EXCLUSIF – «Ça me lève le coeur» – Billy Bezeau

«Ça me lève le coeur. Je pensais que je méritais au moins un minimum de respect de la part de cette ligue. Ils viennent de m’enlever le goût de jouer.»

Si vous avez lu les premières lignes, on comprend rapidement que Billy Bezeau est très déçu.

Déçu parce la Ligue de hockey senior Acadie-Chaleur l’a mis au pilori en lui octroyant six matchs de suspension pour un incident qui, à ses yeux, en méritait la moitié moins. Et même si la sanction a depuis été réduite à quatre parties, sa déception demeure la même.

Déçu aussi que personne ne lui a demandé sa version des faits.

Déçu de tous ces messages haineux et irrespectueux dont lui et son frère font l’objet dans les médias sociaux depuis le début de la semaine.

Déçu que sa famille ait à composer avec toute cette mauvaise publicité.

Déçu quoi.

Toutes ces déceptions font que ça lui reste coincé dans le fond de la gorge. Ça l’irrite. Comme des mucosités qui ne veulent pas sortir. Tiens, ça ferait un bon titre pour une chanson western celle-là.

Mais au-delà de tout ça, Billy Bezeau se sent trahi.

Au point que le défenseur des Marchands de Shippagan menace de ne plus jamais jouer un match de hockey senior.

«Honnêtement, je ne sais plus comment prendre cette histoire, affirme-t-il. La ligue a certainement mal géré cette affaire. Je ne vise personne en particulier, mais bien tout le monde qui a été impliqué dans cette décision, que ce soit les arbitres, les dirigeants de la ligue et le comité de discipline.»

«Je peux comprendre qu’elle (LHSAC) souhaite enrayer la violence. Mais là, ils poussent un peu trop le bouchon. À ce que je sache, ce sport reste quand même du hockey. Il n’y a eu personne qui a été tué ou blessé à Caraquet. Alors pourquoi mon frère (Tommy) et moi sommes traités comme des criminels? J’aurais pu comprendre deux matchs, trois à la limite, parce que c’est moi qui a débuté tout ça. Mais six matchs? Quatre matchs maintenant? Si ça reste ainsi, je ne reviendrai pas, même en finale. J’ai fini de faire rire de moi», prévient le défenseur étoile.

«Ça n’a aucun sens comment ils ont géré ça. Pourquoi personne ne m’a demandé ma version des faits? Pourquoi personne ne me donne une raison valable pour ma suspension?», questionne-t-il.

«Je me souviens qu’à l’époque que je jouais pour le Titan (d’Acadie-Bathurst), j’avais reçu un appel du comité de discipline de la LHJMQ après avoir plaqué Alex Grant, des Sea Dogs, contre la bande. Il avait eu le poignet fracturé sur le jeu. C’était un accident et malgré mon explication, j’avais quand même écopé de deux matchs. Je me suis fait expliquer que c’était parce que Grant était un premier choix de la ligue et qu’elle voulait protéger ses vedettes. J’ai compris ça et je l’ai accepté. Aujourd’hui, on me suspend et on ne me dit même pas pourquoi. Honnêtement, je ne vois pas d’autre explication que le nom Bezeau qui est écrit dans mon dos pour expliquer une telle sanction. Je me demande si ma suspension aurait été aussi longue si j’avais eu le nom McGraw dans le dos», confie-t-il.

«Ma famille n’a pas à vivre ça»

Je lui demande alors sa version des faits. Bezeau admet qu’il est celui qui a tout démarré à Caraquet, le 2 mars. Sauf qu’il avait selon lui une excellente raison.

«Ça faisait trois fois pendant la partie que le même joueur me visait le visage avec la rondelle. Dans les gradins, la grande majorité des gens ne se rendent pas compte de cela mais quand tu es sur la glace c’est facile de voir si c’est accidentel ou volontaire. Je sais qu’il me visait», raconte-t-il.

Au départ, seuls les 10 joueurs sur la glace sont impliqués dans l’échauffourée, pendant que les gardiens se contentent d’observer le tout. Ce n’est que lorsque Bezeau se dirige vers la sortie en direction de son vestiaire que les choses vont empirer. Il vient à peine de bousculer le gardien que les deux bancs se vident aussitôt.

«Je venais de me faire donner le plus gros coup de bâton de ma carrière par le même joueur qui me visait la face. Une chance que j’étais en train de me retourner, le coup je l’ai reçu sur le côté de la jambe. Et alors que j’étais sur le point d’accrocher le gars, un arbitre m’a agrippé par derrière pendant que le gars avait toujours son bâton dans les mains qu’il tenait comme une arme», commente-t-il.

«Dans les faits, je n’ai frappé personne pendant tout ce grabuge et j’ai seulement bousculé un peu le gardien. Pourtant, j’ai écopé d’un cinq minutes pour un coup de bâton que je n’ai jamais donné. Les vidéos qui sont disponibles sur Facebook le montrent clairement», poursuit-il.

«J’étais furieux quand j’ai patiné vers la sortie. Les fils étaient pas loin de se toucher, comme on dit. J’étais sur l’adrénaline d’un deuxième coup de bâton servie par le même gars. Alors quand j’ai vu le gardien, je l’ai bousculé un peu. J’avoue que j’aurais aimé lui retirer son casque et de le battre. Il savait dans quel état d’esprit j’étais et il aurait dû se diriger vers un coin de la patinoire pour me laisser aller. J’ai réussi à me contrôler parce que je savais que ma fille et ma femme étaient dans les gradins. Je ne voulais pas faire des folies devant ma fille», révèle-t-il.

«Je sais bien que je ne suis pas un ange sur la glace, mais je ne suis pas un joueur salaud. Les gens n’ont qu’à aller voir mon curriculum vitae sur Internet. Mon historique démontre bien quel genre de joueur je suis. C’est dégueulasse ce qui s’écrit sur Facebook. J’ai pourtant joué à Caraquet il y a quelques années et ils semblaient m’apprécier. Je suis pourtant le même Billy Bezeau. Il y a une madame qui est allée jusqu’à nous comparer à des tueurs à gages, Tommy et moi, et qu’elle souhaitait ne pas voir ses jeunes fréquenter des gens comme nous dans la vie de tous les jours», révèle-t-il.

À ce moment de l’entrevue, je n’ai pu m’empêcher d’éclater de rire. Billy comprend aussitôt le ridicule de la situation et pouffe lui aussi de rire. Je crois que ça lui a fait du bien.

Une fois remis de nos émotions, je lui demande s’il va vraiment mettre un terme à sa carrière senior.

«Tu sais, j’étais supposé de ne pas jouer cette année. C’est mon père (Barry) qui m’a convaincu de le faire. Il m’a dit qu’à mon âge, il ne me restait plus beaucoup de saisons de hockey devant moi. Il m’a dit que c’était mon choix, mais qu’il était important de jouer pendant que tu le peux pour ne pas le regretter ensuite», souligne-t-il.

– Oui, mais la retraite? Tu y penses vraiment?

«Ma belle-mère me dit toujours de ne jamais dire jamais, mais là je suis dégoûté du hockey senior. Je n’ai plus 20 ans et ma vie n’est plus centrée sur le hockey comme avant. J’ai une famille avec deux enfants, un travail et je peux toujours jouer dans une ligue industrielle. Ça m’a blessé cette histoire. Avec en plus ce qui s’écrit dans les médias sociaux, je trouve que c’est trop. Ma famille n’a pas à vivre ça», dit-il en conclusion.