Le championnat du Titan est aussi celui de ses recruteurs

Ce n’est un secret pour personne, une équipe riche dotée d’un bon groupe de recruteurs part toujours avec une longueur d’avance quand vient le temps de construire une équipe championne. Ce n’est pas pour rien si les Sea Dogs de Saint-Jean, les Knights de London, les Spitfires de Windsor et les Rockets de Kelowna prennent aussi souvent part au tournoi de la Coupe Memorial. Mais heureusement, il y a parfois des exceptions comme c’est le cas cette année avec le Titan d’Acadie-Bathurst et les Broncos de Swift Current.

Surtout dans le cas de Bathurst qui se veut le plus petit des 60 marchés de la Ligue canadienne de hockey.

C’est vous dire à quel point André Lévesque et son équipe de recruteurs (Normand Charbonneau, Sammy Mayers, Patrick Desrosiers, Patrick Black, François Graveline, Frédéric Lévesque et Brad Chamberlain), en dépit d’un budget qui est bien loin de rivaliser avec ceux des clubs riches, ont fait montre de beaucoup de flair dans la conception de l’équipe qui représente cette année la LHJMQ au tournoi présenté à Regina, en Saskatchewan.

Le directeur général Sylvain Couturier ne rate d’ailleurs jamais une occasion pour souligner l’apport de son chef-recruteur et son groupe d’«espions» dans les succès du club. Tout ça pour dire que dans la conquête de la coupe du Président, dimanche dernier, il y avait beaucoup d’eux là-dedans.

Selon André Lévesque, l’assemblage de cette équipe championne a pris naissance en mai 2014, à la suite de l’embauche de Mario Pouliot à titre d’entraîneur-chef.

«Mario est arrivé avec des idées à la première réunion, Sylvain avait aussi ses idées et moi je les ai écoutés. Puis, à un moment donné, nous en sommes arrivés à un certain constat sur le genre d’équipe et d’individus que nous voulions avoir», dit-il.

«Le travail qui a suivi consistait à dénicher (ces perles). Et une fois que nous les avons dénichés, Sylvain s’est mis au travail pour essayer d’acquérir les gars en question. Le premier joueur que nous avons ciblé était Jeffrey Viel. Quand nous sommes allés le chercher à Sherbrooke, nous savions ce que nous obtenions. Nous avions déjà une très bonne idée de ce qu’il allait nous apporter à court, moyen et long terme», souligne André Lévesque.

«Cela dit, je ne me souviens pas si nous savions qu’il allait devenir notre capitaine, mais c’est devenu évident assez rapidement, Je me rappelle que lorsqu’il a été nommé, c’était tout juste avant le repêchage à Charlottetown en 2016. Il était présent et c’était sa première mission comme capitaine. Il avait du feu dans les yeux tellement il était fier et content. J’ai aussitôt compris que nous venions de poser une autre belle pierre sur l’avenir de l’équipe», confie-t-il.

Quelques mois plus tard, le Titan y va d’une autre transaction d’apparence anodine mais qui s’est finalement avérée d’une importance capitale.

Samuel L’Italien – Archives: Emmanuelle Parent

«Cet hiver-là, Samuel L’Italien était l’une des meilleures têtes de hockey dans le midget AAA. Nous aimions beaucoup son sens du hockey. À 15 ans, c’est un centre qui était déjà en mesure de jouer beaucoup de minutes et de prendre des responsabilités importantes. Nous l’avions donc identifié parmi les joueurs que nous devions tenter d’aller chercher. Un bon jour, Sylvain m’appelle pour me dire qu’il pourrait peut-être sortir L’Italien du Cap-Breton en retour de (Alexandre) Gosselin. Je lui ai suggéré tout de suite d’accepter», raconte-t-il.

Puis, lors du repêchage de 2015, le Titan continue de travailler sur sa ligne de centre en sélectionnant Antoine Morand. Il le choisit tout juste après Joseph Veleno par les Sea Dogs, même si Maxime Comtois était mieux répertorié.

«Antoine était le premier joueur sur notre liste. Pour nous, la question ne se posait même pas. D’ailleurs, nous l’avions même annoncé la veille qu’il était notre gars, chose que nous n’avions jamais faite auparavant. En fait, c’était décidé depuis déjà un certain temps que c’était lui que nous voulions. Et nous en sommes contents», ajoute André Lévesque.

Le visage expressif d’Antoine Morand démontre à quel point les joueurs du Titan d’Acadie-Bathurst étaient heureux, dimanche. – Archives: Emmanuelle Parent

Noah Dobson: «Le meilleur que nous avons repêché à Bathurst»

Noah Dobson – Archives: Emmanuelle Parent

Pour compléter le noyau dur de cette équipe appelée à remporter la Coupe du Président au printemps de 2018, il manquait maintenant la pièce de résistance, un défenseur de premier plan. Un petit Mozart capable d’en montrer aux plus vieux. Ça adonne bien, le repêchage de 2016 regorge de quelques surdoués à l’arrière. Le Titan, lui, avait ciblé Noah Dobson, un Insulaire ayant de la famille dans la région Chaleur et qui avait passé l’hiver dans une école privée… en Autriche.

André Lévesque est catégorique, si le repêchage a lieu demain matin, Dobson sort au tout premier rang. C’est aussi clair que de l’eau de roche.

«Il sortirait premier c’est certain, dit-il. En fait, et là je ne veux pas faire ombrage à personne, parce que nous avons eu plusieurs bons joueurs au fil des ans, mais Noah est le meilleur que nous ayons repêché à Bathurst.»

