Renaissance du handball dans la Péninsule acadienne

Dans les années 1970 et 1980, le handball était un sport fort prisé dans la Péninsule acadienne. Marcel Losier, Robert Landry, Bertrand Goupil, Bernard Manzerolle, Émilienne Goupil, Francine Albert et Johanne Landry sont d’ailleurs parmi les principales vedettes qui ont marqué cette époque. Et à bien y penser, il faudrait aussi ajouter les Maurice Basque, Marcel Kenny, Gille Arseneau, Jean-Eudes Savoie, Jean-Denis Benoit, Glenda Robichaud, Nérée Robichaud, Yves Robichaud, Guy Saulnier, Chantal Duguay, Chantal Mallet et bien d’autres encore. En fait, c’était tellement fort que la Péninsule acadienne envoyait pratiquement chaque année une équipe ou deux aux Championnats canadiens.

Si les années 1990 ont vu quelques autres bons joueurs venir agrandir la légende, particulièrement Marc Robichaud et Céline Breau, ce sera toutefois Nadia Kenny, au milieu des années 2000, qui sera la dernière athlète péninsulaire à atteindre le statut de joueuse élite. Elle a d’ailleurs fait partie du programme national.

Depuis que Marcel Kenny a mis fin à son programme en 2006, le handball a aussi bien dire disparu du radar. Il n’y avait plus qu’aux Jeux de l’Acadie où on entendait parler de ce sport avec le mini-handball.

Mais depuis février, deux amoureux fous de handball ont décidé de relancer ce sport à une plus grande échelle avec l’espoir de le ramener à son niveau d’antan. Ces deux bonshommes ont pour nom Dominique Doiron, de Tracadie, et Julien-Pierre Thibodeau, de Shippagan.

Déjà impliqués depuis deux ans avec le mini-handball, – ils ont dirigé la Péninsule acadienne lors des deux dernières finales des Jeux de l’Acadie -, nos deux comparses ont ainsi créé Handball Acadie, un organisme qui regroupe déjà 28 athlètes répartis dans deux équipes de niveau benjamin (12 à 14 ans), soit une équipe de filles et une autre de garçons.

Comme ils avaient besoin d’une femme adulte pour donner un coup de main avec l’équipe féminine, Francine Sonier s’est jointe au duo. Doiron dirige donc les deux formations avec l’aide de Thibodeau pour les garçons, ainsi que Sonier pour les filles.

«Ce sont les jeunes qui nous ont convaincus de lancer ce programme, révèle Dominique Doiron. Ceux et celles que nous avons dirigés ces deux dernières années aux Jeux de l’Acadie souhaitaient continuer de jouer, mais il n’y avait malheureusement pas d’équipe. Les gens ont tendance à oublier que ce ne sont pas tous les jeunes qui aiment le hockey et les autres sports traditionnels. Tous nos athlètes sont de Tracadie, Saint-Isidore, Shippagan et Pokemouche. Nous avons toutefois deux filles de Miramichi et une autre de la région Chaleur dans l’équipe féminine.»

Devant le succès obtenu avec les inscriptions chez les 12 à 14 ans, Handball Acadie est déterminé à ajouter un autre groupe d’âge dès 2019 avec le niveau cadet (15 et 16 ans). Encore là, on aura droit à une équipe masculine et une formation féminine.

Doiron souhaite qu’à court terme, d’autres régions dans la province vont emboîter le pas.

«Pour l’instant, nous avons les deux seules équipes de handball de la province à part les formations de mini-handball ici et là au Nouveau-Brunswick. C’est quand même surprenant parce que lors des derniers Championnats provinciaux de mini-handball présentés à Shippagan, il y avait pas moins de 19 équipes. On parle quand même ici de plus de 200 athlètes de 10 et 11 ans. Ça avait même pris trois gymnases (Campus universitaire, L’Envolée et Marie-Esther) pour présenter les matchs du tournoi. Malheureusement, après le mini-handball, il n’y a rien sauf ici dans la Péninsule acadienne», souligne Dominique Doiron.

