Carol Lepage enfin sur la ligne de départ à Boston

Parmi tous les coureurs et coureuses sur route du Nouveau-Brunswick, Carol Lepage est la tête dure par excellence du groupe. Il bat tout le monde par un mile. C’est lui-même qui le dit à part ça. Et avec un large sourire en plus.

Imaginez-vous donc que ce diable d’homme, parce qu’il s’était imposé une extravagante promesse pendant l’été 1998, s’est empêché pendant un peu plus de deux décennies d’aller au Marathon de Boston.

«À cause de ma tête dure, je voulais casser les 2 heures et 25 minutes avant d’aller à Boston», raconte Lepage, qui préfère aujourd’hui en rire.

Car à bien y penser, et il est le premier à l’admettre, sa promesse était plutôt cruelle.

«J’ai toujours réussi à obtenir ma qualification pour Boston lors de chacun de mes sept marathons, mais j’étais vraiment borné. Je n’ai malheureusement jamais réussi à briser les 2h25m. Les années ont passé, je me suis blessé à quelques reprises et j’ai arrêté de faire des marathons pendant 11 ans», confie celui dont le meilleur chrono est 2h33m58s, réalisé en décembre 1998 à Kiawah Island, en Caroline du Sud.

Ce n’est finalement qu’en 2017 qu’il décidera d’aller chercher une ultime qualification. Il choisira pour l’occasion le Marathon de Long Beach, en Californie, et terminera les 42,2 kilomètres en 3h03m52s. Pas si mal pour un bonhomme de 48 ans qui n’avait pas franchi une telle distance depuis une éternité.

«Ç’a été de loin mon pire chrono à vie dans un marathon et pourtant ç’a été mon préféré», insiste celui qui est maintenant âgé de 50 ans.

«Rendu à un certain âge, tu deviens moins compétitif et tu savoures davantage tout ce qui entoure la course. Le plaisir prend donc le dessus sur la compétition. Aujourd’hui, je ne vois plus le Marathon de Boston comme une compétition, mais bien comme un truc à cocher sur ma bucket list», mentionne-t-il.

«Plus jeune, j’étais obnubilé par la performance et je ne prenais pas le temps d’apprécier le simple fait d’être là avec les autres athlètes. Je peux déjà te dire que je compte m’amuser à Boston. Je vais aussi écouter mon corps. Si je me sens bien, peut-être que je vais accélérer le rythme à un moment donné dans la course. Mais peu importe ce qui arrivera, ça n’enlèvera en rien le plaisir que je vais avoir», soutient-il.

Carol Lepage avait jusqu’à tout récemment un chrono en tête pour Boston. Il visait un temps sous la barre des trois heures. Aujourd’hui, en raison d’une blessure subie il y a un mois, il doit revoir son objectif à la baisse.

«Je me suis déchiré le ménisque du genou droit le mois dernier et j’ai dû être opéré. Mardi, ç’a fait exactement quatre semaines que l’opération a eu lieu. Ça fait aussi deux semaines que j’ai repris l’entraînement», révèle-t-il.

«Honnêtement, je ne serais pas supposé d’aller à Boston, mais comme j’ai une tête dure…», poursuit-il sans terminer sa phrase.

«J’ai fait 30 km la semaine dernière et ç’a plutôt bien été. Parce que j’ai dû ralentir le rythme de mon entraînement, j’ai dû changer mes objectifs. Disons que je serai content si je termine la course en 3h15m. On verra bien ce que ça va donner. Il y a quand même du millage dans ce corps-là», lance-t-il en riant.

«J’ai hâte à lundi. Je n’arrête pas de regarder à quoi va ressembler la météo. Pour l’instant, ils annoncent de la pluie et un vent de face. Ça va donc ressembler un peu à l’an dernier, sauf qu’au lieu de courir dans le froid la température devrait être aux environs de 13 degrés», souligne-t-il.

«J’ai en tête de m’amuser, surtout que ce sera probablement mon dernier marathon à vie», ajoute le coureur de Bathurst.

Carol Lepage – Gracieuseté: Samuel Lepage

Inspiré par Patty, il vise les Mondiaux des maîtres de 2020

Même s’il a surtout retenu l’attention dans la course sur route depuis le tournant du siècle, principalement sur les distances de 10 km, Carol Lepage soutient que sa préférence a toujours les épreuves de longue distance sur piste.

Toutefois, parce que la piste en demande plus au corps que la route, il s’est limité à quelques courses par année.

N’empêche qu’il a établi un record provincial dans le 3000 m steeple-chase (11m13s01c) en 2016 chez les 45 à 49 ans et qu’il a brisé la marque du 3000 m (10m08s24c) chez les 50 à 54 ans, en février dernier, lors des Championnats provinciaux d’athlétisme en salle.

Il a aussi détenu un temps le record provincial du 10 000 m, mais ce dernier est désormais la propriété de Barry Britt depuis 2016.

Encouragé par ce nouveau record, d’autant plus que son chrono se veut le deuxième meilleur au monde en 2019 dans son groupe d’âge, Carol Lepage s’est mis en tête de prendre part aux Mondiaux des maîtres qui auront lieu à Toronto en 2020.

«En fait, c’est plutôt Patty (Blanchard) qui m’a donné le goût l’été dernier. J’ai alors décidé d’ajouter les Mondiaux de 2020 sur ma bucket list. Mon plan est d’obtenir ma qualification pour l’épreuve de 3000 m», confesse-t-il.

«Comme je serai cet été aux Championnats provinciaux et aux Championnats de l’Atlantique avec mes athlètes, je vais en profiter pour aller chercher ma qualification», mentionne Lepage, qui est aussi l’un des entraîneurs du club d’athlétisme Chaleur.

Voici la liste des 44 Néo-Brunswickois qui vont prendre part au 123e Marathon de Boston, lundi.

Hommes: Daniel LeBlanc, Mathieu Morrison, Colin McQuade, Kip Jackson, Chris McNamara, Evan Doucet, Greg McCann, Michael McNeil, Glenn Myers, Pierre Daigle, Carol Lepage, Dean Mercer, Richard Paixao, Yanick Tremblay, Grant Finlayson, Robert Forbes, Joe Culligan, Jim McDonald, Gaétan Chiasson, Steve Dohaney, Marshall Buckley, Steve Lohnes, Paul Sands, Ronald Cormier, Warren Gerow, Kevin Murphy et Richard Bennett.

Femmes: Rochelle Johnston, Jessica Kennedy, Marcie Holland, Suzanne Myers, Mary Bartlett, Annie Pellerin, Sheri Penner, Susan Holt, Louise Connely, Donna Trites, Brenda Guitard, France Haché, Gianinna Babineau, Schelly Mackinnon, Lesley O’Brien, Pat Veysey et Toby Richardson.