«D’un point de vue potentiel, Noah est le total package. Il a vraiment tout. C’est un grand défenseur droitier de 6 pieds 3 pouces possédant une excellente tête de hockey, qui a tout un coup de patin et qui est d’un calme olympien avec la rondelle. Des joueurs comme ça ne courent pas les rues», mentionne-t-il.

«D’être capable de jouer comme il le fait à un si jeune âge, dans une ligue de 19 et de 20 ans, c’est hors du commun. Nous sommes très chanceux de l’avoir eu au sixième rang, d’autant plus qu’il était premier sur notre liste. C’est le fait qu’il évoluait en Autriche qui l’a fait glisser au sixième rang. Les autres équipes ne l’ont pas beaucoup vu. Et quand tu repêches tôt, c’est important d’être capable de projeter l’avenir du joueur. Sinon, si tu le veux, tu dois te mettre ta tête sur la bûche pour convaincre ton équipe de le choisir. Je me souviens d’ailleurs d’une réunion avant le repêchage où je m’étais justement mis la tête sur la bûche. Et Sylvain aussi voulait Noah», soutient le recruteur-chef du Titan.

«Nous avions le cinquième choix cette année-là et Sylvain (Couturier), qui était convaincu que Baie-Comeau ne prendrait pas Noah, a accepté de se reculer d’un rang afin d’ajouter un autre choix à notre banque. Puis, quand est arrivé notre tour, Sylvain m’a dit qu’il pouvait se reculer d’un autre rang et je lui a dit que le risque était trop grand et que je ne voulais pas perdre ce jeune», confie-t-il.

Selon André Lévesque, Dobson en donne encore plus qu’il se l’était imaginé. Comme si l’Insulaire avait accéléré son développement de deux saisons.

«Malgré tout son talent, nous avons tous été surpris avec la rapidité à laquelle il s’est acclimaté au calibre de jeu. Ça ne lui a pas pris de temps à pouvoir nous donner des grosses minutes. C’est plaisant que tu récoltes les fruits d’un joueur que tu as ciblé. Et Noah, actuellement, nous en donne énormément», ajoute-t-il.

De bonnes transactions

Autre point qu’il ne faut pas négliger selon André Lévesque, c’est qu’en cours de route le directeur général Sylvain Couturier a eu la main heureuse dans la plupart des transactions complétées ces deux dernières années.

Adam Holwell, Liam Murphy, Ethan Crossman, Justin Ducharme et Keenan MacIsaac sont autant de bonnes transactions qui font bien paraître le DG du Titan. C’est sans oublier la sélection de Michal Ivan au repêchage européen, ainsi que les ajouts de German Rubtsov, Olivier Galipeau, Evan Fitzpatrick, Samuel Asselin et Mitchell Balmas au cours de la saison.

Le défenseur du Titan d’Acadie-Bathurst, Michal Ivan. – Archives: Emmanuelle Parent

«Disons-le comme ça, ce championnat nous dit que nous avons eu une bonne moyenne au bâton. Certes, ce n’est jamais parfait, mais l’accumulation des bons coups est largement supérieure aux moins bons coups», affirme le recruteur-chef du Titan.

«Et puis, il n’en reste pas moins que le repêchage demeure une partie d’échecs entre 18 équipes. Il faut juste essayer de tirer le maximum de tout ça», dit-il.

«Sylvain a fait du très gros travail. Le repêchage européen, par exemple, est en fait un encan d’agents libres avec les agents des joueurs. Il a d’abord fallu redorer l’image du Titan aux yeux de ces agents. Ç’a débuté il y a quelques années quand Sylvain s’est rendu en Finlande avec trois des propriétaires. Je n’y étais pas, parce que le plus important était que les proprios s’impliquent afin de démontrer aux agents à quel point nous étions sérieux de faire les choses comme il faut», mentionne-t-il.

«L’année suivante, Sylvain est allé en Suisse avec deux autres actionnaires et cette fois-ci j’y étais moi aussi. Et là encore ç’a été la même chose. Ils ont eu de bonnes discussions avec des agents. L’arrivée d’un Michal Ivan, par exemple, est le résultat de tout ça. Quand on parle de stratégie, c’est le genre de chose qui passe inaperçue, mais qui sont pourtant d’une grande importance», confie-t-il.

Le défilé devra attendre

Contrairement à ce qui avait été fait en 1999, alors que le Titan d’Acadie-Bathurst avait procédé à son défilé de la Coupe du Président avant même son départ pour le tournoi de la Coupe Memorial à Ottawa, les partisans devront attendre le retour de Regina de leurs favoris avant de célébrer pour de bon leur spectaculaire printemps.

Pour l’instant, les informations sur le défilé sont filtrées au compte-goutte. Il a ainsi été permis d’apprendre que le parcours a déjà été établi, quoiqu’on ne sait toujours pas où la parade va débuter et où elle se terminera.

La municipalité annoncera plus de détails au début de la semaine prochaine.

«Pour l’instant, nous avons deux scénarios, mentionne le maire Paolo Fongemie. En fait, tout va dépendre de ce qui va arriver à Regina. Si l’équipe revient plus tôt du tournoi, le défilé sera organisé dès son retour. Et si jamais le Titan se rend jusqu’au bout de sa mission, on fera la parade le lendemain de la finale (N.D.L.R. – lundi 28 mai). Et je crois bien que c’est ce qui va arriver. Le Titan est en train d’écrire une belle histoire et une telle histoire se termine normalement toujours par une belle fin.»