L’équilibre du taekwondo du Grand Maître Gilles Savoie

Devenir Grand Maître d’un art martial sans jamais avoir fait de compétition est en soi un tour de force. C’est exactement ce que vient d’accomplir Gilles Savoie en taekwondo.

Le 25 septembre, le natif de Campbellton a été promu Grand Maître lorsqu’il a reçu son 8e dan de l’école Jidokwan.

Gilles Savoie est devenu du même coup l’un des rares Grands Maîtres francophones dans l’histoire du Canada avec le Québécois Benoît Morrissette, promu plus tôt cette année.

Une distinction qu’il doit bien sûr à son expérience et à sa philosophie vis-à-vis de son art martial, mais aussi grâce à ses travaux sur la biomécanique du mouvement.

On lui doit les ouvrages Manuel technique de taekwondo, publié en 2005, et surtout Taekwondo: le guide illustré, qui a suivi en 2011. Ces deux livres – particulièrement le deuxième – sont devenus des références dans le milieu.

Il y démystifie, entre autres, avec illustrations à l’appui, que sa théorie de propulsion de la hanche (qu’il a lui-même inventé) est plus efficace que la rotation classique. Elle permet ainsi d’aller chercher davantage de contrôle et de vitesse. Une théorie d’une logique implacable que la Fédération mondiale de taekwondo s’est empressée d’approuver.

Aujourd’hui âgé de 57 ans, Gilles Savoie explique avec émotion ce que représente pour lui l’heureuse nouvelle.

«Cette promotion, je l’associe évidemment à mon deuxième livre que j’ai conçu à l’hôpital en soignant un cancer de la prostate», confie-t-il.

«Lors de mes traitements, je me posais plein de questions par rapport au taekwondo. Je me demandais ce que j’aurais aimé que mon professeur m’enseigne afin que je puisse continuer à évoluer. C’est alors que j’ai pensé à écrire ce livre», dit-il.

«Au départ, Nicole (son épouse) m’écoutait et prenait des notes. Puis pendant ma convalescence, toujours avec l’aide de Nicole, j’ai trouvé le concept. Je vois ce 8e dan comme la reconnaissance de tout le travail effectué pendant cette période», raconte-t-il.

Grâce à Bruce Lee

Comme tous les enfants qui ont eu le goût de pratiquer un art martial, c’est en regardant les films de Bruce Lee au début des années 1970 que Gilles Savoie a eu la piqûre.

«Ce qui m’avait surtout épaté était le contrôle que Bruce Lee avait sur lui-même. Et cela, même quand il bougeait. Il paraissait fort même en se concentrant. Ça m’impressionnait terriblement. C’est ce pouvoir qu’il avait qui m’a attiré vers les arts martiaux», affirme-t-il.

C’était bien sûr avant qu’il ne découvre le taekwondo, un art martial inventé en Corée. En fait, Gilles Savoie a au départ baigné une douzaine d’années dans le karaté et le jiu-jitsu, qui sont deux arts martiaux japonais. Il a même pratiqué ces deux disciplines jusqu’à l’obtention d’une ceinture noire.

Le hic, c’est que le karaté et le jiu-jitsu ne parvenaient pas à combler son insatiable appétit pour l’étude du mouvement.

C’est après avoir rencontré le Grand Maître Chong Soo Lee, en 1980, que Gilles Savoie a enfin trouvé sa place.

«La façon que Maître Lee enseignait la biomécanique répondait à ce que je recherchais. Je me suis aussitôt identifié à ce qu’il enseignait, tant au niveau théorique que philosophique. Je n’ai jamais arrêté depuis», révèle-t-il au sujet de son mentor qui est malheureusement décédé en juillet.

En 2026, à moins d’une imprévue, Gilles Savoie devrait obtenir son 9e dan. Il aura alors 65 ans. C’est le plus haut degré en taekwondo.

«Je vais y arriver en autant que je continue à faire mes devoirs et à travailler fort. C’est très exigeant de s’y rendre. Il n’y en a pas beaucoup qui y arrive», indique celui qui habite à Petit-Rocher depuis quelques années après un long séjour au Québec.

Aujourd’hui, bien qu’il soit encore propriétaire d’une école de taekwondo en Gaspésie, il donne des cours depuis septembre à des adultes à Pointe-Verte, dans l’ancienne école rebaptisée La Barque.

«J’adore les arts martiaux. Ça fait 50 ans que j’en fais et j’aime toujours autant l’enseigner. Je m’entraîne aussi 90 minutes tous les deux jours dans mon local près de la maison. Chaque fois, j’éprouve un bien-être qui me fait du bien. Ça apporte un équilibre dans ma vie. Nicole (4e dan) et mes fils François et Jérémi pratiquent eux aussi le taekwondo et ils ont leur ceinture noire. Le taekwondo, ça rend zen», révèle-t-il.

«Dans le taekwondo tel que je l’enseigne, on recherche toujours l’équilibre tout en bougeant. C’est exactement comme dans la vie», ajoute-t-il.