Qui est le meilleur athlète acadien de l’histoire?

L’Acadie a produit de grands athlètes. Mais qui a été le meilleur ou la meilleure d’entre tous?

La question est simple, la réponse l’est beaucoup moins.

Joël Bourgeois, Geneviève Lalonde, Yvon Durelle, Shawn Sawyer, Vicky Bastarache-LeBlanc, Serge Després, Luc Bourdon, Patrice Cormier, Armand Bernard, Eugène Belliveau, David Durepos, Jean-Guy Robichaud, Éric Lebreton, Michel Côté, Hermel Volpé, Roland Melanson, Rhéal Cormier, Patty Blanchard ou Ronnie LeBlanc?

La liste est longue.

En fait, tout dépend à qui on pose la question.

L’Acadie Nouvelle a justement interpellé des journalistes chevronnés de tous les horizons pour tenter d’y voir plus clair.

Oscar Gaudet

Oscar Gaudet, des Beavers de Moncton, champions des Maritimes 1959-1960. –
GracieusetŽ

Selon le vénérable Eddie St-Pierre, ancien directeur des sports du quotidien Times & Transcript, la réponse se trouve sur la patinoire.

«Les meilleurs que j’ai vus dans ma carrière, que j’ai amorcée au début des années 1950, sont les hockeyeurs Oscar Gaudet et Phil Doiron», explique-t-il.

«Je dirais que le boxeur Yvon Durelle vient tout juste derrière, mais sa carrière a été relativement courte», ajoute celui qui a signé une chronique dans le quotidien anglophone jusqu’en 2014.

«Les deux ont évolué avec les Beavers de Moncton (champions juniors des Maritimes en 1960) et ils étaient quelque chose à voir. Les deux sont dans plusieurs temples de la renommée, incluant celui des sports du Nouveau-Brunswick.»

Doiron a disputé quelques rencontres préparatoires avec les Bruins de Boston au début des années 1960, mais il a préféré revenir dans sa province natale pour jouer au hockey senior.

L’athlète de Moncton était également un joueur de baseball accompli.

Il a même fait partie de l’équipe du Canada lors des jeux panaméricains de 1967.

Doiron était d’ailleurs le seul joueur des Maritimes au sein de cette formation.

Il a été intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick le 4 juin 1994.

Oscar Gaudet, aussi originaire de Moncton, a évolué dans plusieurs circuits professionnels, incluant une saison avec les Hawks du Nouveau-Brunswick, dans la Ligue américaine de hockey en 1978-1979.

Sa carrière a débuté à l’âge de 21 ans à Saint-Joseph, sous la tutelle de Gene LeBlanc.

En 1964, il a joint l’organisation des Black Hawks de Chicago, mais il n’a jamais joué dans la LNH.

L’ancienne vedette Dennis Hull a déjà déclaré que «la plus grande gaffe commise par Chicago a été d’échanger Phil Esposito. Sa deuxième plus grande erreur a été de ne pas faire d’Oscar Gaudet un de ses joueurs de centre régulier.»

Celui qu’on surnommait The Big O a été intronisé au Temple de la renommée de la province le 6 juin 1992.

Yvon Durelle

Pour Jean-Philippe Peretti, journaliste à Ici Radio-Canada pendant plusieurs décennies, le choix n’est pas facile.

Yvon Durelle contre Clarence Floyd à New York en 1957. – Archives

«On devrait mentionner Marc Albert (Volleyball), Brigitte Soucy (volleyball), Jacques LeBlanc (boxe) et Charles Bourgeois (hockey). Mais comment ne pas mettre Yvon Durelle (boxe) au premier rang?», demande-t-il.

«Mal nourri et mal entraîné, il a réalisé un exploit inégalé dans son match pour le titre mondial. Joël Bourgeois serait mon deuxième choix, car sa détermination lui a permis de participer aux Jeux olympiques plus souvent que n’importe quel autre athlète acadien (Atlanta en 1996 et Sydney en 2000)», poursuit-il.

«Chez les femmes, Geneviève Lalonde est encore trop jeune pour être honorée. Laissons-lui le temps de faire ses preuves sur la scène mondiale. Patty Blanchard a un nombre presque incalculable de records mondiaux. Durelle ou Blanchard? Blanchard ou Durelle? Ouf!»

