Le rêve d’une vie pour un joueur de soccer dieppois

Il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves les plus chers. Kouamé Martial Ouattara en est l’exemple parfait. À 27 ans, il ne pensait jamais signer un contrat avec une équipe de soccer professionnelle. Et pourtant…

L’Ivoirien d’origine a apposé la semaine dernière son nom au bas d’un contrat proposé par les Wanderers de Halifax, qui feront partie de la saison inaugurale de la Première ligue canadienne de soccer en 2019.

Pour l’Acadien d’adoption, c’est la preuve que la patience est une qualité essentielle à la réussite.

«C’est complètement fou. Je n’y pensais plus vraiment à cette carrière professionnelle. Mais c’est finalement arrivé», raconte le milieu de terrain.

«Je jouais juste au soccer pour m’amuser, et quand l’opportunité s’est présentée pour aller aux essais à Halifax, ça tombait particulièrement bien puisque je venais de perdre mon emploi en assurance», explique-t-il.

«J’ai juste voulu voir mon niveau comparativement aux autres. Je n’étais pas vraiment nerveux parce que j’allais là vraiment sans pression. Ça faisait longtemps que j’avais joué au niveau universitaire et je ne pensais pas être au top de ma forme. Je voulais voir où je me situais par rapport aux autres, et apparemment, j’ai encore du jus!», rigole l’ancien des Aigles Bleus de l’Université de Moncton.

Le parcours de Kouamé Martial Ouattara sort de l’ordinaire. – Gracieuseté

Ouattara a paraphé une entente d’une saison avec l’équipe néo-écossaise.

«Je pense que ce sera du même calibre de jeu que la USL (United Soccer League) aux États-Unis, qui est un peu la deuxième division de la MLS (Major League Soccer). Ce sera une très bonne ligue de développement pour le Canada.»

Celui qui est arrivé en Acadie en 2010 a l’intention de se servir de son passage à Halifax comme un tremplin vers d’autres circuits.

«Mon objectif est d’atteindre des niveaux supérieurs, que ce soit en MLS ou en Europe. Je suis un compétiteur et je veux toujours aller plus loin. Mais c’est déjà un bon début de pouvoir jouer dans la Première Ligue canadienne», affirme-t-il.

«Je veux montrer que je suis parmi les meilleurs joueurs de la ligue. Je veux aussi montrer que ce n’est pas parce que je n’ai jamais joué professionnel avant qu’on ne peut pas y arriver.»

Il veut également servir de modèle aux jeunes athlètes acadiens.

«Pour moi, c’est aussi important de montrer à tous les jeunes (il a été entraîneur à l’école Mathieu-Martin et à Soccer Dieppe) que peu importe d’où ils viennent, c’est possible d’aspirer à une carrière au niveau professionnel. Il suffit d’y mettre le travail.»

Ouattara évoluait l’an dernier avec le FC Dieppe, dans la Ligue Premier McCain, une formation qui a remporté le titre provincial senior à sa première année d’existence.

Il sera d’ailleurs un peu triste de quitter le nid.

«C’est sur que j’ai un gros pincement au coeur. On a bâti une belle équipe à Dieppe et le fait de voir mes coéquipiers défendre nos couleurs sans moi, ça me fait de la peine. Mais bon, ça fait partie de la vie et je les ai dans mon coeur.

Le parcours de Kouamé Martial Ouattara sort de l’ordinaire.

Après une première saison à l’U de M en 2010, il quitte pour la France afin de terminer son baccalauréat en administration des affaires.

Il reviendra à Moncton en 2013 pour sa maîtrise, avant de tenter sa chance avec le FC Gatineau, dans un circuit semi-professionnel québécois.

«Quand j’ai joué ma première année au niveau universitaire à Moncton, j’ai vu qu’il n’y avait pas d’avenir pour moi justement au niveau professionnel parce que je voulais continuer à jouer au soccer après mes études.»

Malgré tout ce va-et-vient, celui qui aura sa citoyenneté canadienne dans deux ans dit se sentir chez lui en Acadie.

«Je me considère comme un Ivoiro-Canadien-Acadien! J’ai encore mes racines ivoiriennes, mais en même temps, ça fait tellement longtemps que je vis ici. Je suis impliqué dans la communauté (il siège au conseil d’administration de Soccer Dieppe) et je me sens chez moi ici en Acadie. C’est ici que j’ai grandi.»

Ouattara devient le troisième Néo-Brunswickois à atteindre le niveau professionnel, après Jamie Pollock dans les années 1990 et Rémi Roy dans les années 2000.

Dieppe devient une porte d’entrée pour la Première ligue canadienne

La signature de Kouamé Martial Ouattara avec les Wanderers de Halifax est une bonne nouvelle pour l’ensemble du Nouveau-Brunswick, et particulièrement à Dieppe, estime Taha Maarous.

«Avec cette signature, on va avoir un lien avec la Première ligue canadienne de soccer. C’est clair que ce sera une porte d’entrée pour d’autres joueurs d’ici», mentionne le président de Soccer Dieppe.

«Martial est quand même un grand joueur, on l’a vu avec les Aigles Bleus de l’Université de Moncton et comme capitaine du FC Dieppe (au niveau senior)», ajoute-t-il.

Même si l’équipe senior devra remplacer son joueur vedette cet été, le grand patron de l’organisme pense que plusieurs jeunes auront la chance de se faire valoir.

«Le départ de Martial va laisser un grand vide dans le milieu de terrain, mais nous sommes très confiants avec notre relève et on a d’autres gars qui vont faire parler d’eux», assure-t-il.

«Il a fait beaucoup de sacrifices pour arriver là. C’est un gars très impliqué dans sa communauté. Il est notamment secrétaire du conseil d’administration de Soccer Dieppe. Il m’a épaulé pour la création de l’équipe senior.»

Selon lui, Ouattara sera un bel exemple pour les jeunes joueurs qui voudraient suivre ses traces au niveau professionnel.

«Sa signature n’est pas un coup du hasard, mais un coup du travail acharné. De notre côté, ça donne une certaine crédibilité à nos programmes de soccer», indique Taha Maarous.

Ce dernier s’est dit comblé de voir une trentaine de jeunes âgés de 7 à 15 ans assister à la conférence de presse qui a eu lieu au Sportsdome de Moncton, jeudi dernier.

«C’était très impressionnant de voir la manière avec laquelle ils regardaient Martial. Ils se voyaient réellement en lui. Ils voyaient ce qu’ils peuvent être plus tard.»

Un exemple qui pourrait en inspirer plusieurs à travers le Nouveau-Brunswick.

«Je vois des jeunes comme Jean-Michel Dako, Héritier Masimengo, Saad Mersady et plusieurs autres qui peuvent avoir accès à cette ligue. C’est une très belle nouvelle pour le soccer à Dieppe, pour le Grand Moncton, mais aussi pour toute la province.»