Trente-trois heures de course que Guy Doiron n’est pas près d’oublier

Étonnant. Stupéfiant. Grisant. Épuisant. Décourageant. Souffrant. Gratifiant. Tous ces adjectifs en «ant» – et bien d’autres! – ont accompagné Guy Doiron pendant plus de 33 heures, en fin de semaine, à l’ultra-trail du Mont Blanc.

Considéré comme la plus difficile compétition du genre au monde, ce périple de 170 km à travers les Alpes et trois pays – la France, l’Italie et la Suisse – vient souvent à bout des plus endurcis.

Mais l’ultra-marathonien de Petit-Rocher a franchi la ligne d’arrivée à Chamonix en levant les bras, apparemment aussi frais que s’il arrivait d’un petit jogging de 10 km un dimanche matin. C’est du moins l’impression donnée par la vidéo de la compétition qui a capté ce moment inoubliable.

Mais la réalité a été tout autre.

«Je me forçais, avoue-t-il en riant, joint alors qu’il se trouve actuellement en vacances en Italie avec sa conjointe, verre de vin blanc (pleinement mérité) à ses côtés. J’avais tellement mal aux pieds! Je savais qu’il y avait la caméra. Je voulais donner une bonne impression.»

Pendant les trois-quarts de l’épreuve, Guy Doiron respectait pourtant ses objectifs. Il s’y était bien préparé physiquement et mentalement avec ses deux entraîneurs. Il pouvait terminer sous les 32 heures. Il pouvait réussir un top-200. Il a accompagné pendant longtemps un concurrent de Québec qui a terminé en moins de 30 heures.

Mais le ciel – ou plutôt le sol – lui est tombé sur la tête.

«Tout allait bien, mais j’ai dégringolé au classement à cause de mes pieds. J’avais tellement mal! Je me suis fait dépasser par beaucoup de monde dans les deux dernières montées. C’était tellement pénible. Il m’est passé toutes sortes d’idées par la tête. J’étais découragé. Je voulais m’en aller chez nous, mais comme je n’avais nulle part où aller, j’ai continué.»

Il faut ajouter à cela des conditions climatiques et de course très difficiles: froid, vent, pluie, vêtements trempés… Au moins, il a été chanceux: il n’y a pas eu de neige!

Malgré tout, Doiron est heureux de son chrono de 33h48m36s, même s’il n’est pas pleinement satisfait du résultat final, ce qui est compréhensible pour un gars qui se dit hypercompétitif. Il est devenu le troisième Acadien, après Nathaniel Couture en 2013 et Daniel LeGresley en 2017, à réussir l’exploit.

Néanmoins, le coureur âgé de 43 ans a réussi là où même l’élite mondiale a peiné: seulement sept membres du top-26 ont complété cet ultra-trail, que Doiron compare en termes de difficulté à la course présentée au Mont Albert, en Gaspésie, en 2017. Seulement 26 des 85 athlètes avaient terminé cette randonnée de 165 km.

«Ce sont des gars pour qui courir est leur travail. Ils sont commandités pour ça. C’est un événement pour l’élite mondiale et, moi, un p’tit gars de l’Acadie, je me présente à leurs côtés… Je n’ai pas eu peur, car j’étais prêt mentalement. C’est l’expérience d’une vie. C’était incroyable. Je l’ai fini. Je suis content.»

Content? Ça ne se termine pas en «ant», mais ça sonne pareil. Et drôlement bien.