Un boxeur veut un mort: ces «propos dégoûtants» choquent en Acadie

Le champion mondial poids lourd de la World Boxing Council (WBC), Deontay Wilder, a créé toute une polémique ce samedi en déclarant qu’il souhaitait que l’un de ses combats se termine par la mort d’un adversaire. Le président de la WBC, Mauricio Sulaiman, a rapidement réagi en faisant savoir qu’une enquête allait être entamée par la commision disciplinaire de sa fédération.

Wilder (40-0, 39 K.-O.) a fait ses déclarations lors de l’émission de radio The Breakfast Club, diffusée sur plusieurs stations américaines, en marge d’un combat d’unification qu’on tente d’organiser face au champion de l’IBF et de la WBA, le Britannique Anthony Joshua (21-0, 20 K.-O.).

Bien sûr, comme il fallait s’y attendre, la nouvelle a rapidement fait le tour du monde et la majorité des grands médias en ont fait mention.

«Je veux qu’il y ait un mort à mon palmarès, j’en veux un, vraiment», a révélé le pugiliste.

«Je dis toujours aux gens que quand je monte sur un ring, je suis le Bronze Bomber et quand je suis là, c’est fou, plus rien ne compte. Tout change en moi (sur un ring), je ne suis pas nerveux, je n’ai pas peur, je ne ressens rien pour l’autre être humain en face de moi. J’ai tellement de puissance, cela sera facile pour moi d’y parvenir», a entre autres ajouté Wilder.

Évidemment, les déclarations du boxeur ont vivement fait réagir dans le milieu de la boxe.

Pour un, Anthony Joshua, qui a défendu avec succès ses titres face à Joseph Parker samedi, s’est dit estomaqué d’entendre de telles choses.

«Je ne tolère pas cela. Je ne voudrais pas d’un corps sur mon palmarès», a révélé Joshua à The Guardian.

«Moi, avant un combat, je dis toujours ma petite prière dans le coin. Je prie pour le succès et je prie pour la santé [de l’adversaire]. J’ai même pris soin de parler à la mère de Parker avant qu’elle ne parte. J’ai dit: « Votre fils a bien fait et il sera de retour ». Pourquoi voudrais-je tuer son fils dans le ring?», a-t-il fait savoir.

«J’espère juste que ça n’arrive pas à quelqu’un. [Ce genre de conversation] n’est pas bon pour le sport du tout. Ça ne doit pas être non plus agréable de l’écrire, n’est-ce pas? Une fois la vie disparue, vous ne pouvez plus la récupérer.»

«Mais je me battrai un jour avec Wilder. D’ailleurs, avec tout le respect que je lui dois, Wilder a plus besoin de moi que j’ai besoin de lui. Et vous savez ce qui est intéressant? Il va me serrer la main après le combat et il me respectera. Donc, je ne prends pas ce qu’il a dit de façon personnelle parce que je sais qu’il ne le pense pas», a cru bon d’ajouter le champion britannique.

Réactions en Acadie

En Acadie, les réactions n’ont également pas tardé.

Denis Léger, président de la Commission des sports de combat du Nouveau-Brunswick, estime que le géant américain de 6 pieds 7 pouces vient de servir un œil au beurre noir à la boxe.

«Il n’y a pas de place pour ça dans ce sport, révèle-t-il. Tuer quelqu’un n’a jamais été l’objectif d’un boxeur. Là, Wilder démontre qu’il a des intentions criminelles. Il viole tout le code de conduite de la boxe qui est de respecter l’adversaire et de ne pas s’attaquer à l’intégrité du sport. À mon avis, il faudrait sérieusement envisager de faire évaluer son état mental. Ça fait 33 ans que je suis impliqué dans la boxe et c’est la première fois que j’entends quelqu’un parler ainsi. Il mérite une suspension.»

L’ancien champion mondial de kickboxing, Jean-Yves Thériault, s’interroge à savoir si les révélations de Wilder méritent une suspension ou une amende.

