Julien Breau: il s’est exilé aux Etats-Unis comme hockeyeur, il en est revenu musicien

Prenez le temps de vous imaginer la scène. Vous êtes au Centre Rhéal-Cormier de Shippagan et dans quelques instants les Lynx de la Péninsule acadienne vont affronter une formation pee-wee AAA de la République tchèque qui est en tournée en sol canadien. L’aréna est presque plein pour cette visite inhabituelle. L’annonceur-maison demande alors à la foule de se lever et une jeune femme, passablement nerveuse, se présente au micro afin d’entamer le Ô Canada. Au même moment, le gardien partant des Lynx retire son masque et va s’asseoir derrière un piano avec ses grosses jambières pour l’accompagner.

Cette anecdote, qui ne s’invente pas, remonte à 1994.
Le gardien de but est Julien Breau, qui deviendra plusieurs années après le bassiste du groupe Prenez Garde. La jeune femme, elle, est Kim Breault. Deux ans plus tard, sa soeur Jackie accouchera d’une petite fille qu’elle prénommera Chloé, aujourd’hui l’une des chanteuses les plus talentueuses parmi la nouvelle génération.
Cette histoire, Julien Breau la raconte comme s’il y était encore. Avec le recul, il réalise à quel point la situation flirtait avec le burlesque.
«Je prenais des cours de piano dans ce temps-là et ils m’ont juste demandé si ça me tentait de l’accompagner. Après l’entraînement d’avant-match, ils ont mis un piano sur la glace et je m’y suis dirigé habillé en gardien. C’est un beau souvenir. Il y avait pas mal de monde et je me souviens que j’avais bien joué même si nous avions perdu», révèle-t-il.
Julien Breau a joué son hockey pee-wee AAA et bantam AAA dans la Péninsule acadienne. Wilfred Le Bouthillier, Michel Doiron et Charles Beattie sont parmi les joueurs qui ont croisé sa route à l’époque.
Puis, avec la bénédiction de ses parents, il s’exile aux États-Unis pendant sept ans afin de non seulement poursuivre son cheminement dans le hockey, mais aussi pour étudier la musique.
Les trois premières années se dérouleront à l’Académie Suffield dans l’État du Connecticut. Ensuite, il séjournera quatre ans au Bowdoin College, dont le club de hockey fait partie de la NCAA en troisième division.
Du haut de ses 6 pieds 1 pouce et de ses 200 livres, Julien Breau prenait beaucoup de place devant le filet. Il était aussi réputé pour sa très longue crinière.
«J’avais les cheveux longs à la fin des années 1990 et je ressemblais comme deux gouttes d’eau à mon petit cousin Jean-François Breau, qui était déjà très populaire avec la comédie musicale Notre-Dame-de-Paris. Je lui ressemblais tellement qu’au Deauville je me faisais payer des drinks par des gens qui me prenaient pour lui», mentionne-t-il en riant.
«À la même époque, l’entraîneur à Bowdoin, Terry Meagher, n’aimait vraiment pas mes longs cheveux. Meagher était un excellent entraîneur et il est d’ailleurs toujours en poste, mais il n’était pas capable d’accepter mes cheveux longs. Moi, j’y tenais à cause de la musique. Je me suis donc entêté et avec le recul je me suis bien obligé d’admettre que ça m’a probablement nuit. J’aurais tellement aimé qu’il me fasse jouer plus souvent», affirme-t-il en riant.
«Ç’a quand même été de beaux moments là-bas. Le hockey a été une très belle aventure. Et d’avoir la chance d’étudier aussi longtemps aux États-Unis grâce à des bourses, ce n’est pas rien», dit-il.
Julien Breau savait depuis longtemps qu’il ferait sa vie dans la musique. C’est à la fois dans son sang et dans chacun des pores de sa peau, totalement indélogeable.
«Devant le filet, j’avais parfois de la difficulté à m’empêcher de groover entre les hors jeux quand j’entendais une bonne toune. C’était vraiment très dur de ne pas bouger, surtout quand c’était du AC/DC», lance-t-il en éclatant de rire.
Il se rappelle également fort bien de la fois que les Alpines de Tracadie lui avaient demandé d’accompagner le club. Il n’était âgé que de 14 ans et il n’en revenait pas de se retrouver dans le même vestiaire en compagnie de joueurs comme Douglas McGrath, Jean-François Boutin et Raymond Robichaud, qui était alors en fin de carrière.
«J’avais des gros yeux dans le vestiaire de voir ces gars-là. C’était Léopold Thériault qui était l’entraîneur. Je n’avais pas joué les deux fois que j’ai accompagné l’équipe pour des matchs, mais j’ai cependant pris part à quelques entraînements avec eux», confie-t-il.
Fait à noter, le chanteur de Prenez Garde, son oncle Dominique Breau, est lui aussi un ancien gardien de bon niveau. Il a même porté les couleurs des Alpines de Tracadie au milieu des années 1980. Le guitariste Nicolas Basque et la violoniste Marie-Andrée Gaudet complètent le quatuor.

_medaillon

Enfin, comme tous les autres artistes interrogés, Julien Breau avoue que le hockey l’a aidé à faire la transition vers la musique.
«Le hockey et la musique sont deux mondes complètement séparés, mais en même temps il y a plein de choses qui sont similaires. Comme je suis le contrebassiste dans le groupe, je suis davantage en retrait. Un peu comme un gardien au hockey finalement. Dans les deux disciplines, mon rôle a toujours été de faire sûr que toutes les choses fonctionnent bien jusqu’à la fin», souligne celui qui a accroché les patins pour se mettre à la course à pied.
Ce dimanche, Julien Breau prendra d’ailleurs part à ce qui sera son 54e Demi-marathon de l’Acadie.