Hockey féminin: l’onde de choc déferle sur l’Acadie

L’onde de choc provoquée par la disparition de la Ligue canadienne de hockey féminin a résonné jusqu’en Acadie depuis dimanche. Il y a eu de la surprise, de la colère, de la tristesse, mais aussi de l’espoir.

L’ancienne Aigle Bleue Katryne Villeneuve s’est dite estomaquée.

«J’ai été surprise d’apprendre la nouvelle. J’ai texté mes amies qui jouent dans la ligue. Je pense qu’elles étaient toutes un peu tristes», indique la Franco-Ontarienne.

«C’est sûr que c’est un gros pas en arrière pour le hockey féminin. Il y a une ligue aux États-Unis, mais ce n’est pas assez gros et il n’y a pas assez d’équipes qui vont pouvoir accueillir toutes les joueuses. Dans le fond, on arrête le développement du hockey féminin au Canada.»

L’entraîneuse adjointe des Tommies de l’Université St. Thomas, Geneviève David, a eu une pensée pour les jeunes joueuses.

«C’est vraiment dommage. Ça fait des années qu’ils essayent de bâtir quelque chose de solide pour le futur et tout ça vient de tomber à l’eau», déplore-t-elle.

«C’est dommage pour les jeunes filles qui ont des idoles, des modèles à suivre et qui rêvent un jour de jouer dans cette ligue. On vient quasiment de détruire leur rêve», affirme l’ancienne des Aigles Bleues de l’Université de Moncton.

«Je ne pense pas que ça aura un impact sur le développement du hockey féminin. Ce qui existe est assez solide pour que ça continue à grandir. Je sais que les joueurs, les entraîneurs et les administrateurs vont se battre pour essayer de trouver une solution.»

L’ancienne capitaine du Bleu et Or, Cassandra Labrie, parlait d’une journée sombre pour le hockey féminin.

«Je trouve ça vraiment triste. Je connais quelques filles qui jouent dans la ligue et c’est quelque chose que personne n’a vu venir. Je peux juste imaginer ce qu’elles vivent présentement», mentionne-t-elle.

«Il y a des filles pour qui tout tournait autour de la ligue. Ça doit être pas mal bouleversant pour elles. Le fait que c’est annoncé une semaine après la coupe Clarkson (remise au Inferno de Calgary), je pense que ça va choquer pas mal de monde. Avec la présence des femmes au match des étoiles de la LNH cette année, tout semblait évoluer dans la bonne direction et la ligue commençait à se faire connaître.»

L’ancienne gardienne des Aigles Bleues, mais aussi du Inferno de Calgary, Kathy Desjardins, a réagi à la nouvelle à travers les médias sociaux.

«Je ne peux pas croire qu’ils abolissent la LCHF. C’est de loin le meilleur calibre que j’ai joué», écrit-elle.

«Je souhaite sincèrement que les anciennes, les joueuses actuelles et les futures joueuses ainsi que les partisans se tiennent les coudes serrés encore une fois pour cette ligue. On brise en quelque sorte le rêve de plusieurs et on freine encore une fois le développement du sport féminin.»

Le coordonnateur des camps Ouellet-Poulin dans les Maritimes, Donat Poirier, faisait preuve d’un certain optimisme.

«Je pense que personne ne l’a vu venir. Ça fait 10 ans que ça existe, mais ça semble tourner en rond. Il n’y a pas de commanditaires et ça reste une ligue de fin de semaine. Ils ont peut-être lâché cette bombe pour forcer les gens à réagir. C’est un coup d’éclat, mais je pense qu’ils l’ont fait avec un but derrière la tête», avance-t-il.

«Aux États-Unis, c’est une business, alors qu’au Canada, c’est quasiment comme un organisme sans but lucratif. J’ai l’impression que ça va forcer Hockey Canada et Hockey USA à embarquer dans le portrait et à réaliser qu’on a besoin d’un modèle d’affaires plus sérieux, qui est mieux structuré et qui est payant pour les joueuses.»

Mais il n’y aura pas de place pour toutes les joueuses de la LCHF, prévient-il.

«Ça ne va pas affecter les meilleures joueuses, comme Marie-Phillip Poulin, qui vont jouer au hockey professionnel quelque part l’an prochain. Mais ça va affecter des filles comme Kim Deschênes ou Anne-Sophie Bettez, qui ne vont pas abandonner leur boulot pour aller jouer au hockey à Tombouctou.»

Donat Poirier se dit quand même optimiste pour la suite des choses.

«Il faut qu’il y ait quelque chose d’autre qui s’en vient. Je ne peux pas croire que la commissaire par intérim Jayna Hefford ait été d’accord de saboter la ligue que ses anciennes coéquipières ont travaillé si fort à bâtir s’il n’y a rien d’autre de prévu. C’est impossible que ça finisse comme ça. L’Association des joueuses va travailler pour trouver une solution. Dans le pire des scénarios, je pense qu’ils vont organiser une autre LCHF pour continuer, même si c’est de façon temporaire.»

LCHF: «La page est blanche et c’est à nous de l’écrire»

Les joueuses de l’ancienne Ligue canadienne de hockey féminin avaient décidé de contrôler le message à la suite de la décision du conseil d’administration de saborder le circuit.

Chez les Canadiennes de Montréal, Karell Émard était la seule autorisée à commenter la nouvelle.

«Pour être honnête, j’étais sous le choc quand j’ai appris la nouvelle. Personne ne s’y attendait», explique-t-elle.

«On essaie de garder la tête haute et faire la réflexion de la bonne façon pour pouvoir trouver une façon d’aller de l’avant.»

L’attaquante mentionne qu’on explore déjà des pistes de solutions pour la suite des choses.

«On est en mode regroupement et solutions pour prendre notre destin en main. On a déjà formé un groupe d’action (formé de joueuses, de directeurs généraux et d’Olympiennes) pour préparer et planifier les prochaines étapes», souligne la joueuse québécoise.

«On essaie aussi de donner le temps aux joueuses d’avaler la nouvelle. Je sais que pas une ne va abandonner le mouvement qu’on va essayer de créer. Je dirais que la page est blanche en ce moment et c’est à nous de l’écrire.»

Comme tout le monde, elle a entendu parler d’une possible implication de la Ligue nationale de hockey.

«Toutes les possibilités sont là. La LNH faisait déjà un peu partie de notre ligue. Il s’agit maintenant de connaître leurs vraies intentions. Avec le momentum qu’on a créé cette saison dans la ligue, je ne doute pas que quelque chose va se passer. Le mouvement qui était derrière nous cette saison était plus grand que jamais.»

Karell Émard affirme que les joueuses sont prêtes à se battre pour continuer à pratiquer un sport qu’elles adorent.

«On est en mode réflexion pour avoir un bon plan d’attaque. Mais on ne laissera pas tomber les filles. On veut faire les choses de la bonne manière, ensemble.» – SP