Le coureur Paul Gallant attaqué par un orignal

Paul Gallant devrait peut-être penser à troquer la course à pied pour le biathlon. Au moins, il aurait toujours une carabine avec lui…

La suggestion fait rigoler l’athlète originaire de Bathurst, mais l’attaque dont il a été victime, vendredi dernier, n’a rien de drôle.

Pourtant, cette journée n’annonçait rien de spécial quand l’Acadien s’est élancé dans les sentiers de Dieppe.

Il était loin de se douter que dans les prochaines minutes, il allait lutter pour sa vie.

Après un détour serré dans le sentier, Paul Gallant se retrouve face à face avec un orignal.

En pleine saison du rut, chargé d’hormones, l’immense bête n’entend pas à rire.

«Il était environ à 15 mètres de moi, et quand je l’ai vu, j’ai arrêté de courir. Je me suis dit que j’allais essayer de reculer tranquillement. Mais quand je prenais un pas en arrière, il avançait vers moi», raconte l’athlète âgé de 34 ans.

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’il se retrouve face à un animal dans la forêt. Il a déjà croisé des orignaux et des ours.

Mais dans cette belle journée d’automne, l’histoire allait être très différente puisque le mâle voulait défendre son territoire.

«Il était rendu à cinq mètres de moi. C’est gros un orignal. Quand on en voit un sur le bord de la route, on trouve ça gros, mais quand on l’a devant soi, c’est encore pas mal plus gros», blague-t-il.

Il a tenté de se cacher dans le fossé.

«J’ai baissé la tête pour ne pas le défier. Il était à deux mètres de moi. Je pouvais le voir respirer.»

La tactique semblait avoir fonctionné et Paul Gallant s’est retrouvé derrière l’orignal.

Mais le cauchemar ne faisait que commencer

«J’ai marché une dizaine de mètres et j’ai pensé que ça avait fonctionné et qu’il allait me laisser tranquille. Mais il s’est tourné de bord de nouveau pour me regarder. À un moment donné, il a décidé d’attaquer», raconte-t-il, visiblement toujours ébranlé par sa mésaventure.

«J’ai lâché un gros cri pour l’impressionner et il a arrêté. Mais il a foncé sur moi une deuxième fois, et là, j’ai crié le plus fort que je pouvais.»

Surpris, l’animal s’est immobilisé.

Mais il a finalement décidé d’attaquer le coureur acadien.

«Il s’est levé et je pensais qu’il allait m’attaquer avec ses pattes. J’ai lutté avec lui, mais il m’a donné un coup de tête en plein visage. J’ai pensé que j’avais perdu quelques dents parce que c’était comme se faire frapper par un autobus. Je ne pensais pas que ça frappait dur comme ça.»

Le coureur se dit chanceux d’avoir survécu à cette attaque du jeune mâle adulte.

«S’il m’avait frappé avec son panache, avec la force de l’impact, je ne te parlerais pas aujourd’hui, c’est garanti.»

L’animal s’est retourné une nouvelle fois pour lancer une autre attaque, mais plusieurs citoyens du coin sont intervenus, dont Marc Beaudoin et Patty Blanchard, deux coureurs de renom. Ils se sont mis à crier après l’orignal et ont réussi à le faire fuir.

Paul Gallant a réellement pensé qu’il allait y laisser sa peau.

Il a notamment songé à ses deux enfants, dont sa fille à peine âgée de sept semaines.

«J’ai commencé à penser ce que je devais faire pour survivre. Je ne sais pas comment pesant il était, mais je savais que s’il me marchait dessus, c’était terminé.»

Il s’est pourtant relevé et a pu se rendre à la résidence de ses deux amis coureurs.

Quand l’adrénaline est tombée, il a constaté les dommages.

«J’avais des coupures partout sur le corps, aux bras, aux jambes et au dos. Mais je n’ai jamais senti ça. Le lendemain, j’avais un claquage dans le mollet, j’avais mal à la hanche et j’avais un gros mal de tête. Je boitais comme un petit vieux. Pendant deux jours, j’ai eu des maux qui sortaient de partout.»

Les ambulanciers l’ont examiné, mais il ne s’est finalement pas rendu à l’hôpital.

«L’ambulancière a dit qu’elle n’avait jamais vu ça en 25 ans, un orignal attaquer une personne», relate-t-il en riant.

Malgré sa mésaventure, Paul Gallant n’a pas l’intention d’essayer le biathlon pour autant.

«J’ai été courir un 25 km avec Lee Roy dans le même sentier deux jours après. Je vais continuer à vivre comme avant. Je suis toujours dans les sentiers et c’est la première fois que ça m’arrive en 15 ans. J’ai encore une petite peur, mais j’imagine que ça va s’estomper dans quelques semaines. Je suis un coureur pour la vie.»

Les coureurs Paul Gallant et Lee Roy. – Gracieuseté