«Ce qu’il a dit était très antisportif, dit-il. Parfois, les gars se laissent prendre dans l’énergie du moment vis-à-vis la promotion d’un combat et font des déclarations qui n’ont pour but qu’attirer l’attention. On a qu’à penser à ce qui est arrivé avant le match entre Conor McGregor et Floyd Mayweather.»

L’ancien président de la Fédération canadienne de boxe professionnelle, Jerry Doiron-Gould, suggère pour sa part une longue suspension.

«S’il a vraiment voulu dire qu’il souhaitait tuer un autre être humain dans un ring de boxe, la suspension devrait être au moins de trois ans, affirme celui qui a également présidé la Commission de boxe et de lutte de Moncton pendant 21 ans. Notre sport a déjà suffisamment de problèmes sans qu’un clown avec un faible QI arrive avec des déclarations aussi scandaleuses.»

«C’était stupide et déplacé, confie pour sa part Bruno Lurette. Même s’il ne le pensait sûrement pas et qu’il cherchait plutôt à choquer le clan (Anthony) Joshua afin que ce dernier décide d’aller lui fermer la gueule chez lui aux États-Unis, la WBC doit exiger à tout le moins des excuses publiques de leur champion. Il ne faudrait surtout pas oublier qu’il y a plein de jeunes qui admirent ce gars-là et qui rêvent un jour de faire comme lui. C’est plate mais la boxe et les arts martiaux mixtes sont trop rendus une histoire d’argent. C’est d’ailleurs pourquoi j’aime tant le muay thai où les combattants vouent toujours un grand respect pour leurs adversaires.»

Annie Mazerolle, de son côté, mentionne qu’elle n’en revient toujours pas des propos controversés de Wilder.

«Ce sont des choses horribles à dire, dit-elle. C’est écoeurant. J’ai perdu tout respect pour ce mec. Je ne l’aimais déjà pas beaucoup, mais là je l’aime encore moins.»

Idem pour Dominic Babineau.

«Tout le respect que j’avais pour lui est perdu. C’est débile ce qu’il a dit. Ce gars-là est complètement dérangé. Personnellement, je sais que c’est la dernière chose que je voudrais quand je monte dans un ring. Avant un combat, je fais chaque fois une longue prière dans le vestiaire pour que mon adversaire et moi terminons tous les deux le combat en santé. Je pense encore qu’il n’a pas réfléchi à ce qu’il a dit. Il veut juste faire savoir qu’il est prêt à tout. Mais s’il continue, c’est évident qu’il va finir par se faire suspendre. Et un jour, Dieu le jugera pour ces commentaires», souligne-t-il.

Le promoteur de boxe amateur, Lorenzo Savoie, est de son côté d’avis que Wilder mérite d’être banni du sport.

«Il ne devrait même plus avoir droit à une licence de boxeur, encore moins de pouvoir entrer dans un autre club de boxe», lance-t-il.

Le porte-parole de la National Boxing Authority, Daniel Doiron, qualifie lui aussi les commentaires de Wilder de déplorables.

«Je n’ai aucun doute que ce n’était pour lui qu’un coup de publicité, mais ça manquait totalement de sensibilité. Ça me brise le cœur d’entendre de tels commentaires. Encore plus quand ça vient d’un boxeur. Il devrait savoir mieux. À part Mike Tyson, je n’ai jamais entendu un boxeur dire des choses aussi dégoûtantes. J’espère que quelqu’un aura une sérieuse discussion avec lui avant qu’il n’ouvre à nouveau la bouche. Il mérite une longue suspension et une très lourde amende», déclare-t-il.

«Je suis généralement quelqu’un qui croit à la deuxième chance, mais dans son cas c’est au-delà tout ce qui est acceptable. C’est répugnant et gênant. Ce gars-là a l’air de se croire meilleur que Mohamed Ali et d’autres grands. Il n’est pourtant même pas dans cette ligue et avec ce genre d’ego il est plus qu’improbable qu’il le devienne un jour. J’ai connu trois boxeurs qui sont décédés dans le ring. Chacun était un père, un frère et un membre à part entière de sa communauté. Et aucun d’entre eux n’aurait voulu tuer un adversaire parce que ça ne se fait pas. Les boxeurs sont généralement des gens avec de la classe. Il faut croire que Wilder devait être absent ce jour-là quand les autres ont appris ce que le mot classe voulait dire», ajoute Daniel Doiron.

