Une coupe Stanley qui fait la fierté de l’Acadie

Quand la pluie s’est mise à tomber avec force sur la petite ville de Saint-Augustin-de-Desmaures, dimanche, aux environs de midi, une dame de 82 ans a levé la tête au ciel pour s’adresser directement à Fernando Martins de Bulhões, alias le Frère Antoine, un prêtre franciscain canonisé en l’an 1232 et qui pratiquait la religion dans la région de Padoue, en Italie. «Saint Antoine de Padoue, s’il-vous-plaît, arrêtez la pluie!», s’est simplement exclamée l’octogénaire. Ainsi fut dit, ainsi fut fait.

Claudia Chiasson, la grand-mère d’Alex Chiasson, avait le regard taquin lorsqu’elle m’a raconté cette anecdote, mardi après-midi, deux jours après les célébrations des familles Chiasson et Guay, réunis pour l’occasion afin de souligner le passage de la coupe Stanley dans la municipalité qui a vu grandir le hockeyeur aux racines acadiennes.

La patriarche du clan Chiasson était bien sûr chez son fils Serge, le papa d’Alex, où avait lieu la fête. Ses cinq autres enfants, Jean-Guy, Gaétan, Patricia, Sylvie et Fabienne y étaient aussi, de même que plusieurs des enfants de ceux-ci, tous des cousins et des cousines d’Alex.
Pendant cette longue journée en leur compagnie, j’ai bien sûr eu l’opportunité de discuter avec la majorité d’entre eux, de même qu’avec d’autres personnes faisant partie des proches du hockeyeur.

Voici donc ce qu’ils avaient à dire sur le fait que le nom d’Alex Chiasson sera désormais immortalisé sur le plus prestigieux trophée du hockey.

«Je suis ici et je vois dans ma tête des images d’Alex et de sa sœur Maude, alors qu’ils étaient plus jeunes, lorsqu’ils descendaient à Saint-Simon pour les vacances d’été, m’a raconté Fabienne, la plus jeune tante d’Alex. Je les vois à la plage de Bas-Caraquet où nous avons tellement eu de beaux moments. Je suis content de partager cette journée avec Alex et sa famille. Cette coupe Stanley, c’est le résultat de son acharnement. Alex est un bel exemple pour la jeunesse.»

«J’ai le cœur palpitant pour mon frère Serge, m’a révélé de son côté Sylvie, quelques minutes avant l’arrivée d’Alex au Séminaire Saint-François avec la coupe Stanley. Nous sommes partis de Caraquet vendredi matin et nous vivons depuis avec le cœur plein d’émotions. J’ai hâte de voir Alex afin de lui faire sentir que nous sommes avec lui. À la maison, nous suivons sa carrière depuis le début. Mon fils Joey, juste de savoir qu’il va pouvoir toucher à la coupe, il en a des frissons.»

Ce que me confirme d’ailleurs Joey quelques instants plus tard.

«C’est vraiment quelque chose de savoir que le nom Chiasson va se retrouver sur ce trophée, dit-il. J’étais en haute mer en train de pêcher quand j’ai appris qu’Alex avait remporté la coupe. Quelqu’un de la famille m’a contacté par téléphone pour m’annoncer la nouvelle. Je peux te dire qu’il y avait en masse de poissons qui m’ont entendu crier de joie sur le bateau.»

«J’avais hâte d’arriver, m’a confié l’oncle Gaétan lors de la soirée privée chez son frère Serge. Je suis tellement fier. Fier pour Serge. Et fier pour Alex. J’ai l’un de ses premiers bâtons à la maison et nous avons aussi plein de photos. D’ailleurs, il y a beaucoup de monde dans la Péninsule acadienne qui m’ont bien averti de prendre plein de photos ce soir (dimanche).»

«Alex, c’est la famille, mentionne pour sa part sa cousine Maggie. Je me souviens des fois où nous allions ensemble à la plage avec lui et Maude quand nous étions petits. C’est sûr que nous nous sommes moins vus ces dernières années, mais quand nous avons la chance de le faire nous en profitons. Ces moments sont précieux.»

Samuel Barbeau, le fils de Fabienne, était également présent.

«Je suis fier pour cousin. J’ai grandi avec lui. Je me souviens encore très bien de nos étés ensemble en Acadie. Cette fête, c’est vraiment un grand moment pour la famille», souligne cet ancien joueur de basketball au niveau scolaire.

Tina, la plus vieille des cousines d’Alex, peut quant à elle se vanter d’avoir déjà été la gardienne du hockeyeur.

«C’était un petit garçon comme les autres, dit-elle. Un bon garçon. Aujourd’hui (dimanche), c’est une journée très forte en émotion pour ma fille Kamille. Elle était fébrile à l’idée de rencontrer Alex et de lui demander un autographe pour son amie Marissa. Elle a fondu en larmes quand Alex lui a remis des autographes pour Marissa et elle. Ma fille n’avait même pas pensé à lui demander de lui faire une dédicace pour elle.»

«C’est un cadeau ce que nous vivons, m’a lancé la grand-maman Claudia. Les gens sont tellement gentils. Nous vivons un rêve. C’est comme pas croyable.»

Jean-Guy, l’aîné des enfants de Claudia, m’a avoué penser à son père Térence et à son grand-père Patrick, tous deux décédés au milieu des années 1980 et qui n’ont donc pas connu Alex.

«Ils étaient de gros fans de hockey, surtout mon grand-père. Il adorait le Canadien. Il écoutait les matchs à la radio. Mon père et mon grand-père auraient aimé ça être ici aujourd’hui. Je suis certain que là-haut ils sont fiers d’Alex. Mon neveu représente bien la famille Chiasson. Je suis content qu’il ait réussi à réaliser son rêve», m’informe Jean-Guy, une casquette des Stars de Dallas, l’ancienne équipe de son neveu, vissé sur la tête.

Patricia, l’aînée des sœurs Chiasson, tenait quant à elle à souligner que le rêve d’Alex était celui de toute la famille.

«Nous ne sommes pas seulement ici pour célébrer Alex, mais aussi Marilyn, Serge et Maude. Ce qui se passe aujourd’hui (dimanche), c’est le résultat d’un projet de famille», dit-elle.

«Quand les Capitals ont remporté la coupe, il n’y avait pas seulement Alex qui réalisait son rêve ce soir-là. C’était aussi le cas pour Serge et Marilyn. Nous avons tous vu à quel point Serge était ému à la télévision. Pour mon frère, le hockey a toujours été quelque chose d’important. Marilyn et lui ont toujours été là pour supporter leurs enfants, dans les bons et les moins bons moments. Quand Alex a quitté la maison à 16 ans pour s’en aller aux États-Unis, ils se sont faits un devoir d’aller le voir jouer partout. Je me souviens fort bien de les voir partir pour la fin de semaine semaine avec leur sac de pique-nique dans l’auto en direction de Boston. Ils l’ont fait maintes fois. Et Maude était souvent là elle aussi. Elle aussi était une très bonne athlète. Elle excellait au soccer et elle avait de la détermination. Beaucoup de caractère», raconte Patricia.

«Je lève mon chapeau à Marilyn et Serge pour tout. Ils ont légué de belles valeurs à leurs enfants, dont la persévérance. Ce sont des enfants qui n’abandonnent jamais. Et ces valeurs, Marilyn et Serge l’ont appris de Claudia, notre mère, et Jacqueline, la maman de Marilyn. C’est sûr que c’est Alex qui mène aujourd’hui la barque de sa carrière, mais il a encore de très bons rameurs (sa famille) pour l’aider», ajoute Patricia, visiblement émue.