Dossier: Le lourd secret d’Anderson Macdonald

Pendant la saison 2016-2017, alors âgé de 16 ans et portant les couleurs du Phoenix de Sherbrooke, toute la planète hockey (ou presque) était prête à parier sur les chances d’Anderson MacDonald d’atteindre un jour la Ligue nationale de hockey.

Au nez des connaisseurs, son avenir sentait aussi bon que ses 29 buts et 41 points en seulement 50 matchs, avec un club qui n’avait même pas été en mesure de se qualifier pour les séries éliminatoires.

Ce 10e choix au total avait tous les outils pour réussir: le physique, un lancer de professionnel, un coup de patin fort respectable, ainsi que le rare talent de pouvoir servir une tasse de café avec une crème deux sucres à un adversaire grâce à quelques feintes savantes.

Il était «The Total Package», comme aiment dire les anglophones.

Mais toutes ces qualités énumérées se voyaient en surface. À la vue de tout un chacun. Dans sa tête, là où personne sauf lui n’avait accès, c’était une tout autre histoire. Il souffrait d’un mal-être quotidien qu’il avait de plus en plus de difficulté à gérer. C’était comme si sa pensée habitait dans un monde parallèle.

Le pire, c’est qu’il a appris la cause de ses problèmes il n’y a quelques mois. Quelques semaines avant le camp d’entraînement de la dernière campagne pour être plus précis. Il a ainsi découvert qu’il souffrait à la fois de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), d’anxiété et de dépression. À ne pas confondre son état avec la bipolarité, même si ce n’est pas toujours évident de les différencier.

Dans un long entretien publié lundi matin sur LinkedIn, entrevue que l’on doit à Craig Eagles, journaliste indépendant et analyste aux matchs des Wildcats de Moncton sur la chaîne Rogers, Anderson MacDonald explique en long et en large le lointain trou noir qu’il a dû traverser ces dernières années.

Dans les faits, le numéro 25 du Titan d’Acadie-Bathurst est sorti du placard quelques semaines plus tôt, dans le cadre de la Journée Bell cause pour la cause. Mais avec Craig Eagles, il est allé encore plus loin dans ses propos.

On y découvre, entre autres, que son mal-être le paralysait au point que ça l’empêchait de fonctionner normalement. C’est d’ailleurs cela qui l’a conduit à demander une transaction au terme de sa première campagne à Sherbrooke. Décision qui a fait en sorte qu’il a hérité d’une réputation de joueur à problème. MacDonald a évidemment eu énormément de misère à composer avec cet étiquetage.

Échangé aux Wildcats en août 2017 dans le cadre d’une méga transaction, MacDonald a d’abord cru que la vie serait désormais plus rose. Il avait tort. Car même s’il parvient à inscrire 27 buts et 45 points, son mal-être n’a cessé de grandir.

«J’étais rendu que je ne pouvais plus me lever le matin, a-t-il raconté à Craig Eagles. Je voulais à peine aller à l’école. Le seul moment où j’étais heureux c’était pendant les entraînements. Mais après la pratique, je rentrais chez moi et je regardais des films tout l’après-midi, ou je me couchais et je dormais.»

Malgré ces chiffres respectables, sa réputation de joueur difficile à gérer a fait en sorte qu’il n’a pas été repêché en juin 2018. Pour lui, ç’a été comme vivre un cauchemar éveillé.

Isolé et incompris, MacDonald sombra encore plus profondément dans la déprime lorsqu’après avoir été invité au camp des recrues du Wild du Minnesota, il se blesse quelques semaines avant le camp.

«J’étais dévasté, a-t-il révélé. Tu n’as aucune idée. Mon rêve d’enfant venait de partir en fumée. Je venais de me décevoir, de décevoir ma famille et de décevoir aussi mes amis. L’été dernier, j’ai souffert de hauts et de bas extraordinaires. Cela a effrayé ma famille et mes entraîneurs.»

MacDonald soutient avoir tout essayé pour calmer ses pensées noires. Mais malgré ses efforts, il continuait de donner l’impression d’être désengagé, découragé et très peu inspiré.