Denis Martin, qui a récemment mis un terme à sa carrière de boxeur, croit que les commentaires de Wilder vont à l’encontre de ce qu’est réellement son sport.

«Qu’un champion comme lui tienne de tels propos donne une mauvaise représentation de ce que la boxe est réellement, dit-il. Certes, la boxe n’est pas un sport comme un autre. La boxe est l’expression d’une violence cachée dans l’homme et qui est socialement acceptée dans un arène. C’est l’endroit où on peut tuer quelqu’un sans être reconnu criminel. Pourtant, les gens qui pratiquent ce sport le font surtout pour leurs ambitions personnelles. Ça peut être la mise en forme, vaincre ses peurs, pour se tenir loin des drogues, pour avoir une vie plus saine et ainsi de suite. Malheureusement, les propos de Wilder vendent l’idée qu’on peut aussi pratiquer ce sport avec une intention malsaine. Et c’est surtout cela qui doit être évité.»

«Ce n’est pas la première fois qu’un boxeur tient des propos du genre. Rappelez-vous des discours de Mike Tyson. Pour ma part, si mes enfants diraient des paroles du genre, c’est clair que je les enverrais chez un psychothérapeute pour vérifier si leurs intentions sont bien réelles, ou si ce ne sont que des paroles en l’air sur le coup de l’émotion. Je suis de ceux qui croient que dans chaque homme de bien se cache un degré de violence qui doit parfois être canalisé. Et la boxe, comme d’autres sports de combat, est un bon chemin pour justement canaliser cette violence», commente Martin.

Julien Collette, qui n’a jamais eu la langue dans sa poche, estime que Deontay Wilder ne mérite aucunement d’être suspendu.

«Ce qu’il a dit sont des choses qui arrivent dans la boxe. Nous savons tous qu’il y a beaucoup de boxeurs qui vont dans le ring avec l’idée de faire mal à l’autre. Selon moi, Wilder a surtout voulu faire un petit coup de théâtre avec tout ça. Un peu comme la fois où Mike Tyson a dit:  »Si Razor Ruddock ne meurt pas, ça ne compte pas »», raconte Collette.

Réactions au Québec

Les révélations de Deontay Wilder ont également fait écho au Québec.

L’entraîneur Marc Ramsay, qui a fait de Jean Pascal, David Lemieux et Artur Beterbiev des champions du monde, penche du côté d’une simple maladresse de la part de Wilder.

«Je suis persuadé qu’il a fait ça pour faire un coup de publicité. Cela dit, c’était très inapproprié. Mais il faut comprendre que Wilder est davantage connu pour son coup de poing que pour son jugement et son niveau intellectuel», mentionne Ramsay.

L’ancien champion mondial Dave Hilton croit lui aussi qu’il s’agit d’un simple coup de marketing.

«Ça s’est déjà vu dans le passé des boxeurs parler de mettre K.-O. un adversaire ou encore de le tuer dans le ring afin de se faire de la publicité. Qui était pire que (Mike) Tyson ou (Mohamed) Ali pour dire de telles choses? Il y a toujours eu de grandes rivalités dans la boxe, mais après un combat tous les gars sont généralement amicaux», souligne Hilton.

«Après tout, qui veut entendre un boxeur dire qu’il aime son adversaire et qu’il souhaite que ce dernier ne sera pas trop brutal dans ses coups afin que lui ne le soit pas à son tour et que personne ne se fasse mal à la fin du combat. Ça ne serait aucunement vendeur», dit-il.

«Tous les boxeurs font des menaces avant un combat et certains ont même été jusqu’à casser la mâchoire de leur adversaire pendant une conférence de presse. Ça fait partie du business. Rappelez-vous de toute la merde qui s’est dite entre Conor McGregor et Floyd Mayweather avant leur combat. Je peux te dire que c’était encore pire dans le temps. C’était bien plus sérieux. À une certaine époque, le milieu de la boxe baignait nettement moins dans le showbizz et beaucoup plus dans la réalité», ajoute Dave Hilton.