Patty Blanchard – Archives

Jean-Yves Thériault

Pour Robert Lagacé, journaliste à l’Acadie Nouvelle depuis plus de 30 ans, le choix est complexe.

Jean-Yves Thériault – Archives

«Je crois qu’il est difficile de passer outre Jean-Yves Thériault. Mais si on cherche l’athlète qui a le plus marqué l’Acadie, la réponse est Yvon Durelle», précise-t-il.

«Si on recherche l’athlète acadien qui a su durer, alors la réponse est Patty Blanchard», ajoute-t-il.

Thériault (69-6-1), originaire de Paquetville, a été champion mondial de kick-boxing pendant une quinzaine d’années.

Durelle, de Baie Ste-Anne, a été champion canadien des poids moyens (1953), des mi-lourds (entre 1953 et 1957) et des poids lourds (1953).

Plusieurs pensent qu’il aurait dû être sacré champion du monde, quand il a subi une défaite controversée aux mains d’Archie Moore, le 10 décembre 1958 à Montréal.

Blanchard, originaire de Moncton, a établi de nombreux records canadiens au cours de longue carrière dans le milieu de la course.

Elle a également remporté des médailles lors de plusieurs championnats du monde.

Milaine Thériault

Pour Réal Fradette, journaliste à l’Acadie Nouvelle, la réponse est loin d’être évidente.

«Joël Bourgeois et Milaine Thériault me viennent en tête bien avant les joueurs de hockey», souligne-t-il.

«Personnellement, je pencherais pour Milaine et le ski de fond, qui est un sport beaucoup plus complet que la course. Mais c’est très subjectif», ajoute-t-il.

Milaine thériault

Les deux athlètes ont pris part à deux olympiades, Bourgeois à Atlanta en 1996 et Sydney en 2000 et Thériault à Salt Lake City en 2002 et Turin en 2006.

Ron Turcotte

Pour Sean Hatchard, journaliste sportif au quotidien Times & Transcript depuis une vingtaine d’années, c’est du côté des sports équestres qu’il faut regarder.

Ron Turcotte – Gracieuseté Jerry Cooke – ONF

«Le jockey Ron Turcotte a donné au Nouveau-Brunswick son moment sportif le plus déterminant du 20e siècle quand il a mené Secrétariat à la triple couronne en 1973, avec des victoires au Kentucky Derby, au Preakness Stakes et au Belmont Stakes», explique-t-il.

«Turcotte a remporté plus de 3000 courses durant sa carrière. Le magazine Sports Illustrated place sa victoire au Belmont Stakes au 13e rang de sa liste des 100 plus grands moments de l’histoire du sport», ajoute-t-il.

Rhéal Cormier

Éric Perron, journaliste sportif à Ici Radio-Canada depuis plus de deux décennies, opte pour le baseballeur Rhéal Cormier.

Rhéal Cormier – Archives

«Faire sa  place dans les majeures est déjà un exploit en soi, d’autant plus lorsqu’on est originaire d’un endroit (Saint-André-LeBlanc) où il est seulement possible de pratiquer son  sport pendant seulement quelques mois par année», soutient celui qui a déjà réalisé un documentaire sur l’ancien lanceur gaucher.

«Sa détermination a fait en sorte qu’il a pu non seulement se rendre dans les grandes ligues, mais il a aussi réussi à y faire carrière pendant 16 saisons, ce qui le place dans le groupe de tête en termes de longévité, et ce, malgré une délicate opération (au coude) aux aurait pu mettre fin à sa carrière prématurément. Il a également eu l’occasion de prendre part aux Jeux olympiques à deux reprises (Séoul en 1988 et Pékin en 2008).»

Pour ma part j’opte pour Yvon Durelle.

Pas tant à cause de sa glorieuse carrière, mais surtout pour ce qu’il représente pour l’Acadie.

Il a placé son coin de pays et sa culture «sur la map» à une époque où il n’était pas facile d’être Acadien.

Durelle a eu le même genre d’impact sur sa communauté que Maurice Richard pour les Québécois.

Il a contribué à sa façon à l’éveil de l’Acadie moderne.