«Présentement, nous n’avons pas le choix d’aller jouer nos matchs au Québec parce qu’il n’y a nulle part pour aller jouer dans la province. Nous avons donc inscrit nos jeunes dans la série des trois tournois de la Triple Couronne. Le premier tournoi a d’ailleurs eu lieu en fin de semaine dernière à La Prairie (Montérégie)», dit-il.

L’équipe féminine s’est illustrée en remportant le tournoi dans la catégorie développement. Les filles ont maintenu une fiche parfaite de cinq victoires en autant de duels.

«Nous avons tellement bien fait que nous avons décidé d’inscrire les filles dans la catégorie compétitive pour le prochain tournoi. Nous ne sont pas inquiets du tout de les voir se débrouiller contre les meilleures filles de leur groupe d’âge. Nous serons donc à Lévis, les 19 et 20 janvier, pour le deuxième tournoi de la Triple Couronne. Les garçons, qui n’étaient pas présents à La Prairie, seront du prochain voyage», mentionne Doiron.

Le troisième et dernier tournoi de la Triple Couronne sera présenté à Laval les 16 et 17 février, puis il y aura les Championnats provinciaux, les 6 et 7 avril, à Drummondville. Les deux clubs de Handball Acadie seront aussi présents pour ces deux tournois.

Afin de les aider à financer ces séjours au Québec, Handball Acadie procédera sous peu à une campagne de financement. Alors si des adolescents vous abordent au sujet du handball dans les prochaines semaines, vous saurez qu’il s’agit de ce groupe de jeunes athlètes qui tentent de faire revivre un sport qui, il y a une trentaine d’années, faisait la fierté de la Péninsule acadienne.

Un sport très populaire chez les jeunes Acadiens

Le président de Handball Nouveau-Brunswick, Luc Deschênes, voit d’un très bon oeil la naissance du programme Handball Acadie orchestré par Dominique Doiron et Julien-Pierre Thibodeau dans la Péninsule acadienne.

«Nous les encourageons fortement à continuer, affirme Deschênes. J’ai moi-même tenté de relancer le handball dans le Sud-Est et mon projet avançait très bien. Malheureusement, j’ai dû changer mes priorités quand j’ai accepté la présidence de l’organisme. C’est dommage parce que je crois sincèrement que j’aurais été en mesure de lancer des équipes dans quatre niveaux d’âge (benjamin, cadet, juvénile et senior). Honnêtement, notre problème au Nouveau-Brunswick ce n’est pas le nombre d’athlètes mais bien les entraîneurs qui sont trop rares.»

Selon Deschênes, le handball pourrait facilement être un sport en pleine croissance si ce n’était du manque de bénévoles pour démarrer des clubs.

«En 2018, nous avons eu pas moins de 480 inscriptions pour le mini-handball et on ne parle que de jeunes âgés de 10 à 12 ans. C’est un record d’inscription pour nous pour les 10 dernières années. Et je tiens à souligner que toutes ces inscriptions sont à partir d’écoles francophones. Nous tentons de convaincre les écoles anglophones de démarrer des programmes de mini-handball», dit-il.

«C’est clair que nous voulons que le handball progresse et nous savons déjà que nous pouvons renouveler notre bassin d’athlètes avec le mini-handball. Ce qui est dommage, c’est de voir que tous ces jeunes n’auront pas d’endroit où pratiquer ce sport une fois qu’ils ne seront plus en âge de jouer», mentionne Luc Deschênes.

«Nous espérons que le programme Handball Acadie va devenir le fer de lance de la renaissance du handball. Ils ont d’ailleurs bien commencé en allant gagner un tournoi au Québec en fin de semaine dernière», ajoute Deschênes.

Mentionnons par ailleurs que Handball Nouveau-Brunswick entamera dès janvier sa ronde de tournois régionaux qui mèneront ensuite aux Championnats provinciaux A (10-11 ans) et AA (11-12) ce printemps à des dates et des endroits qui sont encore à déterminer.