Sur les ondes de Radio-Canada, Bernard Barré, du Groupe Yvon Michel (GYM), ne s’est pas gêné pour dénoncer les commentaires de Wilder.

«On peut clairement juger de la grosseur du cerveau de ce gars-là. Je n’ai jamais rien entendu de tel auparavant. Cela n’a pas sa place dans la boxe, ou dans quelque sport que ce soit», a indiqué Barré.

La communauté anglophone choquée

Ailleurs au Nouveau-Brunswick, il est évident que les déclarations de Deontay Wilder ont tout autant choqué.

L’entraîneur de longue date Aubrey MacLeod estime que Deontay Wilder aurait intérêt à faire son mea culpa.

«La WBC devrait l’obliger à aller rendre visite aux familles de Dave Whittom, Tim Hague et de quelques autres afin de s’excuser auprès de chacune d’elles. J’espère pour lui que son karma ne viendra pas le mordre dans les fesses parce qu’il risque de prendre pas mal de coups dans le ring. Le corps qu’il souhaite voir à son palmarès, ce sera peut-être le sien», confie-t-il.

Le promoteur de Fredericton Brandon Brewer est d’avis que Wilder a surtout parlé sans trop réfléchir.

«Malheureusement, nous voyons beaucoup de choses dans ce monde ces jours-ci. Et avec les médias sociaux, ça ne prend pas de temps que tout le monde le sait. J’espère que Deontay Wilder est plus compatissant que ce qu’il a démontré avec ses paroles. C’est malheureux ce qu’il a dit. Je crois qu’il doit absolument être puni. C’était non seulement dégoûtant, mais ça démontre aussi un total manque de classe», révèle Brewer.

Le promoteur Ian MacKillop, qui s’apprête justement ramener la boxe professionnelle à Miramichi après une pause de plus de 30 ans (N.D.L.R. – un gala sera présenté le samedi 5 mai au Centre civique), s’explique quant à lui fort mal les déclarations de Wilder.

«Je pense que c’est dégoûtant. Je ne peux croire que c’est vraiment ce qu’il ressent. Selon moi, il veut seulement faire parler de lui en étant controversé. Ça me démontre cependant qu’il n’est pas une personne intelligente», affirme MacKillop.

Bien qu’il considère les propos offensants, le promoteur de Moncton Dwayne Storey demeure convaincu que Wilder a seulement voulu faire parler de lui.

«Je suis sûr qu’il pensait que cela allait lui permettre d’avoir beaucoup d’attention. Dans les sports, en particulier les sports de combat, avoir de l’attention équivaut souvent à plus d’argent. Rappelez-vous les remarques scandaleuses de Mayweather et McGregor à l’approche de leur combat. Wilder essaie de se vendre pour attirer l’attention», explique-t-il.

«Certains boxeurs aiment se glisser dans le peau d’un personnage afin de maximiser l’audience en vue de leur prochain combat. Cela dit, dans le cas de Wilder, on a eu droit à de l’autopromotion à son niveau le plus absurde et le plus dérangeant. Par contre, bien que ses commentaires soient scandaleux et font montre davantage d’un manque de maturité que d’une intention réelle, je ne crois pas qu’il faut le suspendre à vue du sport. Je crois qu’il serait plus productif que M. Wilder aille rendre visite à des membres d’une famille en deuil d’un conjoint, un père ou un enfant dans le ring. Peut-être que cela lui ouvrirait les yeux et changerait sa perspective», dit-il.

«C’est barbare ce que Wilder a dit, mais malheureusement ce n’est pas si rare. Il est complètement hors-champ, antisportif et il s’agit d’une tentative pathétique d’auto-promotion. Malheureusement, dans ce cas-ci, tout tourne autour du Dieu dollar. Peut-être qu’en plus de visiter les membres d’une famille en deuil il pourrait remettre la totalité de la bourse de son prochain combat à un organisme pour venir en aide aux enfants et aux veuves de boxeurs tombés au combat. Ainsi, ça lui enlèverait toute envie d’accomplir son rêve en faisant des remarques aussi dégoûtantes et inhumaines», ajoute le promoteur.