Alain Bissonnette: jouer du hockey de haut niveau dans quatre décennies

Dans toute l’histoire de la Ligue nationale de hockey, seulement douze joueurs sont parvenus à jouer dans quatre décennies différentes.

Ils sont Mark Recchi, Raymond Bourque, Mike Modano, Mathieu Schneider, Rod Brind’Amour, Chris Chelios, Mark Messier, Terry Sawchuk, Gordie Howe, Bobby Hull, Stan Mikita et le Tim Horton qui nous a légué le café du même nom. Juste pour vous donner une petite idée, ils ont disputé à eux 12 dans la LNH pas moins de 17 584 matchs de saison régulière et 1958 autres de séries éliminatoires pour un total de 19 542 rencontres.

Au Nouveau-Brunswick, même s’ils n’ont pas eu la chance de jouer dans la meilleure ligue au monde, on retrouve au moins trois passionnés de hockey qui ont joué quatre décennies dans un niveau de jeu élevé.

Les deux premiers sont Guy Dupuis et Ronnie Gaudet. Dans les deux cas, leur intronisation au Temple de la renommée du N.-B. n’est plus qu’une question de temps. Et depuis le 5 janvier dernier, Alain Bissonnette s’est joint à ce club sélect. À noter qu’il a été admis au panthéon provincial l’été dernier avec ses coéquipiers des Aigles Bleus de l’Université de Moncton, édition 1989-1990.

Certes, les lettres de noblesse de Dupuis sont plus impressionnantes. Il a donné ses premiers coups de patin dans la LHJMQ en 1986, dès l’âge de 16 ans, avec les Olympiques de Hull. Vingt-cinq plus tard, en 2011, il a complété sa longue et prolifique carrière dans la Ligue centrale avec les Komets de Fort Wayne.

En tenant compte des séries éliminatoires, l’athlète de Memramcook a disputé 329 matchs dans la LHJMQ et 1566 autres chez professionnels. Ça lui fait donc un impressionnant total de 1895 rencontres dans le hockey de haut niveau.

Gaudet, lui, a porté les couleurs des Capers de l’Université du Cap-Breton à la fin des années 1980, puis s’est exilé en Allemagne pour y jouer 16 saisons. Il est revenu en Acadie pour compléter sa carrière au niveau senior en 2018 avec les Hawks d’Elsipogtog.

Bien qu’il soit pour l’instant le seul immortel du trio, le parcours de Bissonnette est plus modeste. Cela dit, ça ne rend pas moins spécial son exploit.

Alain Bissonnette – Acadie Nouvelle: Robert Lagacé

Pour lui, après des passages dans le hockey scolaire et collégial, tout a vraiment commencé en 1985 avec les Red Devils de l’Université du Nouveau-Brunswick (aujourd’hui les Varsity Reds). Dès l’année suivante, il se joint aux Aigles Bleus pour quatre saisons marquées par un championnat canadien au printemps de 1990.

Biss, c’est son surnom, s’est par la suite tournée vers le hockey senior, niveau dans lequel il a joué jusqu’au printemps de 2009. Enfin, après une pause de presque 10 ans, les Acadiens de Caraquet lui ont permis il y a un mois de disputer un match contre les Marchands de Shippagan à l’âge de 54 ans.

«Ça s’est décidé sur un coup de tête», dit celui qui est aussi directeur du Centre scolaire communautaire La fontaine de Néguac.

«J’arrivais d’une randonnée de ski de fond et j’ai reconnu quelques voitures dans le stationnement du Colisée Léopold-Foulem. C’était un vendredi soir et j’ai décidé d’aller voir.»

Une fois à l’intérieur, le gérant de l’aréna, Gérard Cormier, lui apprend que les Acadiens sont dans leur vestiaire et il décide d’aller faire un brin de jasette avec son ancien compagnon de trio du Bleu et Or Claude Lagacé, l’entraîneur-chef du club.

«J’ai demandé à Claude comment allait l’équipe et il m’a dit qu’il y avait quelques blessés et des suspensions. Quand je lui ai demandé s’il lui manquait des joueurs, il m’a dit: ‘’Oui il m’en manque. Ça te tente-tu?». Claude m’a dit ça sur un drôle de ton, comme s’il doutait. Et j’ai répondu: ‘’Euh… ouais je pourrais venir faire un tour’’. Mais sérieusement, moi aussi je doutais (rires). Il y a même un ami qui m’a demandé d’où venait cette crampe au cerveau», affirme-t-il en éclatant de rire.

«Ça faisait quand même près de 10 ans que je n’avais pas joué avec contact. J’avais joué un peu avec Claude dans une ligue de soirée, mais je n’aimais pas ça et j’ai arrêté. Moi, du hockey où ça ne frappe pas et où ça ne fait qu’accrocher, ça ne m’intéresse pas. Moi, j’aime jouer au vrai hockey», lance-t-il en m’offrant un sourire espiègle qui me rappelle aussitôt son passé de petite peste sur la glace.

Bref, le matin du samedi 5 janvier, sans se douter que le S.O.S. de son chum Claude se ferait le jour même, Biss part courir huit kilomètres comme il le fait régulièrement. L’appel de l’entraîneur des Acadiens se fait peu de temps après. Ce dernier lui demande s’il est prêt à venir donner un coup de main. Il décide aussitôt d’aller patiner une demi-heure sur la glace extérieure du Centre plein-air. Après tout, ça fait des années qu’il n’avait pas chaussé les patins.

«J’ai accepté d’y aller, mais j’avais encore des doutes, raconte-t-il. Je ne voulais pas avoir l’air fou devant les frères Bezeau et Samuel Paquet. J’ai donc demandé à Claude de ne pas trop m’utiliser. Il m’a finalement utilisé trois ou quatre fois par période.»

«Je n’étais pas inquiet pour ma condition physique, mais davantage pour mon timing. En tout cas, j’ai trouvé que le hockey avait changé. Ça patine plus parce qu’il n’y a plus d’accrochage. C’est la plus grande différence. J’ai aussi trouvé que le calibre de jeu était bon. J’ai été agréablement surpris», révèle-t-il.

En riant, il ajoute que Claude Lagacé lui a demandé s’il voulait affronter les Alpines de Tracadie, le lendemain, mais qu’il a dû décliner dès le réveil le lendemain matin. À 54 ans, les lendemains de veille sont plus difficiles.

Est-ce qu’il sera tenté de jouer un autre match dans la prochaine décennie qui sera déjà dans quelques mois? La réponse est oui.

«Je suis en forme, je fais du ski, du vélo de la raquette et de la course à pied. Je fais également attention à ce que je mange. En fait, je suis exactement au même poids qu’à l’époque où je jouais au hockey universitaire, soit à 179 livres. Si je me présente au camp d’entraînement, je crois bien que je pourrais tenir mon bout dans cette ligue. Je me suis vraiment bien amusé lors de ce match», confie Biss.

En attendant, il prendra part au Tournoi de hockey sur étang ce week-end avec une formation appelée Les Vieux.

Alain Bissonnette à droite) avec Michel Martinez, son coéquipier lors du Tournoi de hockey sur étang de Caraquet. – Acadie Nouvelle: Robert Lagacé