Aigles Bleus 1989-1990 – Le beau destin de Réjean Després

NDLR: L’Acadie Nouvelle vous présente d’ici à samedi une série de reportages exclusifs sur le web au sujet de l’équipe masculine de hockey des Aigles Bleus de l’Université de Moncton, champions canadiens de 1989-1990, qui fera son entrée samedi au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick.

En 1989, Réjean Després s’est présenté au camp d’entraînement des Aigles Bleus de l’Université de Moncton sans même avoir disputé une seule rencontre junior de sa jeune vie. Il n’était alors âgé que de 18 ans et le hockey interscolaire était le point culminant de son curriculum vitae d’athlète. À la surprise de tous, il jouera un rôle plus qu’important dans la conquête du championnat canadien le printemps suivant. Exploit qui lui permet près de 30 ans plus tard de faire son entrée dans le club des immortels du sport néo-brunswickois.

«C’est un grand honneur d’être intronisé au Temple de la renommée du Nouveau-Brunswick avec mes coéquipiers», affirme le Cocagnien.

«Ça fait drôle de se faire honorer ainsi à presque 50 ans pour quelque chose que tu as fait plusieurs années passées. En tout cas, ça ramène de beaux souvenirs et c’est une source de fierté», dit-il.

Després, qui est passé directement des Cavaliers de la polyvalente Clément-Cormier au Bleu et Or, soutient n’avoir jamais regretté d’avoir tiré un trait sur le hockey junior.

«Le hockey junior n’a jamais été une option, assure-t-il. Il y a des clubs de la LHJMQ qui m’ont appelé pendant l’été, mais ils ont vite compris que ça ne m’intéressait pas. Moi, je savais à un très jeune âge que j’allais gagner ma vie avec mon cerveau et non avec mes jambes. Je voulais entrer tout de suite à l’université parce que je ne voulais pas me retrouver à attendre à l’âge de 28 ou 29 ans avant d’intégrer le marché du travail. C’était important d’aller chercher tout de suite mon éducation.»

«Et même si j’avais l’option d’aller jouer dans un collège américain, parce que j’ai été approché par l’université de Boston, mon idée est faite que c’était avec les Aigles Bleus que je voulais jouer. J’étais déjà un gros fan du Bleu et Or que je suivais depuis que j’étais tout petit. J’idolâtrais depuis longtemps cette équipe qui se trouvait qu’à une trentaine de minutes d’où j’ai grandi. L’Université de Moncton, ça représentait beaucoup pour le petit gars de Cocagne que j’étais. Les Aigles Bleus, pour moi, représentait la fierté acadienne. Alors jouer pour cette équipe, je voyais ça comme mon destin», raconte-t-il.

Il n’empêche que le jeune Després a dû prendre les bouchées doubles dans les premières semaines de la campagne. Heureusement, il pouvait compter sur le vétéran Marc Bernier pour l’aider à accélérer son adaptation.

«Le printemps avant mon arrivée avec les Aigles Bleus, je me bagarrais dans les coins de patinoire avec des jeunes de 10e et 11e année. Là, tout d’un coup, je me bagarrais dans les mêmes coins avec des hommes qui avaient parfois 25 ou 26 ans. C’était tout un choc au début, tant au niveau de la vitesse du jeu que de la force physique des joueurs», souligne-t-il.

«Heureusement que j’étais déjà costaud. Et puis, j’étais également très bien encadré. Mon partenaire à la ligne bleue était Marc Bernier qui disputait sa dernière saison. Depuis cette saison-là, chaque fois que quelqu’un me pose des questions en rapport à la saison 1989-1990, je dis à cette personne que je n’aurais jamais pu m’illustrer autant sans l’aide de Marc. Il a été très bon pour moi en prenant le temps de m’aider à m’ajuster au calibre de jeu», indique Després.

Selon l’ancien numéro 3 du Bleu et Or, deux éléments ont permis au club de prendre réellement son envol pendant cette campagne historique.

Le premier est le séjour à Saint-Pierre-et-Miquelon pendant la période des Fêtes.

«Nous étions là pour jouer des matchs contre deux clubs seniors de l’endroit. Ce n’était pas du hockey très compétitif, mais ç’a surtout eu l’effet de créer une belle chimie entre les gars. Comme nous étions loins de toute sources de distractions, que ce soit nos blondes ou d’autres choses, nous avons eu le temps d’apprendre à mieux nous connaître. Nous étions tout le temps ensemble», dit-il.

L’autre élément est la grande représentativité des joueurs acadiens au sein de l’équipe. Un élément qui avait été négligé lors de la saison précédente.

«Je n’ai rien contre mes coéquipiers québécois, d’autant plus qu’il y en a plusieurs qui ont été incroyables à travers les années, mais il y a quand même une grande différence quand l’équipe compte moins d’Acadiens. Quand tu en as plusieurs, c’est nettement plus facile pour les autres joueurs de comprendre pourquoi nous sommes si fiers de jouer pour les Aigles Bleus. La présence des Acadiens dans l’équipe est une dynamique que j’estime nécessaire. Lors des grosses années du Bleu et Or, tu avais toujours des joueurs d’impact qui venaient de l’Acadie», mentionne-t-il.

Samedi soir, Réjean Després entend profiter de chaque instant en compagnie de ses «chums» de la conquête du printemps de 1989.

«J’ai hâte de voir comment les gars ont vieilli», lance-t-il en riant.

«D’ailleurs, parlant de vieillir, mes enfants me font enrager avec ça à la maison. Ils s’amusent à m’appeler  »the former athlete ». Pour eux, je ne suis plus un athlète», ajoute-t-il en éclatant à nouveau de rire.