«Je dormais jusqu’à 16 heures par jour. Je n’arrêtais pas de penser à la façon dont les gens me regardaient ou me voyaient. J’allais sur les médias sociaux pour lire ce que les gens disaient de moi et tout ce que je pouvais faire c’était de m’asseoir et de pleurer.»

«Les entraîneurs et les éclaireurs m’ont qualifié de solitaire et de ne pas être un bon joueur d’équipe. À la fin, je ne pouvais pas me concentrer ni rester en contact visuel avec les entraîneurs et les autres quand ils me parlaient. Ils ont supposé que je les ignorais, mais ce n’était pas le cas. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité», a confié MacDonald.

«Le pire c’est que je me rendais bien compte que je ruinais ma vie et mes rêves. Mais je ne parvenais pas à comprendre pourquoi diable je le faisais. J’étais complètement perdu. Ma famille aussi.»

Quelques semaines avant le camp d’entraînement des Wildcats, il décide enfin de demander de l’aide. Il va consulter le médecin de sa mère. Il n’aura fallu qu’une quinzaine de minutes au médecin pour trouver son problème. D’ailleurs, ce dernier ne comprend toujours pas pourquoi il n’avait pas été traité auparavant.

Pendant que le médecin et un physiatre tentaient de trouver la bonne combinaison de médicaments pour le sortir des ténèbres, MacDonald, lui, continue de sombrer.

«De juin jusqu’à Noël 2018, j’ai été une montagne russe d’émotion. Une minute je pouvais rire, la minute suivante je pouvais être en train de pleurer ou très en colère. J’étais pris dans un enfer émotionnel», a-t-il raconté.

Sa situation est telle qu’il n’est même plus dans l’entourage de l’équipe des Wildcats. Plus que jamais, il était isolé.

Ce n’est qu’une fois qu’il a été échangé au Titan, le 16 décembre, que les choses ont commencé à mieux aller.

«J’ai eu droit à une nouvelle série de médicaments et les résultats positifs ont été rapides. Pour la première fois depuis des années, je me suis senti normal. Ma nouvelle famille d’accueil et mon ami de longue date, Ian Smallwood, m’ont également beaucoup aidé. L’organisation et la direction du Titan ont été très compréhensives et m’ont soutenu dès le départ. Ils se sont aussi engagés à m’aider à faire face à mes problèmes et à atteindre l’objectif de jouer un jour dans la LNH», a-t-il souligné.

«Je suis enfin heureux. J’ai retrouvé ma confiance et je ne me cache plus. C’est moi qui a le contrôle désormais, et non pas le TDAH, l’anxiété ou la détresse. Je contrôle tout», a-t-il fait savoir à son interlocuteur.

«Je vais prouver quel type de joueur je suis»

Anderson MacDonald est le premier à en convenir, il lui a fallu une bonne dose de courage pour avouer au monde entier qu’il souffrait de problèmes de santé mentale. Aujourd’hui, il se félicite de l’avoir fait. Il n’a surtout plus à traîner ce lourd secret, aussi pesant qu’un piano à queue, sur ses épaules.

«Ça n’a pas été facile au départ, parce que j’ai eu beaucoup de hauts et de bas. Mais aujourd’hui, je crois que c’était vraiment la voie à suivre», affirme le numéro 25 du Titan.

Même s’il dit avoir fait la paix avec son passé depuis sa sortie dans le cadre de la Journée Bell cause pour la cause, MacDonald soutient qu’il a un temps hésité avant d’accepter de se confier au journaliste Craig Eagles.

«J’ai commencé à parler avec Craig après qu’il m’ait approché. Le plan, au départ, était que je lui écrive quelque chose pour voir ensuite si j’avais envie que ce soit publié. J’étais encore hésitant avant de commencer à écrire mon histoire. Mais après une bonne discussion, j’ai eu le sentiment que je me devais de partager mon vécu», raconte MacDonald.

