H2O: la patience de Vautier récompensée

Finalement. Il en aura fallu du temps – 25 ans, en fait. Et beaucoup de patience. Mais c’est maintenant chose faite. Alain Vautier a enfin remporté les Deux milles de natation en eaux libres de Tracadie. Il peut la cocher sur sa liste des choses à réaliser dans sa vie.

En touchant le trophée du champion, remis par Marcel McLaughlin, le Tracadien âgé de 35 ans a vu toute sa carrière défiler devant ses yeux. Toutes ces années d’efforts dans l’eau à s’entraîner. Tous ces encouragements de ses parents qui l’ont initié au sport, à son grand plaisir même s’il avoue ne pas être un naturel. L’appui de sa conjointe Denise Savoie.

Une victoire à la signification symbolique énorme. Surtout après toutes ces fois où il a terminé deuxième au classement général, notamment lorsque Brendan Warren dominait cette course de bout en bout de 2013 à 2016. Ou encore, quand il obtenait la palme du premier Péninsulaire à franchir la ligne d’arrivée au quai. Ou l’honneur du premier homme à atteindre le port, mais seulement après Lauren Goodine, une nageuse de Plaster Rock, en 2017.

«Ç’a été très exigeant», confirme le gagnant, dont les muscles étaient encore raides lundi matin. «J’ai pris la tête dès le début, mais Xavier Lebouthillier s’est rapproché de moi. J’ai pu garder une certaine avance, mais il fallait que je garde ma ligne. Si j’avais dévié un peu, j’aurais perdu plusieurs secondes. Xavier a terminé seulement 14 secondes derrière moi. C’est moins d’une seconde par 100 mètres!»

La possibilité de finir les Deux milles H2O Acadien de Tracadie encore en deuxième position lui a même traversé l’esprit à un moment donné. Il s’est alors dit «Non! Pas cette fois-ci!». Avec un jeune âgé seulement de 13 ans à ses trousses, Vautier a trouvé la motivation nécessaire pour maintenir le rythme et franchir la ligne d’arrivée en 53min43s.

«J’ai toujours aimé cette course, même si je ne la gagnais pas. C’est plaisant et c’est chez nous. Dans le temps de Brendan Warren, je savais que c’était impossible de le battre. Il était vraiment talentueux et fort. Je sentais que ma fenêtre d’opportunité se fermait de plus en plus. Et là, je vois que la relève s’en vient, après un creux de vague. Et elle est forte. Je suis content de voir ça, même si Xavier a failli me battre dimanche. Car s’il n’y a pas de relève, il n’y a pas de Deux milles», réfléchit-il.

En Norvège

Alain Vautier n’aura pas beaucoup de temps pour célébrer sa première victoire en 25 ans (23 participations) aux Deux milles H2O Acadien de Tracadie. Car déjà, il a une autre aventure à cocher sur sa liste. Et toute une. À elle seule, elle doit bien valoir deux coches…

Il partira mardi soir pour la Norvège afin de prendre le départ du Triathlon Norsman à Eidfjord.

Cette course alliant natation (3,8 km), vélo (180 km) et un marathon (42,2 km) est loin d’être comme les autres. Elle est déjà considérée parmi les plus difficiles au monde.

Ça fait 15 ans que Vautier s’adonne au triathlon. Mais ce qu’il vivra samedi, dès 5h à l’heure locale (minuit en Acadie), n’a aucune commune mesure.

«C’est mon plus gros défi», avoue-t-il sans gêne.

C’est un triathlon de distance Ironman, mais dans des conditions extrêmes. Par exemple, l’eau sera de 55 à 60°F (12,8 à 15,6°C) et la combinaison est obligatoire. Dimanche à Tracadie, Vautier devait se sentir dans une piscine puisque l’eau était à plus de 70°F. (21°C) Il va falloir réussir à se réchauffer d’une manière ou d’une autre à la sortie de l’eau du fjord, confie-t-il.

Ensuite, le vélo sera tout sauf une balade dans le parc un beau dimanche après-midi de juillet. Les jambes seront fortement sollicitées avec une dénivellation positive du tracé de 3360 mètres, dont une ascension longue de 25 km et une autre à la fin avec des virages et des pentes de plus de 10%.

Imaginez ensuite s’élancer pour un marathon où les 10 derniers kilomètres sont en gravissant le mont Gaustatoppen…

Comme si ce n’était pas assez, Alain Vautier doit tout prévoir, car l’organisation ne fournit ni eau ni nourriture. C’est pourquoi sa conjointe Denise Savoie le suivra en caravane, avec l’aide de Jimmy Thibodeau et de Marie-Ève Michon.

«Pour le marathon, il y a un parcours final en montagne et un autre alternatif, moins difficile. Je veux faire celui de la montagne. C’est mon premier but. C’est réservé aux 160 premiers (plus de 250 prendront le départ). Le deuxième, c’est de le terminer. Le temps et le rang m’importent peu.»

Ce n’est qu’après qu’il pourra célébrer cette semaine un peu folle… si ses muscles veulent bien collaborer après autant d’efforts, évidemment.