Inarrêtable et infatigable Pat Noddin

À 82 ans, Pat Noddin enchaîne encore les compétitions de patinage artistique. Plus qu’un sport, elle raconte son lien «spirituel» avec les patins.

Dans un joyeux vacarme mêlant cris et chutes, des enfants apprennent les rudiments du patinage artistique sur la patinoire du Centre Superior Propane de Moncton. Alors que la musique de la Famille Addams sort des haut-parleurs, une silhouette singulière, plus âgée, se dessine. Bandeau noir et cheveux blancs, Pat Noddin fait des tours de piste pour s’échauffer, entrecoupé de quelques pauses. À 82 ans, elle patine avec aisance sans pour autant s’éloigner du bord.

Ester Richard, son entraîneuse du jour, arrive. Main dans la main avec elle, Pat s’entraîne à réaliser une arabesque, une figure où elle glisse sur une seule jambe. Elle s’entraîne trois fois par semaine, car les compétitions vont arriver: «Je vais faire une compétition cet automne à Lake Placid aux États-Unis et en janvier je partirai pour les Jeux d’hiver mondiaux 2020 à Innsbruck en Autriche», glisse-t-elle le plus naturellement du monde.

Deux compétitions, mais un seul programme. Pat dansera sur une chanson qui lui est très personnelle “I did it my way”. «Mais pas la version de Frank Sinatra, je voulais une voix de femme, j’ai choisi la version de Shirley Bassey», précise-t-elle. «Bien sûr, j’aimerais patiner comme je le faisais auparavant. Mais c’est impossible. Dans ce programme, j’essaie de me moquer un peu de moi-même, mes figures ne sont plus aussi belles qu’avant, mais c’est comme ça!», lâche-t-elle avec ses yeux bleus rieurs, tout en déliant machinalement les lacets de ses patins.

Ce geste n’avait rien de naturel pour celle qui a commencé à prendre des leçons de patinage à 58 ans. Pour comprendre cette passion, il faut revenir 30 ans plus tôt, lorsque Pat Noddin allait rendre visite à sa mère, au crépuscule de sa vie, en maison de retraite. Assise sur son fauteuil, sa mère lui disait regretter de ne pas avoir eu une vie plus aventureuse. «Ça m’a brisé le coeur de la voir avec ces regrets, tout en sachant que c’était trop tard pour elle», confie-t-elle.

 

Une rencontre avec des champions

Depuis, certains de ses rêves se sont réalisés. En 2016, Pat Noddin regarde sur Facebook une vidéo avec deux de ses champions de patinage favoris: Kurt Browning et Donald Jackson. Elle laisse alors un commentaire qu’elle pense anodin: «J’écrivais que j’adorerais patiner un jour avec eux».

Quelques semaines plus tard, sa coach l’informe qu’il y aura un séminaire de patinage à Toronto, et que Pat doit y participer. «Je prends l’avion, j’arrive là-bas. On me dirige vers les vestiaires et là je vois Kurt Browning, Brian Orser et Donald Jackson. J’avais le souffle coupé, il fallait que je m’assoie. Ils ont signé mes patins et on a patiné ensemble. Je n’oublierai jamais ce moment-là», narre-t-elle avec émotion.

Ses entraînements se font en même temps que les enfants, les effectifs adultes sont trop restreints. Une occasion de plus pour Pat Noddin de transmettre sa passion. Un jour, elle a vu un petit garçon de quatre ans qui n’osait pas patiner: «Il est venu me voir pour me demander s’il pouvait me prendre la main en patinant. Tu ne peux pas refuser une telle demande.»

Elle martèle, avec douceur, que jamais elle ne s’arrêtera de patiner. Pourtant Pat admet quelques faiblesses: «Comme tout le monde, certains jours, j’avais du mal à me motiver pour l’entraînement. Mais une fois sur la glace, je me demande pourquoi c’était si dur, parce qu’ici, c’est le paradis.»