Jérémy Duguay se taille un poste avec les Huskies

Encore en 2019, il arrive qu’un joueur de hockey passe sous le radar des recruteurs. Le dernier en date a pour nom Jérémy Duguay, un petit gars de Tracadie. D’ailleurs, retenez bien ce nom parce que ce joueur de centre pourrait bien être le véritable vol du dernier repêchage de la LHJMQ.

Il faut dire que l’Acadien de 17 ans a réalisé un exploit plutôt rare en se taillant un poste avec les champions en titre de la coupe Memorial, en dépit du fait qu’il a été sélectionné en 12e ronde, plus précisément au 216e échelon.

Ce n’est pas rien. Surtout quand on sait que des choix de deuxième tour n’ont pas su convaincre leurs patrons de les garder avec le grand club.

Le dernier Néo-Brunswickois qui est parvenu à un tel exploit est Ross MacDougall. En 2014, le défenseur de St. Stephen s’était joint aux Remparts de Québec malgré sa sélection au 13e tour (231e au total) quelques semaines auparavant.

Bon an, mal an, seulement un joueur repêché en 12e ronde ou plus loin parvient à graduer immédiatement dans la LHJMQ. Rarement deux. Même que certaines saisons il n’y en a aucun, comme c’est justement arrivé en 2016 et en 2017.

Ignoré lors de l’encan de 2018 – il évoluait à l’époque pour l’Académie de hockey de l’Ontario à Cornwall (OHA) –, Jérémy Duguay a finalement réussi à retenir l’attention après s’être joint aux Gladiators de l’Académie Newbridge, en Nouvelle-Écosse.

Pour tout dire, il a surtout tapé dans l’œil du recruteur-chef des Huskies Daniel LeBlanc qui, depuis, a quitté l’organisation pour se joindre au Lightning de Tampa Bay. Il a eu du flair l’ami Daniel. Mais ça, tout le monde le sait dans le petit monde du hockey.

«Dès que nous l’avons repêché, Daniel m’a dit qu’il allait batailler pour un poste dès cette année», affirme le directeur général et entraîneur-chef des Huskies Mario Pouliot.

«Je ne connaissais absolument pas Jérémy, mais Daniel était convaincu qu’il était capable de causer une surprise. Sa place, je peux te dire qu’il ne l’a pas volé. Il l’a mérité. Écoute, nous avions plusieurs autres bons candidats au centre, mais c’est lui que nous avons choisi», soutient le pilote aux deux bagues de la coupe Memorial.

Pouliot voit plusieurs qualités dans le jeu de sa jeune recrue. D’abord, il estime que Duguay a cette volonté de vouloir continuellement s’améliorer.

«Il a un bon Q.I. hockey. Il excelle dans les mises au jeu, il fait de belles passes et il est très bon avec la rondelle. En fait, la rondelle a l’air de lui coller après. C’est aussi un gros travaillant qui sait jouer sur les 200 pieds de la patinoire, qui est attentif aux détails et qui possède en plus une bonne attitude», le vante Pouliot.

Et comme si ce n’était pas assez, Pouliot est également convaincu que Duguay possède des qualités offensives qui iront en s’améliorant.

«Je me sens confortable de l’envoyer sur la patinoire. Honnêtement, Jérémy est vraiment une belle découverte. Depuis le début du camp, il n’a jamais cessé de s’améliorer. Des choix de 12e ronde comme lui, j’en prends n’importe quand», mentionne Pouliot.

Un rêve qui se réalise

Jérémy Duguay est heureux d’avoir convaincu les Huskies de Rouyn-Noranda de le garder. Pour lui, c’est la réalisation d’un rêve. Cependant, ça ne dit pas tout. L’Acadien de Tracadie est également très fier de son exploit. Il sait qu’il arrive de loin.

Duguay n’aime pas se vanter. Il est même plutôt du genre terre à terre. D’ailleurs, lui-même doutait fortement de ses chances de se tailler un poste. Être un choix de 12e ronde, ça n’a rien de sexy.

«Au départ, je ne m’attendais pas à faire le club. Je suis venu ici avec seulement l’idée de faire une bonne impression», affirme le joueur de centre âgé de 17 ans.

«Ça m’a pris deux ou trois pratiques pour vraiment me sentir à l’aise. Avant d’arriver ici, je me demandais si j’étais prêt physiquement et mentalement. Mais une fois que je me suis senti à l’aise, je savais que je pouvais jouer avec ces gars-là», raconte l’athlète de 5 pieds 10 pouces et 169 livres.

Invité à se décrire comme hockeyeur, Duguay estime humblement qu’il vaut le coup d’œil même s’il possède quelques failles dans son jeu.

«Comme joueur, je me vois comme quelqu’un à qui on peut confier des missions défensives, qui peut remporter sa part de mises au jeu et qui peut aussi aider en attaque. J’ai réussi 99 points (35-64) la saison en 54 parties avec les Gladiators. Je dois toutefois améliorer mon coup de patin. Je dirais que c’est l’étape numéro un. Je devrai aussi travailler sur ma force physique», indique-t-il.

Justement, compte tenu des qualités que Daniel LeBlanc et Mario Pouliot ont vu en lui, comment explique-t-il que son entrée en scène dans la LHJMQ ait été aussi complexe?

«Le fait d’avoir joué dans des écoles privées n’a sans doute pas aidé. Ce ne sont pas les clubs que les recruteurs vont nécessairement voir souvent. D’autant plus que j’ai surtout joué en Ontario et aux États-Unis ces dernières années», dit-il.

Bien sûr, il aurait bien aimé que le Titan d’Acadie-Bathurst tente sa chance avec lui. Avant d’être repêché par les Huskies, il a même été déçu que ce ne se soit pas matérialisé.

«C’est sûr que j’étais déçu au début. Mais aujourd’hui je suis là où je veux être. J’étais très content quand les Huskies m’ont choisi parce que c’est une équipe où je savais qu’il y aurait des places disponibles dans l’alignement après la conquête de la coupe Memorial. De plus, c’est une équipe qui a une bonne réputation et qui est reconnue pour bien repêcher», mentionne Duguay.

Ces derniers jours, il a d’ailleurs eu un avant-goût de la dynamique qui fait des Huskies un club de premier plan.

«Les vétérans nous ont raconté comment ils avaient aimé l’expérience de la coupe Memorial. Pour eux, ç’a été le plus beau moment de leur vie. Ça fait rêver d’entendre ça. Ça te donne le goût de le vivre à ton tour et de tout donner pour que ça arrive. Quand même, les gars qui nous ont raconté ça vont bientôt prendre part à des camps de la Ligue nationale», souligne-t-il.

Le mot de la fin appartient à Mario Pouliot.

«J’ai confiance que Jérémy va bien s’adapter. Il a déjà l’ADN des Huskies en lui. Il lui reste juste à prendre de l’expérience», confie Pouliot.