Coup de grâce au vélodrome de Dieppe

«C’est une partie de l’histoire du cyclisme en Atlantique qui va disparaître.»

Luc Bujold est le premier à le reconnaître, la démolition prochaine du vélodrome de Dieppe est loin d’être un événement réjouissant.

Sauf que celui qui a été l’instigateur du projet, en 2001, doit se rendre à l’évidence: la structure a fait son temps.

«On nous avait dit qu’il fallait s’attendre à une durée de vie de 12 à 15 ans. En 2011, on a fait une évaluation structurale et la compagnie d’ingénierie nous a recommandé une série de réparations. Nous les avons faites en vue des championnats canadiens de 2012 et de 2013», explique celui qui est aujourd’hui directeur du service de la culture, des loisirs et de la vie communautaire à la Ville de Dieppe.

«Après l’hiver difficile que nous avons eu, on a fait une autre évaluation au niveau de la structure. Le rapport qu’on a reçu il y a trois semaines nous a clairement indiqué qu’il y avait des grosses failles dans l’armature. Le vélodrome n’est tout simplement pas réparable. Il faudrait le reconstuire à partir de zéro.»

D’autres facteurs ont aussi joué dans la décision, dont le changement de la structure des centres d’entraînement de l’Association canadienne de cyclisme.

«Ils ont vraiment concentré tous leurs efforts à Melfort, en Ontario, avec un vélodrome intérieur. Ça fait évidemment en sorte qu’il y a moins d’activités ici. On a vu une diminution des utilisateurs marquée depuis quatre ans», explique-t-il.

«Le monde du cyclisme a aussi changé. Les jeunes font beaucoup plus de vélo de montagne ou de cyclocross. Le vélo de route et de piste est beaucoup moins populaire que par le passé.»

La décision devenait donc limpide comme de l’eau de roche.

«Comme municipalité, on ne peut pas justifier d’investir des sommes considérables pour réparer le vélodrome. On devait avoir 15 saisons et nous en avons eu 17. Nous avons aussi accueilli quatre championnats canadiens sur piste (2006, 2007, 2012 et 2013) et un championnat canadien de cyclocross (2004). Pour une petite communauté comme la nôtre, c’est excellent», raconte Luc Bujold.

«Je pense que ç’a été profitable pour les cyclistes. On a fait ça pour les jeunes et on a développé des bons athlètes au fil des ans», en pensant notamment à Christian Meier, Julien Rousselle, Julie Bélanger et Stuart Wight.

L’ancien entraîneur de développement pour Cyclisme Canada au Centre national de développement, Luc Arseneau, pense aussi que la structure a bien rempli de mandat.

«C’est certain qu’on est déçu, mais pas nécessairement surpris. C’est quelque chose à quoi il fallait s’attendre», avance-t-il.

«Le vélodrome a eu un bel impact sur les athlètes de la région au début. Mais la mode est maintenant tournée vers le vélo de montagne. Je pense qu’il y a des façons de continuer à développer des athlètes dans ces domaines. Le cyclisme est quand même en bonne santé au Nouveau-Brunswick présentement», assure celui qui occupe maintenant le poste de directeur du financement et du marketing à la Société des Jeux de l’Acadie.

«C’est bien beau emmener des jeunes à des championnats canadiens, mais le vélodrome a permis d’exposer toute une génération à quatre compétitions nationales. C’est surtout là qu’on va voir un impact.»

Luc Arseneau avoue qu’il aura le coeur gros lundi, alors que débuteront les travaux de démolition du site. La Ville de Dieppe ne sait toujours pas ce qu’elle va faire avec le terrain.

«Je ne sais pas si ça va me tenter d’aller au parc lundi matin. Je ne suis pas encore décidé.»