Un passionné du ballon-balai relance ce sport auprès des jeunes

Écrire que Gervais Vautour adore le ballon-balai serait un euphémisme. Gervais Vautour n’adore pas le ballon sur glace, il en mange. C’est sa nourriture de base.

Imaginez-vous que ce diable d’homme s’est mis en tête de relancer son sport de prédilection en se concentrant sur la jeunesse. En moins de deux ans, rien que dans la municipalité de Néguac et ses environs, il a convaincu plus de 50 garçons et filles, âgés entre 9 à 15 ans, à adopter ce sport canadien. Deux fois semaine, ces jeunes se présentent au Sportplex avec leurs espadrilles spongieuses afin de taper dans un ballon avec un balai.

Gervais Vautour est fier de dire qu’on retrouve actuellement à Néguac une équipe mixte U-12, deux formations masculines U-15 et une autre féminine dans le même groupe d’âge. Et l’an prochain, il est déjà assuré qu’un club masculin U-19 sera ajouté au programme.

«Le ballon-balai a beau être un sport canadien, il est mal connu par les jeunes dans la région, dit-il. C’est pourtant un si beau sport. Tu n’as pas besoin d’être un professionnel pour le pratiquer et ça ne coûte pas cher. Dans ce sport, si tu peux courir, tu peux jouer. Quand j’ai commencé à m’occuper du programme, l’année dernière, nous avions une trentaine de jeunes. Cette année, nous en avons 53 et je sais qu’il y en a d’autres qui vont s’inscrire après Noël. C’est très encourageant.»

Vautour, qui pratique lui-même le ballon sur glace depuis son enfance, aimerait que son sport devienne aussi populaire qu’il ne l’est actuellement dans certaines régions du Québec et ailleurs au pays.

«Nous sommes loin de ce qui se fait au Québec. Là-bas, ils sont même à la veille d’avoir un programme sport-études en ballon sur glace (école secondaire de Cabano). Dans notre coin, ce serait déjà bien si d’autres municipalités décidaient de faire comme nous. Je pense à Shippagan, Caraquet, Tracadie et même Bathurst. Mais pour que ça se fasse, il faut que des gens s’en occupent. Ici, à Néguac, Jeannot (Richard) et moi nous dirigeons les quatre équipes. Ça veut donc dire que nous sommes toujours là, les mercredis et les dimanches, pour les matchs et les entraînements», révèle le bénévole dévoué.

En attendant, si cela peut aider à faire avancer les choses, Vautour se dit prêt à accueillir les jeunes d’ailleurs au sein de son programme.

«Nous ne refusons personne, indique-t-il. On ne sait jamais, c’est peut-être de cette façon que nous allons donner le goût à des gens à se partir un tel programme dans l’aréna de leur coin.»

À long terme, Gervais Vautour espère être en mesure de développer des équipes en mesure de prendre part aux compétitions nationales.

«Si nous parvenons à tenir le coup, j’aimerais apporter au moins une équipe au National, confie-t-il. Déjà, tu peux voir le talent naturel chez certains jeunes. Ils ont un très beau potentiel. Je veux qu’ils découvrent que le ballon sur glace peut les faire voyager. J’ai moi-même déjà pris part à des championnats mondiaux et il y a plein d’Acadiens qui ont voyagé ici et là dans le monde grâce à ce sport. Tout récemment, Jeff Plourde et Hubert Blanchard ont été en Italie et ils ont gagné. D’ailleurs, c’est un sport qui se développe énormément actuellement en Europe.»

Lors du récent tournoi présenté à Néguac, les quatre équipes du programme y ont pris part. Et deux d’entre elles (U15 garçons, U15 filles) participeront en février au tournoi de Notre-Dame-du-Lac dans le Témiscouata. Un tournoi de fin de saison sera aussi organisé en mars au Sportplex.

Les heures d’entraînement du programme de ballon sur glace de Néguac sont les mercredis, de 19h30 à 21h, ainsi que les dimanches, de 17h à 19h. Les parents qui aimeraient inscrire leurs enfants au programme peuvent le faire en contactant Gervais Vautour au 776-3352.

Les années 1970, l’âge d’or dans la Péninsule acadienne

Dans les années 1970, le ballon sur glace était tellement populaire dans la Péninsule acadienne que chaque aréna présentait son tournoi annuel, sans oublier ceux qui étaient organisés pendant les carnavals d’hiver dans les petites localités dotées d’une patinoire extérieure.

Euclide Blanchard, qui était le chef de file des célèbres Pigeons de Pigeon Hill avec les frères Plourde, Réjean et Jean-Marie, les frères Guignard, Georges-Aimé et Louis-Philippe, ainsi que Florent Hébert, se souvient encore fort bien de cette époque.

«Le ballon-balai était à son meilleur dans les années 1970. Tu pouvais voir jusqu’à 50 ou 60 équipes dans un tournoi. Il y avait tellement d’équipes que les matchs étaient joués jusque tard dans la nuit», affirme-t-il.

Selon Blanchard, les Copains du Nord de Saint-Isidore, les Marins de Caraquet et le Ti-Lou Sports de Pigeon Hill étaient les clubs à battre pendant les années 1970. Les Pigeons, eux, ont débuté dans la deuxième moitié de cette décennie.

«Nous nous étions regroupés une bande de jeunes pendant l’hiver de 1974-1975. Comme nous n’avions pas de chandails, nous avions pris ceux de balle molle sur lesquels il était écrit Pigeons junior. Le nom est resté. Dès 1978, nous avons remporté le premier de nos sept championnats provinciaux consécutifs», relate-t-il.

«Nous étions tellement ambitionnés que je me rappelle que nous allions jouer à Saint-Isidore toute l’équipe dans une boite de truck qui n’était pas chauffée. Nous n’avions même pas de sac pour mettre notre équipement. Nous attachions tout ça sur notre balai. Une méchante différence avec les jeunes d’aujourd’hui, hein?», raconte Euclide Blanchard en riant.

Dans les années 1980, quelques autres formations ont commencé à tirer leur épingle du jeu. Parmi celles-ci, les Jaws d’Eel River Crossing, les Voyageurs de Robertville et les Pirates de Saint-Raphaël-sur-Mer.

«Le ballon sur glace a commencé à perdre en popularité au milieu des années 1980, mentionne-t-il. Les Pigeons, eux, ont abandonné en 1984 après avoir gagné la médaille d’argent aux Championnats canadiens présentés à Moncton. C’est dommage parce que le meilleur restait à venir pour les Pigeons. La moyenne d’âge de l’équipe n’était que de 25 ans. Personnellement, j’ai participé à 20 reprises aux Championnats canadiens. La dernière fois c’était en 2004. Et si ce n’était pas que je travaille depuis dans l’Ouest, je crois bien que je jouerais encore.»

Euclide Blanchard est fier de voir son fils Hubert poursuivre la tradition. Ce dernier a d’ailleurs pris part le mois dernier aux Championnats de l’Europe en Italie, où en compagnie de son bon ami Jeff Plourde il a triomphé dans la division mixte.

«Il aime ça comme un fou. Le sport, pour moi, c’est la plus belle chose qui existe pour nos jeunes. En passant, j’aime ce que Gervais Vautour tente de faire à Néguac. C’est vraiment une bonne idée. Il faudrait que d’autres adultes dans chaque région s’inspirent de Gervais», ajoute-t-il.