Triathlon extrême: Annie Pellerin est revenue de l’enfer

Il était 4h du matin sur les rives du majestueux lac Mégantic. Debout devant la vaste étendue d’eau agitée, une petite Acadienne de Cocagne se demandait bien ce qu’elle était venue faire dans ce coin magnifique du Québec.

Annie Pellerin avait devant elle le plus gros défi de sa carrière: le Canada Man-Woman Xtreme Triathlon du Lac-Mégantic. Et elle l’a relevé avec brio. Son temps de 17h27m27s la place au 74e rang sur plus de 130 athlètes.

L’athlète âgé de 35 ans a franchi la ligne d’arrivée au 9e rang chez les femmes et 2e dans son groupe d’âge (35-39 ans).

Mais avant de se jeter dans les eaux glacées de l’un des plus célèbres lacs en Amérique, le doute s’est emparé d’elle. Un doute qui l’a quasiment incité à reculer, à abandonner ce projet un peu fou.

«Tout était beau et c’était vraiment cool d’être là, mais je me demandais pourquoi je m’étais inscrite à ça, pourquoi j’étais là, raconte-t-elle en rigolant. Faire de la nage dans un lac à 4h30 du matin, ce n’est vraiment pas quelque chose que j’avais pratiqué. Ça réveille drôlement!»

C’était aussi sans compter sur les éléments, qui ont semblé se déchaîner juste pour elle.

«C’est un gros lac et il y avait vraiment des grosses vagues. C’était vraiment difficile de nager là-dedans. Il y avait aussi du courant. J’ai avalé pas mal d’eau et je me suis étouffée au début», souligne celle qui en était à son sixième triathlon.

«Je savais que ce serait extrême, mais je n’avais aucune idée à quel point. Je me suis dit que j’allais commencer l’épreuve et que je verrais comment la journée allait aller. Et si je ne peux pas le finir parce que c’est trop difficile, au moins je l’aurai essayé. Mais dans ma tête, j’étais convaincue depuis le début que je pourrais le terminer.»

Une fois le calvaire du lac passé, Annie Pellerin croyait que le reste du parcours serait plus facile. Grave erreur!

«Une fois que j’ai sauté sur le vélo, c’est devenu très difficile. J’avais complètement sous-estimé les côtes et la dénivellation. On avait en plus un vent de face pour presque toute la course, explique-t-elle. J’allais à quelque chose comme 24km/h en descendant les buttes et je me suis dit: “ouf, ça ne va pas bien là!” Il y a aussi un bout où on a eu de la pluie et c’était froid. On a même eu de la grêle.»

Juste pour vous donner une petite idée, Annie Pellerin avait bouclé le parcours de vélo de son dernier Ironman (au Maryland) en 5h26m. Dimanche, elle a eu besoin de 8h29m pour franchir la même distance. Malgré tout, l’Acadienne n’a jamais songé à abandonner.

«Une fois que j’ai débarqué du vélo, je me sentais bien physiquement, mais mentalement, j’étais un peu défaite», reconnaît celle qui avait pourtant encore un marathon devant elle…

«La course a super bien été. Je voyais beaucoup de gens qui avaient des difficultés et je réalisais que ce n’était pas moi qui avais une mauvaise course.»

Mais elle n’était pas encore au bout de ses peines, loin de là.

«J’ai adoré la course, mais le fait de faire les 12 derniers kilomètres en forêt à grimper le mont Mégantic, c’était vraiment pénible. En fait, c’était presque de l’escalade. J’ai pu courir par bout, mais c’était vraiment difficile.»

Puisant dans ses dernières réserves, Annie Pellerin a réussi à franchir la ligne d’arrivée. Ce qu’elle a vécu ensuite est difficile à expliquer, avoue-t-elle.

«Je ne pouvais pas croire que j’avais pu finir la course. C’est le premier événement que je me retrouve sur la ligne de départ et que je ne suis pas certaine de que je vais être capable de le faire, physiquement et mentalement.»

C’est le cas de le dire, elle a été en enfer et elle en est revenue.

«C’était comme un tout autre sport. C’est assurément la chose la plus difficile que j’ai faite dans ma vie.»

À côté de cette épreuve rocambolesque, sa prochaine aventure (le marathon de Chicago) lui donnera sans doute l’impression de faire une petite balade dans le parc de 42,2 kilomètres.