Jean-Marc Boudreau battu par… Jean-Marc Boudreau

Dans les courses de longue distance, le principal adversaire est très souvent soi-même. En fin de semaine dernière, ce n’est donc pas Steve Reeves qui a vaincu Jean-Marc Boudreau, mais plutôt… Jean-Marc Boudreau.

L’athlète originaire de Memramcook a terminé au deuxième rang de l’éreintante Course Salomon Sonofa Gunofa 2018, qui avait lieu samedi et dimanche en Nouvelle-Écosse.

Cet ultra marathon couronnait celui qui parvenait à franchir les 24 tours (139,2 km) le plus rapidement dans les 24 heures allouées.

S’il avait été couronné champion en 2017, Boudreau n’a pu trouver les ressources pour compléter l’épreuve cette fois-ci.

En lançant la serviette au 23e tour, il a terminé au deuxième rang, derrière Steve Reeves (Île-du-Prince-Édouard), qui a été le seul à franchir le fil d’arrivée.

Au total, l’Acadien aura donc franchi 133,4 km.

Contrairement à ce qu’on serait tenté de croire, ce n’est pas l’aspect physique qui représente parfois le plus gros défi, mais plutôt le côté mental. C’est exactement ce qui est arrivé au médaillé d’argent.

«Ça devenait tout un défi à surmonter par moments. On vit beaucoup de hauts et de bas dans une course comme ça. On doit se dire qu’on va traverser des moments où on va vouloir tout abandonner. Mais il faut passer à travers. Heureusement, le format de la course le permet», raconte-t-il.

Les compétiteurs peuvent effectivement prendre quelques minutes pour se reposer entre les boucles (5,8 km), s’ils parviennent bien sûr à terminer le parcours en moins d’une heure.

Sauf que la distance et les éléments ont rapidement raison des plus motivés.

«Il y avait une centaine de participants quand on a commencé. Plus la journée avançait et plus on perdait du monde. Dans les sept derniers tours, on était seulement cinq toujours dans la course. À la fin, il restait seulement moi et Steve», se souvient l’athlète âgé de 29 ans.

«Je n’en pouvais plus. C’était ma limite pour la journée. Mais je reste convaincu que ce n’est pas ma limite finale. Je sais que je peux en faire plus.»

Mais quand le mental ne va plus…

«À un moment donné, ça ne fait plus de sens! J’ai couru le 23e tour avec Steve et on jasait un peu en avançant. Mes pensées ne faisaient même plus de sens. Je ne pouvais plus parler! Il était temps que je m’arrête, après avoir passé une pleine journée et une pleine nuit à courir. Tu ne sais plus vraiment quel jour c’est ou quelle heure il est. La tête n’est juste plus là.»

Boudreau aurait bien voulu se rendre jusqu’au bout, mais la tâche devenait trop ardue à chaque pas.

«Physiquement, je pense que j’aurais pu continuer. Mais mentalement, j’étais complètement fini. Ça me tentait juste de dormir et je ne voulais plus le stress d’être contre l’horloge chaque tour. On se demande pourquoi on s’est lancé dans une affaire comme ça.»

Malgré tout, l’Acadien n’est pas amer. En fait, c’est tout le contraire.

«Steve mérite vraiment d’avoir gagné. Il a toute mon estime. Je ne le vois pas comme un ennemi que je veux battre la prochaine fois. Je suis vraiment content pour lui», assure-t-il.

Même s’il a dû abandonner, Jean-Marc Boudreau est une véritable machine de course. La preuve? Il est rentré au boulot lundi matin comme s’il avait passé la fin de semaine étendu sur une chaise de parterre.

«C’était vraiment juste une autre journée ordinaire. Je ne le comprends pas. Peut-être que ça va me frapper dans une journée ou deux. Je me suis levé, j’ai pris ma douche et je suis allé travailler», lance-t-il en rigolant.

L’ingénieur électrique se prépare déjà à son prochain grand rendez-vous, une course de 50 km qui se déroulera dans les sentiers du Parc national Fundy en septembre.