Aigles Bleus 1989-1990 – Marc Bernier se souvient de tout

NDLR: L’Acadie Nouvelle vous présente d’ici à samedi une série de reportages exclusifs sur le web au sujet de l’équipe masculine de hockey des Aigles Bleus de l’Université de Moncton, champions canadiens de 1989-1990, qui fera son entrée samedi au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick.

«On me parle encore du championnat de 1990. Au fil des ans, il y a régulièrement des gens qui m’abordent pour venir me dire qu’ils se rappellent de notre victoire à Toronto. Je vois dans leurs yeux qu’ils sont fiers. Ils en profitent pour me demander de leur raconter des histoires sur la saison. Et même s’ils les ont entendues plusieurs fois, ils continuent de vouloir m’entendre raconter mes histoires. C’est ça la fierté acadienne. Ça ne finit jamais.»

Marc Bernier se souvient de tout. Et à l’écouter, il est facile de constater que ça l’émeut toujours autant.

Cette fierté est le résultat du championnat canadien universitaire remporté par les Aigles Bleus de l’Université de Moncton, à la mi-mars de 1990 à Toronto. Sa mémoire a préservé plein d’images de ce triomphe de 2 à 1 contre les Golden Hawks de l’Université Wilfrid-Laurier.

Ces mêmes Golden Hawks qui, le printemps précédent, avaient fait en sorte que le Bleu et Or frappe son Waterloo (N.D.L.R. – l’Université Wilfrid-Laurier est justement située dans la municipalité de Waterloo) en les humiliant d’entrée de jeu par la marque de 8 à 4.

Samedi soir, au Colisée de Moncton, Marc Bernier aura probablement les yeux dans l’eau quand il sera appelé à monter sur la scène en compagnie de ses coéquipiers de la saison 1989-1990, alors que l’équipe sera intronisée au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick.

Pour le défenseur originaire de Grand-Sault, qui aura porté fièrement le numéro 8 et qui était l’un des principaux leaders du club, de voir l’équipe ainsi immortalisée vient boucler la boucle de façon éloquente.

«C’est un très grand moment, dit-il. C’est spécial pour moi, pour mes amis, ma famille et tous mes collègues des Aigles Bleus.»

«Je disputais alors ma quatrième et dernière saison universitaire puis je terminais mes études. Comme joueur de hockey, tu rêves toujours au championnat. Et quand tu compétitionnes dans le hockey universitaire, le but ultime est de gagner le championnat canadien. C’est d’autant plus spécial que tu dois combiner ça avec tes études. Je ne vais jamais oublier cette saison-là. Je n’oublierai jamais l’amitié qui relie chaque membre de l’équipe», affirme-t-il.

Marc Bernier se souvient entre autres que l’équipe n’était pas nécessairement la plus talentueuse sur papier.

«Nous avions du cœur et de la fierté par contre. Nous sommes arrivés à Toronto extrêmement bien préparés par (l’entraîneur) Len Doucet. Tous les gars connaissaient leur rôle. Et l’équipe au complet a très bien joué», mentionne-t-il.

Selon lui, le point tournant de cette saison historique aura été un court séjour sur l’île Saint-Pierre-et-Miquelon. Un voyage qui aura cimenté l’esprit de corps de ce groupe composé d’Acadiens, de Québécois et d’un Ontarien (Steve Salter).

«Ç’a été le TSN turning point, comme on dit dans le jargon hockey, confie-t-il. Nous avons fait ce voyage pendant la périodes des Fêtes. Nous avons appris à nous connaître comme il faut. Nous avons parlé de plein de choses et nous avons passé du bon temps ensemble. À notre retour, la concentration était là. D’ailleurs, nous n’avons pas perdu beaucoup de matchs à partir de là.»

Effectivement, en tenant compte des séries éliminatoires et des deux matchs disputés au Championnat canadien, la fiche des Aigles Bleus après leur séjour sur l’archipel français est de 18 victoires contre seulement quatre revers.

«Len a fait un travail phénoménal pour que nous arrivions bien préparés à Toronto. Il a construit l’équipe en fonction de l’expérience vécue l’année précédente au même tournoi. Cette fois-ci, il s’est assuré que chaque joueur ait un rôle spécifique. Il s’est aussi arrangé pour que l’équipe ne cesse de progresser au fur et à mesure que la saison avançait. Tous les gars ont embarqué dans le système mis en place par Len. Nous voulions tous y retourner (à Toronto) et cette fois-ci nous étions déterminés à gagner», indique Bernier.

Parmi les changements apportés par Len Doucet en vue de la saison 1989-1990, il a vu à ajouter quelques Acadiens supplémentaires dans l’alignement. Réjean Després, Louis Melanson, Donald McGrath et Claude Lagacé sont parmi les nouveaux venus qui se sont greffés au groupe. Bernier croit que ç’a eu un impact évident.

«Le mixte Acadie-Québec est très important, croit-il. Ça prend un bon mélange d’Acadiens pour propager la fierté de leur région, qu’ils soit du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest. Et comme nous sommes une petite université, nos collègues québécois viennent s’ajouter en apportant à leur tour leurs qualités. Les Québécois réalisent assez vite à quel point nous sommes fiers de nos origines. Ils embarquent là-dedans avec nous et ils s’engagent dans notre quête. Ça prend ce mélange pour que les Aigles Bleus aient du succès. Tu ne gagnes pas un championnat avec seulement un trio et deux défenseurs. Ça prend toutes sortes de joueur», raconte-t-il.

Cette façon de faire est l’oeuvre de Jean Perron et ce dès son arrivée à la barre du Bleu et Or en 1973-1974. Perron était justement dans le vestiaire des Aigles Bleus en mars 1990 quand l’équipe a remporté le championnat. Il fallait le voir serrer les joueurs dans ses bras pour comprendre toute la fierté qui l’habitait encore pour ce programme qu’il a toujours défendu avec acharnement.

«J’ai eu la chance de parler de tout ça avec Jean Perron, souligne Bernier. Jean est un pionnier de l’histoire des Aigles Bleus. C’est lui qui a amené le mélange Acadie-Québec basé sur la fierté. Il a bâti ce programme pour ensuite passer le flambeau aux autres entraîneurs comme Len. Je me souviens que nous avons reçu plusieurs messages d’anciens joueurs avant et après le championnat canadien. Alain Grenier est l’un des gars qui nous avait écrit un mot d’encouragement. Il était là lors des deux championnats de 1981 et de 1982. Tu voyais dans ces messages que les anciens étaient contents pour nous. Ils ont pris la peine de nous faire comprendre que ça valait la peine de donner notre 110% en raison de la fierté qui allait nous envahir après la victoire. Ils ont aussi fait certain de nous dire à quel point c’était important que nous passions ensuite le flambeau aux joueurs qui vont suivre.»

«Il y a un dicton qui dit Aigles Bleus un jour, Aigles Bleus toujours. J’y crois et c’est inscrit sur mon cœur à jamais», ajoute Marc Bernier.