Une coupe qui est aussi celle de Serge et Marilyn

Dans la réussite des athlètes, la contribution du père et de la mère est malheureusement trop souvent oubliée. Pourtant, demandez à n’importe lequel sportif de haut niveau et il sera le premier à vous dire que ses parents ont joué un rôle déterminant dans son cheminement. Alex Chiasson ne fait pas exception. Cette coupe Stanley remportée avec les Capitals de Washington, c’est aussi celle de Serge et Marilyn.

Si Serge, le paternel, a légué à ses enfants sa passion pour le sport, Marilyn, elle, est celle qui s’est assurée qu’Alex et sa sœur Maude conservent un bon équilibre entre le sport et les études.

Un rôle plus ingrat certes, mais Marilyn l’a joué avec brio.

Cela dit, n’allez surtout pas croire qu’elle aime moins le sport que son époux. Vous seriez surpris.

La première fois que j’ai rencontré Marilyn Guay remonte au début d’août au Café Marie Stella, à Bas-Caraquet. Une belle découverte cet endroit en passant.

Comme j’étais déjà invité à prendre part aux célébrations, Serge et Marilyn ont profité de leur passage dans la Péninsule acadienne pour me rencontrer. Peut-être pour s’assurer qu’ils prenaient la bonne décision en m’accordant un tel privilège. Il faut croire que j’ai passé le test.

Je vous avoue qu’aussitôt que j’ai vu Marilyn, j’ai été estomaqué par sa ressemblance avec Alex. Telle mère, tel fils, je me suis dit.

Dimanche, pour notre deuxième rencontre, j’ai découvert cette fois-ci une femme avec beaucoup de caractère. Elle ne parle pas pour ne rien dire et semble conserver en tout temps un calme olympien. Et pourtant, dans chacune de ses phrases, je sens néanmoins l’émotion du moment.

«Les derniers mois ont été un baume sur l’année 2017», me dit-elle après que je lui ai demandé comment elle vivait les succès de son fils.

«Il y a un an, j’ai perdu ma mère (Jacqueline) et nous avons vécu beaucoup d’autres choses pendant l’année. Ce n’est pas évident quand tu réalises que tes parents ne sont plus là», mentionne Marilyn, dont le père Gilbert est décédé en 2012.

«Aujourd’hui, quand je pense à tout ce qui est arrivé dans les derniers mois, je vois plusieurs beaux moments. Nous avons eu la chance d’aller voir plusieurs parties, ainsi que des matchs de la finale. Que ce soit à Vegas ou à Washington, nous avons été choyés par l’organisation des Capitals de Washington. Et en plus de tout ça, ma fille Maude est tombée enceinte pendant la saison et nous a donné une petite fille, Charlotte, il y a deux mois. Tout d’un coup, la famille venait de s’agrandir», raconte-t-elle.

Une étape comme les autres

De son propre aveu, elle me confie qu’elle n’est pas autant excitée que son mari par les célébrations entourant la coupe.

«Je n’ai pas vécu ça comme Serge. Pour les gars, la coupe Stanley c’est un rêve. C’est Serge qui se levait le matin à 6h pour aller conduire Alex à l’aréna. Moi, je ne me levais pas tout le temps. Mon rôle à moi, c’était de lui faire la bouffe, d’aller l’encourager et de m’assurer qu’il étudie. Ç’a toujours été important pour moi les études des enfants», dit-elle.

«Moi, mes plus beaux souvenirs de hockey avec Alex, c’est l’année où il a remporté la médaille d’or dans un tournoi pee-wee dans le coin de Lanaudière si ma mémoire est bonne. Il y avait tellement de joie ce jour-là», révèle-t-elle.

«Par la suite, d’autres étapes se sont ajoutées, comme la médaille de bronze au tournoi national (Coupe Telus) avec son équipe midget AAA à Red Deer, puis son départ pour les États-Unis. Comme parents, ça nous a permis de vivre de nouvelles choses, de voir une vision de la vie que nous ne connaissions pas. C’est aussi pendant cette période que nous avons commencé à croire qu’Alex avait peut-être une chance de se rendre jusqu’à la Ligue nationale», indique-t-elle.

Marilyn saisit l’occasion pour me raconter une petite anecdote concernant la taille de son fils qui n’a pas toujours été un géant. À l’instar de Patrice Bergeron, Alex a dû attendre l’année de ses 17 ans avant de franchir le cap des 6 pieds. Avant son départ pour les États-Unis, il était bien loin du solide gaillard de 6 pieds 4 pouces et 207 livres qu’il est devenu.

«Il ne mesurait même pas 6 pieds quand il est parti de la maison. Je me souviens que mon père disait souvent:  »Un joueur de hockey, il faut que ça soit grand! » Il trouvait qu’Alex n’était pas assez grand. C’est à 17 ans qu’il a finalement eu une poussée de croissance», me dit-elle.

Comme le temps passe, je décide de terminer la conversation en lui demandant à la blague où allait dormir la coupe Stanley.

«Eh bien on ne peut pas dormir avec», réplique-t-elle sans attendre.

«Il faut toujours qu’il y ait deux personnes de la Ligue nationale avec le trophée en tout temps. Il n’y a qu’eux qui peuvent dormir avec la coupe dans leur chambre. J’imagine qu’ils la placent dans une grosse valise et qu’ils doivent lui parler», révèle Marilyn avec humour.

Puis, plus sérieuse, elle ajoute: «Tout a été bien planifié. Bien sûr, nous avons eu des petites craintes le matin avec l’avion transportant la Coupe qui a pris du retard, puis la pluie qui s’est mise à tomber comme des clous.  »Mon Dieu seigneur », me suis-je d’abord dit. Mais j’ai rapidement réalisé que c’était aujourd’hui (dimanche) que nous avions la coupe Stanley et qu’il fallait vivre ce que nous avions à vivre pour le plaisir de le vivre. Je crois que de là-haut, ils (ses parents) m’ont aidé. En tout cas, la pression a baissé. De toute façon, une fois que tu es embarquée là-dedans (les célébrations), il n’y a plus de non-retour. Il faut que ça roule», constate Marilyn Guay.