«La boxe est aussi la preuve que j’ai survécu» – Jani Babineau

À l’adolescence, Jani Babineau figurait parmi les boxeuses canadiennes à surveiller chez les amateurs. Même que pour certains, elle était peut-être la meilleure de sa génération. Devant sa vitesse et la mitraille précise de ses deux mains, la compétition n’avait d’autre choix que de s’incliner.

De 2004 à 2008, quatre fois la sœur aînée de Dominic Babineau sera couronnée championne canadienne. Seule l’année 2007 lui échappera et c’est surtout en raison d’une mononucléose. Mais encore là, elle avait néanmoins trouvé une façon de se faufiler jusqu’à la finale. C’est vous dire à quel point elle était douée.

Malheureusement, aussi douée qu’elle pouvait l’être au bout de ses poings, elle l’était tout autant dans l’autodestruction. L’Acadienne de Richibucto-Village, comme bien d’autres, était prisonnière de son mal de vivre.

Jani Babineau compte quatre championnats canadiens amateurs de boxe dans sa carrière. – Gracieuseté

Pour Jani Babineau, sa plongée dans l’univers de l’alcool et des drogues ne sera rien de moins que vertigineuse.

Elle a bien tenté un retour à la boxe en 2011, cette fois-ci chez les professionnelles, mais ce duel se transformera plutôt en humiliation en règle. Un revers par K.-O. technique qui n’aura finalement eu pour effet que de l’enfoncer encore plus creux dans son trou.

Les soirées à s’intoxiquer se poursuivront. Et même de courtes visites à l’hôpital, qui sont pourtant autant de cris à l’aide que lui envoie son corps écoeuré de cette spirale destructrice, ne suffiront pas à remettre sa vie sur les rails.

Puis, le 22 novembre 2017, alors qu’elle est en cure de désintoxication, la réalité la frappe de plein fouet. Elle comprend que si elle ne met pas un frein à sa déchéance, son fils Kayge, âgé d’à peine 5 ans, se retrouvera sous peu sans sa maman.

Pour Jani Babineau, il ne fait aucun doute que c’est Dieu qui lui est venu en aide. Il aura été son sauveur.

«Avant d’entrée en désintox, j’étais vraiment mal en point. J’en étais même rendue à me couper partout sur le corps avec une lame de rasoir. Des gens ont dit à mon frère Dominic que je ne ferais pas un autre 10 ans. J’étais convaincue qu’il ne me restait pas un autre été à vivre. J’avais tellement de rage en moi. Tellement de tristesse aussi. Tellement de choses que je n’avais jamais dit à personne. Le divorce de mes parents, l’accident de ma mère (Jocelyne) qui l’a laissée quadraplégique et plein d’autres épreuves qui se sont accumulées à l’adolescence. J’ai aussi commencé à fréquenter les mauvaises personnes et je me suis retrouvée dans des mauvaises situations. Finalement, Dieu est venu me sauver. En désintox, il était la petite voix en moi qui me disait  »Jani, qu’est-ce que tu fais? Qu’est-ce que tu fais avec ta vie? »», raconte-t-elle.

«J’ai alors compris que le bon Dieu ne m’avait pas mis sur la Terre pour emprunter le mauvais chemin que j’avais choisi. Quand j’étais plus jeune, ce que je voulais était de devenir une bonne fille et un bon modèle pour les jeunes grâce au sport. Si j’ai un conseil à donner aux gens, c’est de ne jamais garder ses problèmes pour soi. Ça ne donne rien de garder sa rage en-dedans. C’est préférable d’évacuer tout ça», confie-t-elle.

Aussitôt sa cure de désintoxication terminée, Jani a immédiatement commencé à s’entraîner avec l’objectif ultime de reprendre sa carrière de boxeuse. À 28 ans, elle est plus déterminée que jamais à compléter ce qu’elle avait entamé chez les amateurs.

«J’avais enfin réussi à me vider la tête des mauvaises choses et je voulais maintenant me concentrer sur la boxe. J’ai aussi recommencé à courir. Des longues distances et des sprints. Dès le départ, je m’entraînais comme une fille qui s’en allait aux Olympiques. Et même si ça m’a pris un peu de temps pour retrouver mes repères, mon retour en gymnase s’est fait naturellement. Les résultats ont été assez rapides. En fait, c’était miraculeux à quel point je me suis améliorée rapidement. Honnêtement, je n’avais jamais senti quelque chose comme ça avant. Je pesais 140 livres en sortant de la cure et j’en pèse aujourd’hui 119», mentionne-t-elle.

«Dès mon premier combat d’entraînement, la fille de Saint-Jean qui était avec moi a décidé de se battre pour de vrai. Dominic était présent. Nous avons fait six rondes. Ça m’a pris quatre rondes avant que je commence vraiment à me sentir à l’aise, à mieux utiliser mes bras et à mieux bouger. Au bout des six rondes, Dominic n’en revenait pas de voir à quel point mon cardio était bon. Il était impressionné», dit-elle.

Jani Babineau ignore encore quand elle livrera son combat de retour. Ça devait se faire en juillet à Miramichi, mais le gala a finalement été annulé. Son gérant Phil Baraly se croise les doigts pour décembre. Elle a très hâte.

«Je réalise aujourd’hui à quel point la boxe m’a manqué. La boxe est aussi la preuve que j’ai survécu. Je suis finalement en train de réaliser ce que j’étais supposé faire à l’origine avec ma vie. Je suis sobre de tout alcool et toute drogue depuis bientôt neuf mois et je vois la différence. Je me sens bien et je suis en pleine forme. Mon père (Éric) et mon frère me disent  »I love you » chaque fois qu’ils me voient, ma mère me fait confiance et mes vrais amis me parlent de nouveau. La vie est belle», termine-t-elle.