Alex Chiasson: «Une coupe Stanley, ça ne se gagne pas tout seul»

C’est le rêve de tout joueur de hockey de voir son nom gravé sur la coupe Stanley. Particulièrement au Canada, seul pays à l’exception peut-être de la République tchèque, à en avoir fait son sport national. Remporter cette relique vieille de 125 ans a été le grand moment des plus illustres, à commencer par Maurice Richard, Gordie Howe, Jean Béliveau, Bobby Orr, Guy Lafleur, Wayne Gretzky, Mario Lemieux et Sidney Crosby. Et, n’en doutez point, ce sera toujours un grand moment dans 100 ans lorsque les hockeyeurs des générations à venir auront pris le relais.

Le jeudi 7 juin, Alex Chiasson et ses coéquipiers des Capitals de Washington ont réalisé leur rêve de gamin en gagnant la coupe Stanley au terme d’une série de cinq matchs face aux surprenants Golden Knights de Vegas, une nouvelle franchise de la LNH qui a réinventé le terme d’équipe Cendrillon.

Comme moi, vous avez vu l’explosion de joie que déclenche immanquablement une conquête sur la surface glacée. Une joie intense qui perdure jusqu’à la parade dans les rues de la ville gagnante, quelques jours plus tard.

Cette année, cette conquête a eu des répercussions jusque dans la Péninsule acadienne, surtout à Saint-Simon, d’où est originaire Serge Chiasson, le papa d’Alex. Cette conquête restera longtemps dans les mémoires. Particulièrement en raison d’une phrase d’Alex qui, pour venir en aide à son père visiblement trop ému pour répondre à une question du confrère Renaud Lavoie, de TVA Sports, s’est exclamé: «On va boire de la Alpine à Saint-Simon!».

Je l’ai déjà écrit, cette phrase va rester.

Dans la semaine qui a suivi, j’ai eu l’opportunité d’interviewer la grand-maman d’Alex, Claudia Chiasson, dans sa petite demeure de Saint-Simon, où elle habite en compagnie de Jean-Guy, son fils aîné. Une entrevue touchante où vous avez pu en apprendre un peu plus sur la personnalité de son petit-fils de hockeyeur.

C’est justement cette entrevue qui m’a permis d’être invité par la famille, en fin de semaine, afin de témoigner des célébrations entourant la visite de la coupe Stanley à Saint-Augustin-de-Desmaures, en banlieue de Québec.

Une journée qui m’a permis de découvrir que Frederick Arthur Stanley, premier baron Stanley de Preston et 16e comte de Derby, avait offert bien plus qu’un trophée en 1893.

Croyez-moi, j’étais bien loin de m’imaginer l’importance que pouvait avoir la traditionnelle tournée de la coupe Stanley auprès de chaque membre de l’équipe championne. Pour eux, cette petite halte exclusive de 24 heures du précieux trophée, du moins la première fois j’imagine, est l’occasion de remercier, et de se rappeler, ceux et celles qui ont eu un impact dans tout ce cheminement.

Ces ceux et celles, ce sont des parents et des grands-parents, des frères et des sœurs, des oncles et des tantes, des cousins et des cousines, des ami(e)s, des voisins, des gens de pension, des entraîneurs et j’en oublie.

Pour Alex, comme pour ses potes Ovechkin, Backstrom, Kuznetsov, Carlson, Holtby et Oshie, une coupe Stanley est un immense tableau nécessitant plein de couleurs qui feront au final un tout.

Dimanche après-midi, plusieurs de ces couleurs étaient présentes lors des célébrations au Séminaire Saint-François de Saint-Augustin-de-Desmaures, là où Alex a joué son hockey mineur. Elles étaient là pour regarder les centaines de partisans en file indienne qui attendaient docilement leur tour pour se faire photographier avec la coupe Stanley et serrer la main du héros du jour.

«C’était important pour moi de redonner à la communauté et je suis content que ça se fasse ici dans mon école, où j’ai joué mon midget AAA. Ça vient boucler la boucle et je trouve ça touchant de voir tous ces gens qui se sont déplacés pour moi», m’a raconté Alex, plus tard en soirée.

Comme j’ai passé beaucoup de temps auprès des familles Chiasson et Guay, je peux vous dire que cet après-midi à l’école a été un fort beau moment de fierté. J’en ai justement profité pour prendre une tonne de photos, en plus de discuter avec plusieurs d’entre eux. Je vous présenterai tout ça dans les éditions de vendredi et de samedi.

Sur l’heure du souper, les célébrations se sont poursuivies à la maison familiale dans un beau quartier situé à quelques kilomètres de l’école. Seuls les proches étaient conviés. Ainsi que moi, le chanceux des chanceux.

Pour l’occasion, Serge et Marilyn, les parents d’Alex, avaient prévu un barbecue sous un chapiteau monté à l’arrière de la maison. Et pendant que tous les invités, éparpillés ici et là dans l’arrière-cour, se serraient dans les bras ou se racontaient des anecdotes, je me suis mis un brin à l’écart afin de compléter mes entrevues et pour prendre, à l’insu de tous, quelques photos supplémentaires.

À le voir se promener d’un groupe à l’autre, il est clair que pour le numéro 39 des Capitals de Washington, cette journée fera partie des plus marquantes. Il me l’a confirmé en entrevue.

«C’est exceptionnel ce que je vis aujourd’hui. Il y a beaucoup d’émotion. Et ça n’a pas arrêté depuis le début de la journée», m’a-t-il confié.

«J’ai tellement de gens à remercier. Il y a la famille bien sûr, mais aussi les amis avec qui j’ai grandi. Ce sont tous des gens qui m’ont aidé et que je côtoie encore. C’était important pour moi de les remercier. Une carrière passe super vite et je suis choyé d’avoir autant de gens qui m’aident. Parce que pour me rendre jusqu’où je suis en ce moment, ça demande beaucoup de chance. Une coupe Stanley, ça ne se gagne pas tout seul. Il y a des gars qui ont eu de belles carrières et qui ne sont pas parvenus à la gagner. Je pense à Gilbert Perreault, par exemple», mentionne-t-il.

«C’est pourquoi je suis très reconnaissant envers les gens qui m’ont aidé et ils sont nombreux. Et encore aujourd’hui, j’ai besoin de plein de gens pour m’aider. Juste cet été, il y a mon préparateur physique, mon ostéopathe, mon physiothérapeute, mon massothérapeute et bien d’autres gens. Ils ne font pas vraiment partie de ce qui se déroule sur la glace, mais ce qu’ils font pour moi vaut énormément. En fait, ça n’a aucun prix parce que ce sont ces gens qui m’aident à performer au plus haut niveau dont je suis capable», poursuit-il.

«Faire une carrière dans le hockey, ce n’est pas toujours facile. L’équation est très longue avant d’arriver à un résultat comme celui que je vis en ce moment», ajoute-t-il.

(Nous poursuivrons cette série de textes sur le web jeudi et dans l’édition papier de vendredi avec la famille immédiate d’Alex Chiasson composée de son père Serge, de sa mère Marilyn et de sa soeur Maude).