La poussière commence à retomber pour cette pugiliste née en Ontario et qui a passé la majeure partie de son enfance et de son adolescence à Moncton.

Chaque chose en son temps. Elle n’a même pas encore regardé son combat en quarts de finale à Rio.

«C’est encore un peu trop vrai, trop émotionnel. Donc je vais juste attendre d’arriver à la maison et prendre le temps de penser à tout ça.»

Lorsqu’on lui demande si elle songe déjà aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020, elle répond sans hésiter, en riant un peu au passage.

«En ce moment, non. Tu sais quoi? Je veux me donner du temps. Je dois prendre du temps, relaxer et profiter de ma vie un peu. Depuis 13 ou 14 ans, je me suis concentrée, je me suis entraînée pour ce moment. Au cours des prochains mois, je vais juste devoir laisser aller et vivre une vie un peu plus normale sans penser à mon prochain entraînement.»

Elle ne ferme pas la porte à double tour, mais s’assure de ne pas faire de promesse. Elle a beaucoup donné jusqu’à maintenant, après plusieurs années sur le circuit international, et ne veut pas sauter des étapes.

«Je pense que la boxe est un sport qui requiert un engagement à 100%. Je dois m’assurer que le désir de compétitionner est encore là avant de prendre une décision.

Corruption: une note amère au tournoi olympique

Le tournoi de boxe à Rio a eu lieu sur fond d’allégations de corruption des juges et d’arbitres. Plusieurs décisions ont été douteuses, certaines même scandaleuses, ce qui a mené au retrait d’officiels. Un véritable fiasco.

Tout cela n’a pas laissé indifférente Mandy Bujold.

«C’est triste de voir quelque chose comme ça se passer. Évidemment en arrivant aux Jeux, on savait déjà qu’il y avait une forme de corruption. C’était juste une question de temps avant que ça sorte dans les médias.»

Elle dit trouver cela dommage, puisque la boxe amateur ne se retrouve sous les feux des projecteurs, à la télévision nationale, qu’une fois aux quatre ans et que ces controverses n’ont pas fait de bien à la réputation de ce sport.

Mandy Bujold craint aussi que les allégations de corruption aient des conséquences négatives sur les athlètes qui triment dur pour trouver l’appui dont ils ont besoin pour continuer à s’entraîner.

«C’est dur pour nous comme athlètes. Tu essaies d’aller chercher des commandites, tu essaies de faire la promotion de ton sport. Et là, il va y avoir une conversation négative sur le sport.»