Le Canadien est déjà passé à Moncton

Ce n’est pas la première visite du CH au N.-B. Le Canadien de Montréal a déjà posé ses patins sur une patinoire du Nouveau-Brunswick. Trois fois pour être précis. La première fois, c’était le vendredi 3 octobre 1975, au Colisée de Moncton. L’adversaire? Les Bruins de Boston. Sans Bobby Orr et Phil Esposito, ils en ont quand même profité pour inscrire une victoire de 4 à 2 devant plus de 7100 amateurs. Malgré ce revers, les amateurs présents ont assisté au début de la dynastie du Tricolore, qui allait culminer avec quatre coupes Stanley consécutives.

La visite des Montréalais pour un match préparatoire, le 18 septembre, au Centre K.-C.-Irving de Bathurst face aux Panthers de la Floride, mettra donc un terme à une absence de près de 12 ans du Bleu-Blanc-Rouge en sol néo-brunswickois.

En septembre 2004, les Bruins avaient eu raison du CH 5 à 2 au Colisée de Moncton. Mike Ribeiro et Michael Ryder avaient été les seuls à déjouer le gardien de Boston, qui avait inscrit quatre buts en troisième période.

Trois ans plus tard, les Islanders de New York ont joué le même tour au Tricolore, 3 à 1. Sergei Kostitsyn a été le seul buteur des perdants et le Français Cristobal Huet était devant le filet.

Petit retour dans le temps.

À l’aube de la saison 1975-1976, les Flyers de Philadelphie trônent en champions de la coupe Stanley pour une deuxième année de suite. Leur style de jeu robuste et intimidant, spécialement dans leur domicile du Spectrum avec Kate Smith interprétant God bless America, en ont fait la terreur de la LNH alors composée de 18 clubs et dirigée par Clarence Campbell.

Comme il fallait combattre le feu par le feu, le Canadien de Montréal a commencé à se grossir en muscles, avec des joueurs tels le défenseur Larry Robinson, le redresseur de torts Pierre Bouchard et l’attaquant défensif Bob Gainey.

Pendant les matchs préparatoires, Montréal se préparait à disputer un programme double contre les Bostoniens. D’abord à Moncton et ensuite le lendemain au Forum de Montréal.

À ce sujet, nous devons remercier chaleureusement Viviane Lagacé-Roy, de Bathurst. Elle nous a fait parvenir des copies du journal L’Évangéline – et deux photos qu’elle a prises durant la rencontre – racontant, sous les plumes de Normand Léger et de Hermyle Thériault, le passage du Canadien dans la province.

Parlons du match.

Le Canadien ravit ses partisans en prenant les devants 2 à 0, grâce au lancer frappé foudroyant de Jacques Lemaire dès la troisième minute et d’un tir dévié de Murray Wilson contre le gardien Dave Reece.

Ces noms vous disent certainement quelque chose, hein? Attendez la suite.

Les Bruins répliquent par l’entremise de Bobby Schmautz, en avantage numérique en fin de période, et de Dave Forbes, à mi-chemin en deuxième. Il profite d’un retour de lancer pour surprendre Michel Bunny Larocque, qui défendait la cage du CH.

Il faudra attendre la fin de la troisième pour déterminer un vainqueur. André Savard – celui qui allait devenir plus tard entraîneur-chef des Nordiques de Québec et directeur général du Canadien – transforme un retour donné par Ken Dryden, venu remplacer Larocque, en but avec moins de cinq minutes à la rencontre.

Savard complétera dans un filet désert quand le robuste défenseur Pierre Bouchard envoie malencontreusement le disque dans le but avec sa main.

Steve Shutt (avec le casque) et Pete Mahovlich. De dos, on aperçoit Yvon Lambert. – Gracieuseté: Viviane Lagacé-Roy

Le lendemain, à Montréal, le Canadien s’impose 6 à 3 grâce aux brios de Lafleur (un but et trois passes) et de Guy Lapointe (tour du chapeau). Steve Shutt et Serge Savard ont aussi marqué pour les vainqueurs, contre un doublé pour Phil Esposito, absent à Moncton, et un but de Gary Doak.

Avec Yvan Cournoyer comme capitaine à la place d’Henri Richard et Scotty Bowman derrière le banc, le Bleu-Blanc-Rouge éclot alors en grande puissance de la LNH.

Au terme du calendrier régulier de 1975-1976, Montréal compte l’impressionnant total de 58 victoires, seulement 11 revers et autant de matchs nuls, pour un total de 127 points et Guy Lafleur remporte son premier trophée Art-Ross avec 125 points, dont 56 buts. Il devance Bobby Clarke, des Flyers, par six points (30-89), et Gilbert Perreault (44-69), le coeur de la French Connection des Sabres de Buffalo, par 12. Malgré cette domination, le Démon blond verra le trophée Hart, remis au joueur le plus utile du circuit, lui échapper aux mains de Clarke.

En séries éliminatoires, le Canadien se fraie rapidement un chemin jusqu’à la finale, balayant les Blackhawks de Chicago en quatre matchs et sortant les Islanders de New York en cinq.

Cette finale contre les Flyers, en quête d’un troisième sacre d’affilée, passera à l’histoire, car ce sera celle de la victoire du hockey sur la brutalité. Le Canadien l’emporte 4 à 3 et 2 à 1 au Forum, avant de terminer le travail 3 à 2 et 5 à 3 à Philadelphie.

On apprendra plus tard que des menaces de mort avaient été envoyées contre Lafleur, qui se promenait constamment avec des gardes du corps à ses côtés.