Parmi les personnes qui l’ont le plus aidé depuis son arrivée à Bathurst, il n’hésite pas à nommer sa famille de pension, mais aussi son grand ami Ian Smallwood. Les deux athlètes se sont connus en 2015-2016 au sein du Vito’s de Saint-Jean au midget AAA, où ils étaient les principales vedettes de l’équipe. On soupçonne d’ailleurs Couturier d’avoir été cherché Smallwood principalement pour mieux encadrer MacDonald.

«Ian a toujours été un frère moi depuis l’adolescence. Il est non seulement mon grand frère, mais il veille aussi à ce que je sois sur le bon chemin. Autant sur la glace qu’à l’extérieur de l’aréna», souligne MacDonald.

Maintenant qu’il peut compter sur une bonne médication, celui qui célébrera son 19e anniversaire de naissance jeudi se dit confiant de marquer de 30 à 40 buts en 2019-2020.

«C’est mon objectif. Je crois que ce sera ma saison. Celle où je vais prouver quel type de joueur je suis vraiment. Je veux surtout me le prouver à moi-même», ajoute Anderson MacDonald.

Une acquisition en connaissance de cause

Sylvain couturier, directeur gérant du Titan d’Acadie-Bathurst. – Archives

Sylvain Couturier savait fort bien dans quoi il s’embarquait, le 16 décembre dernier, quand il a fait l’acquisition d’Anderson MacDonald de Moncton en moyennant un choix de deuxième ronde et un autre de troisième tour.

C’est que voyez-vous, le directeur général du Titan d’Acadie-Bathurst est de ceux qui croient qu’un hockeyeur de grand talent, même s’il est la plupart du temps considéré comme une cause perdue aux yeux de plusieurs, a droit à une autre chance.

Et dans ce genre de situation, les exemples sont de plus en plus nombreux, Couturier a prouvé qu’il avait du flair. Beaucoup de flair.

Certes, les Dawson Theede, Ethan Crossman, Evan Fitzpatrick et Mathieu Desgagnés, qui se sont véritablement épanouis dans l’uniforme du Titan, n’ont jamais eu à composer avec des problèmes sérieux comme Anderson MacDonald. Mais le fait demeure que le Titan a pris un risque en les sortant de leur équipe respective, même si chaque fois ç’a été pour des prix raisonnables.

«L’acquisition d’Anderson était un risque calculé, affirme justement Couturier. Nous savions qu’il avait des problèmes, mais nous ne savions pas tout. J’ai lu le texte de Craig Eagles ce matin (lundi). Ça prend du courage pour faire une sortie publique comme il vient de le faire.»

Couturier ne se prend toutefois pas comme un magicien. Il croit que le mérite revient avant tout aux jeunes. Après tout, ce sont eux, dit-il, qui mettent l’épaule à la roue pour remettre leur carrière sur les rails.

«Comme organisation, nous avons comme philosophie de nous rappeler que nous travaillons avec des jeunes de 16 à 20 ans. L’important est de bien les encadrer. Parfois ça fonctionne, parfois ça ne fonctionne pas», confie-t-il.

«C’est sûr qu’Anderson pourrait me faire mal paraître, mais je crois qu’il a encore en lui son talent de marqueur. Il a toujours marqué des buts et ça ne peut pas disparaître comme ça», dit-il.

Couturier est d’autant plus sûr de le voir rebondir qu’il y a des signes qui ne trompent pas.

«Les gens oublient que la saison dernière, en plus de ses problèmes de santé mentale, il a aussi dû composer avec une blessure à un genou. Il n’a donc jamais pu se justifier. Avec nous, il a commencé à montrer de beaux flashs», mentionne-t-il.

«Et puis nous n’avons pas eu un seul problème avec lui. Même que c’est un excellent coéquipier et tous les joueurs de l’équipe l’adorent. C’est un jeune homme très attachant», assure le dg du Titan.

«Là, il va présenter au camp en meilleure condition mentale et en bonne santé physique. Je lui ai qu’il avait les aptitudes pour devenir un bon joueur. Et maintenant qu’il est bien, il peut légitimement aspirer à avoir un jour une carrière professionnelle», ajoute Sylvain Couturier.

Anderson MacDonald, alorsqu’il évoluait avec les Wildcats. – Archives: Marc Grandmaison)