Dossier – Les médailles remplissent les boîtes, mais pas le portefeuille

Bien que toute l’élite, ou presque, salue les ambitions d’Alexandre L’Heureux, il s’en trouve quand même certains qui doutent qu’un tel projet puisse être viable à moyen ou long terme.

Lee Roy, qui se spécialise surtout au triathlon tout en prenant part à des épreuves de course à pied, fait partie de ce groupe.

«J’aimerais y croire et je veux y croire, assure l’athlète de Bathurst. En même temps, il y a une petite voix en-dedans de moi qui me conseille d’être réaliste, qu’un tel projet est impossible. Mais on ne sait jamais. J’espère vraiment me tromper et que c’est le début de quelque chose.»

Roy avoue que la création d’une telle course s’est régulièrement retrouvée dans les conversations au fil des ans.

«Pour l’élite, ce n’est pas évident au Nouveau-Brunswick. Les commandites sont rares et l’économie n’est pas à son plus fort», dit-il.

«En fait, faire partie de l’élite implique surtout d’être dans le rouge. Juste pour dire, depuis 2012 j’ai probablement remporté une centaine d’épreuves et j’ai dû gagner au maximum 5000$ en bourse. Cependant, ça m’a coûté 30 000$ pour me rendre aux compétitions», affirme-t-il.

«Des trophées et des médailles ça fait plaisir, mais ça remplit surtout des boîtes. Bien sûr que nous faisons de la compétition parce que c’est notre passion. Mais ce serait bien d’avoir quelque fois un juste retour du balancier. Après tout, il y a plein d’épreuves dans la province qui font leur publicité autour de nous», lance-t-il.

«On ne demande pas nécessairement de faire de l’argent, mais ce serait encourageant de ne pas finir ton année autant dans le trou. Il y a des événements qui pourraient par exemple consacrer 15% des inscriptions pour remettre de meilleures bourses à l’élite», suggère-t-il.

Un train de vie pas si évident

Dans un monde idéal, Lee Roy aimerait pouvoir se concentrer uniquement sur son entraînement. Il aimerait ainsi voir s’il ne parviendrait pas à atteindre des sommets qui lui semblent actuellement plus éloignés que la lune.

«J’ai 35 ans et je suis encore dans une courbe d’amélioration dans le monde du triathlon. J’aimerais ça pouvoir me concentrer juste sur l’entraînement. Juste pour voir où je pourrais me rendre. Idéalement, je me réveillerais le matin et j’irais nager de trois à quatre kilomètres pour ensuite revenir me reposer à la maison. Puis, en après-midi, je me taperais de deux à trois heures de vélo et je prendrais une autre pause. Enfin, après le souper, je complèterais ma journée d’entraînement en faisant de la course à pied», raconte-t-il.

«Mais pour arriver à ça, ça prend des commanditaires importants. Dans la réalité, je travaille de 40 à 44 heures par semaine comme soudeur et le soir je m’entraîne. Donc, en plus de ma semaine de travail, je m’entraîne de 20 à 30 heures. Je peux te dire qu’il n’y a pas un athlète professionnel qui en fait autant», ajoute Lee Roy, qui souhaite sincèrement que le 5 km organisé pour l’élite par Alexandre L’Heureux réveillera d’autres organisateurs de course.