Valérie Haché sur les traces de Marie-Philip Poulin

Obtenir cinq minutes d’entrevue avec Valérie Haché relève du défi. L’adolescente de Shippagan est tellement occupée avec le programme du Select Hockey Academy au Bishop Kearney School de Rochester, dans l’État de New York. C’est à se demander si elle a du temps à elle pour seulement penser!

Lever à 7h. Cours à 8h. Entraînement sur glace à 14h30, suivi d’un entraînement hors glace. À peine le souper avalé que la voilà dans ses livres pendant 90 minutes.

Pas question de faire semblant: un surveillant passe dans le corridor pour veiller à ce qu’elle et ses coéquipières gardent leur nez dans leurs bouquins. Sans oublier les corvées de nettoyage quotidien de sa chambre. Puis le couvre-feu à 22h30.

Ce régime quasi militaire – le port de l’uniforme scolaire est obligatoire – a fait de cette école l’une des sommités en matière de hockey féminin de développement aux États-Unis. La formation U-19 occupe d’ailleurs le septième rang national et évolue continuellement contre les meilleurs clubs féminins du pays de l’Oncle Sam et de celui de Justin Trudeau.

Mais ce qu’il y a encore de plus beau dans toute cette histoire est que Valérie n’a que… 15 ans.

Valérie Haché dans le vestiaire du Select Hockey Academy du Bishop Kearney School de Rochester. – Gracieuseté

«Je ne peux pas demander mieux», raconte-t-elle au bout du fil, mardi soir, dans une rare soirée «tranquille» d’études et de travaux scolaires.

Malgré son jeune âge, l’ailier droit évolue au sein des deux premiers trios offensifs de la formation qui compte – tenez-vous bien! – pas moins de 12 filles confirmées pour des clubs universitaires américains.

Ses buts et ses passes? Malgré d’intenses recherches, impossible de le savoir. Même Valérie n’en a aucune idée. L’école a décidé de retirer ces données après des plaintes de parents, semble-t-il.

«Oui, j’ai bien quelques buts. Des points? J’en ai aussi. On m’a refusé deux buts cette saison. Peut-être parce que je suis Canadienne», dit-elle à la blague.

La seule Canadienne du Select Hockey Academy BK U-19 – elle aurait pu jouer dans l’équipe U-16, mais la direction la voulait au niveau plus élevé – se plaît dans cet environnement.

Après une saison à l’école Netherwood de Rothesay, Haché a choisi le programme américain afin de pouvoir poursuivre son rêve. Elle était prête à faire les sacrifices en conséquence, même si elle vit maintenant quasiment en vase clos dans un milieu anglophone à 15 heures de route de sa famille à Shippagan.

Là-dessus, la saison passée à Rothesay l’a grandement aidée à se préparer pour l’expérience américaine, fait-elle valoir.

«Je voulais quelque chose de plus, raconte la joueuse par excellence au niveau bantam AAA dans la province en 2017 (l’année où les Panthères du Nord-Est, dont elle était la capitaine, ont connu une saison parfaite et remporté le championnat de l’Atlantique). Je cherchais un programme qui allait m’aider à atteindre mes buts. À Rochester, c’est pour l’expérience de hockey et la qualité de l’éducation. Le programme est vraiment intense et exigeant, mais je suis vraiment satisfaite pour le moment. C’est différent aussi. Les filles U-16 et U-19 demeurent toutes au troisième étage de l’école. Nous sommes 40 à avoir le même but. C’est plus facile de s’adapter.»

La no 13, qui célébrera son 16e anniversaire le 16 novembre, se prépare également à recevoir une possible bonne nouvelle: faire partie d’Équipe N.-B. qui prendra part aux Jeux d’hiver du Canada, en février 2019, à Red Deer, en Alberta.

Valérie s’attend certes à porter l’uniforme mauve et vert, mais tant qu’elle n’a pas reçu cette confirmation, elle ne tient rien pour acquis. À moyen terme, elle aimerait obtenir une invitation au camp de développement d’Équipe Canada U-18 avant d’aller jouer pour l’Université du Connecticut en 2020.

L’entrevue devait durer cinq minutes. Elle en aura finalement duré 30. Heureusement, c’est une soirée «tranquille» d’études pour Valérie. En temps normal, même ses parents peinent à pouvoir lui parler.

«Mon français fait un peu dur!», mentionne-t-elle en riant.

Elle aura l’occasion de le reprendre pendant la pause de l’Action de grâces aux États-Unis, un congé d’une dizaine de jours où elle reviendra chez elle, à Shippagan.

Une émule de Marie-Philip Poulin

Valérie Haché a une idole au hockey féminin. Et ce n’est pas n’importe qui. Elle s’appelle Marie-Philip Poulin. Oui, celle qui a inscrit deux buts décisifs pour procurer la médaille d’or à l’équipe olympique canadienne en 2010, à Vancouver, et en 2014, à Sotchi.

Valérie Haché avec son idole, Marie-Philip Poulin. – Gracieuseté

«Elle est une inspiration pour moi, admet la jeune adolescente de Shippagan. Elle me motive par la personne qu’elle est. Elle est humble. Elle m’impressionne aussi par comment elle joue. Elle est incroyable.»

Valérie a eu la chance de rencontrer Poulin à quelques reprises dans des camps de hockey et de lui parler. Des moments dont elle garde un souvenir très chaleureux.

«En tant que francophone, je m’identifie à elle car il n’y en a pas beaucoup qui ont atteint ce niveau. Marie-Philip est devenue le visage du hockey féminin au Canada», raconte Haché, qui aimerait bien suivre ses traces jusqu’aux plus hauts sommets du hockey féminin.