Aigles Bleus 1989-1990: le souci du détail de Len Doucet

En janvier 1990, Len Doucet sort un lapin de son chapeau en annonçant l’arrivée d’Alain Harvey avec l’équipe de hockey des Aigles Bleus de l’Université de Moncton. Un gardien au grand gabarit qui s’était pas mal promené dans les années précédentes avec les Canadiens junior de Verdun, les Olympiques de Hull, à nouveau les Canadiens junior, puis enfin les Voltigeurs de Drummondville dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Pour dire vrai, l’entrée en scène de Harvey n’est aucunement une histoire de recrutement, mais bien de chance.

«Alain évoluait pour les Vitos de Saint-Jean cet hiver-là et l’équipe a fait faillite. Le propriétaire du club que je connaissais bien parce qu’il m’appelait régulièrement pour me demander de lui conseiller des joueurs, m’a cette fois-ci contacté pour me proposer son gardien. Je me suis alors informé ici et là, j’en ai discuté avec certaines personnes et c’est comme ça que ça s’est fait. Avec le recul, c’est sans aucun doute l’un des appels téléphoniques les plus importants que j’ai jamais eu», raconte Doucet en riant.

L’entraîneur du Bleu et Or, qui s’apprête à faire son entrée au Temple de la renommée du N.-B. avec l’équipe qui a remporté le championnat canadien universitaire en mars 1990, ne cache pas son émotion à l’idée de retrouver la majorité des joueurs de cette saison historique.

«Ça va être très spécial, assure-t-il. Dix-sept joueurs ont déjà confirmé leur présence. J’ai même vu Serge Pépin aujourd’hui (vendredi) et nous avons diné ensemble. Ça faisait 28 ans que je n’avais pas vu Serge. Ça va être émotif samedi soir et il y a des bonnes chances que des larmes vont couler. En tout cas, ça risque d’être tout un party.»

Invité à fouiller dans ses souvenirs, Len Doucet partage l’avis que l’équipe de 1988-1989, du moins sur papier, était supérieure à celle qui remportera le titre canadien l’année suivante.

«Je vais te dire, ça avait été tout un choc quand on s’est fait battre en demi-finale. J’étais tellement convaincu que nous allions tout gagner cette année-là. J’ai cru un temps que j’avais juste rêvé ça et que ce n’était pas vraiment arrivé. J’étais vraiment en état de choc. Nous étions classés au premier rang dans tout le pays. J’avais été choisi l’entraîneur de l’année au Canada pour cette saison-là et je me souviens d’avoir dit quand on m’a remis le prix que je le redonnerais pour avoir la chance d’aller en finale», raconte-t-il.

«Avec le recul, j’ai compris que nous nous sommes présentés à Toronto avec plusieurs joueurs qui en étaient à leur première participation à un événement national. Et pendant la saison, dans le circuit de l’Atlantique, nous n’avions vraiment pas eu d’adversité. Nous avons marqué 199 buts cette saison-là et c’est un record de ligue qui tient encore.»

«Toutefois, et ça me chagrine de le dire, je suis convaincu que l’arbitrage a joué contre nous. Plusieurs pénalités n’ont pas été appelées contre Wilfrid-Laurier tout au long du match. Moi, j’avais deux unités complètes d’avantage numérique que je pouvais envoyer sur la glace. Notre avantage numérique, c’était notre arme de combat. Mais nous n’avons pas pu nous en servir», mentionne-t-il.

«Un autre élément qui a joué contre nous en 1989 c’est que Joël Drolet, notre gardien numéro un, était blessé à l’aine. Et à cause de cette blessure, il n’a pas été à la hauteur dans la demi-finale», poursuit Doucet.

L’année suivante, le hasard (ou le destin) aura voulu que le Bleu et Or retourne à Toronto.

«Nous avons eu notre deuxième chance et le destin a voulu que nous nous butions au même club que l’année d’avant (Wilfrid-Laurier). Les gars voulaient leur vengeance et nous l’avons eu», dit-il.

L’entraîneur avait toutefois préparé minutieusement son équipe avant son départ vers la capitale ontarienne.

«J’avais remarqué l’année d’avant que la glace de l’aréna Varsity de Toronto était molle en raison de la chaleur qu’il y avait dans le bâtiment à ce temps-là de l’année. Comme nous avions plutôt une glace dure à l’aréna J.-Louis-Lévesque, j’ai donc fait en sorte que nous allions pratiquer au Colisée de Moncton parce que la glace était semblable à celle de Toronto», mentionne-t-il.

«Le plus que j’ai pu, j’ai fait attention aux moindres détails. Par exemple, une fois à Toronto, tous les appels téléphoniques pour les joueurs devaient d’abord passer par un membre du personnel. Nous avions le contrôle sur tout», raconte-t-il.

Ça en a valu la peine puisque les Aigles Bleus ont remporté le championnat, grâce à des victoires de 5 à 4 contre les Dinosaurs de l’Université de Calgary en demi-finale, puis de 2 à 1 face aux Golden Hawks de l’Université Wilfrid-Laurier dans le match ultime.

Len Doucet se souvient très bien de l’accueil des partisans à l’aéroport de Dieppe.

«Il y avait tellement de bruit que ça faisait vibrer les images des gens qui filmaient (pour la télévision). En même temps, je n’étais pas vraiment surpris de cet accueil. Nous en avions eu un aperçu l’automne précédent quand nous étions allés à Tracadie pour deux jours pendant le camp d’entraînement. La première journée, il y avait eu environ 500 jeunes du hockey mineur pour venir voir notre entraînement. Et le lendemain, c’était plein pour nous voir affronter un club composé des étoiles du coin. J’ai bien vu ce que représentaient les Aigles Bleus pour la population acadienne», souligne-t-il.

Lors de son discours d’intronisation, l’ancien entraîneur-chef du Bleu et Or compte bien souligner l’apport du personnel de soutien.

«C’est mon intention de parler particulièrement des personnes qui trop souvent gravitent autour d’un club de façon anonyme. J’ai l’intention de tous les nommer, que ce soit Nadine Malenfant, Ghislain Foulem, Jacques Godin, Don Rousselle, Daniel de Yturralde, Edgar Léger, Gene Gaudet, Clément Loubert, Claude Savoie et Don McArtle. Ils ont tous joué un rôle important dans notre conquête de 1990», confie Len Doucet.