Karine Spagnoletti intoxiquée au Ironman

On dit que la pomme ne tombe jamais bien loin du pommier.

Pour s’en rendre compte, un simple regard suffit normalement. Ça peut être le bout du nez, le philtrum – vous savez le U situé au sommet de la lèvre supérieure -, les yeux ou encore les pommettes. Karine Spagnoletti a hérité d’un peu tout ça de ses parents, Raymond et Claudette Maltais. En réalité, ils lui ont légué bien plus puisqu’elle est comme eux friande de sport. Et, c’est sans oublier cet humour hilarant qu’elle tient, semble-t-il, de sa maman, une ex-fondeuse internationale qui a également réussi à gravir le Kilimandjaro en 2012.

Dans son Balmoral natal, Karine s’est initiée au ski de fond dès l’enfance grâce à des parents dingues du sport en plein air.

Même que Karine est parvenue à se tailler une place dans l’équipe provinciale jeunesse et a pris part à quelques reprises à des compétitions sur la scène nationale.

Comme la majorité de ses amies, elle ambitionnait dans le temps de devenir la prochaine Mylène Thériault. Mais, n’est pas une Olympienne qui veut. Encore moins une triple olympienne.

Aussitôt son secondaire terminé à la polyvalente Aux-Quatre-Vents de Dalhousie, Karine remise ses skis pour se consacrer à ses études universitaires. Elle aspire à devenir une femme d’affaires, ce qu’elle deviendra d’ailleurs.

Mais un mariage, la naissance de ses quatre filles – Mia-Paris, Charlize, Izzy et Becca – et quelques déménagements plus tard, la voilà devenue Karine Spagnoletti et femme au foyer habitant la Caroline du Nord, plus précisément à Raleigh.

En 2012, alors âgée de 36 ans, elle décide comme ça de se lancer dans les triathlons sprint. La même année, elle complète un premier demi-Ironman.

«J’ai beau avoir abandonné le ski de fond, je n’ai jamais cessé de courir pendant toutes ces années, précise-t-elle. La course, je tiens ça de mon père et de ses amis coureurs comme Michel Savoie, entre autres. Ce sont eux qui ont semé la graine de la course en moi.»

«J’ai même pris part à plusieurs marathons et demi-marathons avant de commencer les triathlons. Le problème, c’est que je me blessais souvent. Et c’est justement parce qu’une blessure m’empêchait de courir que j’ai commencé à nager et à faire du vélo afin de garder la forme», raconte-t-elle.

– Gracieuseté

«Au départ, même si j’ai eu des petits succès sur la scène locale, je faisais seulement des triathlons pour m’amuser», confie-t-elle.

Le hasard (ou le destin) fera qu’en novembre 2012, pendant une soirée bien arrosée avec quelques bouteilles de vin, Karine et son mari commencent à parler de partir en voyage. Dans la même période, une amie habitant en France lui a demandé d’être sa dame d’honneur à son mariage prévu en juin 2013. L’alcool aidant, elle manigance aussitôt son projet de fou devant son homme.

«J’avais découvert que le Ironman de Nice avait lieu une semaine avant le mariage de mon amie, dit-elle en riant. Je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée. Ça s’est décidé comme ça. Je me suis achetée mon premier vrai vélo de compétition et je me suis trouvée une entraîneure (Jackie Miller) qui m’a surtout appris à finir un Ironman.»

Elle complétera l’épreuve en 12h08m50s, bon pour la 55e position chez les femmes.

Deux Ironman en cinq semaines

Karine Spagnoletti a depuis ajouté six autres Ironman à son curriculum vitae: Mont-Tremblant en août 2014 (10h47m34s), Nouvelle-Zélande en mars 2015 (11h15m02s), Whistler en juillet 2015 (11h31m01s), Chattanooga en septembre 2016 (11h46m40s) et Lake Placid en juillet de cette année (10h46m50s).

Dans moins de deux semaines, elle sera du départ des Mondiaux de la discipline à Kailua-Kona à Hawaï (14 octobre). Puis, cinq semaines plus tard, elle participera au Ironman de l’Arizona dans la municipalité de Tempe. Pour ceux qui se posent la question, un Ironman consiste à 3,8 km de natation, 180,2 km de vélo et 42,2 km de course à pied. Une «bagatelle» de 226 km qui demande un effort quasi surhumain à chaque muscle de notre corps.

De son propre aveu, il faut être un brin zinzin pour se lancer à l’assaut de deux Ironman en si peu de temps.

«Je suis aussi folle que ma mère», lance-t-elle en riant aux éclats.

– Gracieuseté

«Écoute, faut être folle pour choisir ses vacances en fonction d’un Ironman. Là, j’ai promis à Christopher (son mari) que je ne prendrai part à aucun Ironman en 2018. C’est le plan. Reste à voir si je vais tenir le coup», poursuit-elle dans un autre éclat de rire.

N’allez quand même pas croire que le Ironman est devenu une passion. Dans son cas, c’est bien plus que cela.

«Je dirais que je suis davantage intoxiquée que passionnée», rétorque-t-elle avec humour.

«Ce que j’aime dans cette discipline c’est que tu es seule dans ta tête pendant 10 heures. C’est un sport dans lequel l’aspect mental compte pour 80% de la course, contre 20% pour la préparation physique. Si au début l’adrénaline aide beaucoup, par la suite tu combats constamment contre ton propre corps qui lui n’arrête pas de te dire d’arrêter. J’aime le défi que représente ce sport. C’est une aventure et tu ne sais jamais comment ça va aller», explique-t-elle.

«Bien sûr, c’était un peu rock ‘n’ roll pour mes premières compétitions avec les filles à la maison. Heureusement que mon mari était là pour m’épauler. Aujourd’hui c’est plus facile parce qu’elles vont toutes à l’école. Je sais que je suis chanceuse d’avoir un tel mari. C’est le meilleur shepa que j’aurais pu souhaiter. Il est à la fois mon chauffeur, mon plus grand supporteur et ma gardienne d’enfants», affirme-t-elle en laissant échapper un autre rire.

Ah oui, autre preuve comme quoi la pomme ne tombe jamais loin du pommier. Ses quatre filles prennent déjà part à des mini-triathlons sprint.