Jérôme LeBouthillier ira aussi loin que ses muscles

Quand tu as pour idole Phil Heath, sept fois M. Olympia, et que tes films préférés sont Generation Iron I, II et III – une trilogie documentaire faisant l’apologie du culturisme – pas étonnant que Jérôme LeBouthillier se soit tourné vers cet art de la performance. Et à en juger par le succès obtenu à sa première compétition à vie, il semble bien avoir trouvé sa voie.

Samedi dernier, au Casino de Moncton, le jeune colosse de Caraquet a non seulement été couronné vainqueur parmi tous les nouveaux venus à la Classique canadienne Flex Lewis, il s’est aussi couvert d’or dans la division junior (U23) et chez les poids moyens (175 livres et moins). Dans les trois cas, il a obtenu une note parfaite.

Jérôme LeBouthillier – Gracieuseté

Âgé de seulement 19 ans, disons que l’exploit est de taille.

«C’était un rêve pour moi de devenir culturiste, affirme le jeune homme de 5 pieds 9 pouces. J’y pensais depuis que j’ai l’âge de 16 ans. Je voulais d’abord attendre de me sentir prêt. Samedi, il y a plein de gens qui me demandaient: ‘‘Tu sors d’où toi?’’ Je n’arrête pas de recevoir des messages sur Instagram et sur Facebook depuis.»

– Pas de demandes en mariage là-dedans?, que je lui demande pour le taquiner.

– Non, pas encore, rétorque-t-il en riant.

«Mais Flex Lewis (sept fois M. Olympia 212) m’a dit samedi soir que j’avais un beau potentiel et que je pourrais me rendre loin là-dedans. Jon Delarosa, qui était aussi présent, m’a dit lui que j’avais beaucoup potentiel pour un gars de 19 ans. Ça m’encourage à continuer», raconte-t-il.

Sa performance à Moncton lui a d’ailleurs permis d’obtenir son laissez-passer pour les Championnats canadiens de 2020 qui seront présentés à Toronto. La date n’a pas encore été confirmée, mais à moins d’avis contraire, ça devrait se dérouler le samedi 30 mai. Jérôme compte s’y rendre. Il a même un sacré plan de match dans la tête.

Jérôme veut remporter le championnat canadien dans sa catégorie afin d’obtenir sa carte professionnelle. D’ici là, il veut gagner de la masse musculaire et passer dans la catégorie des lourds légers (176 à 198 livres).

«Une fois que tu es professionnel, tu peux y gagner ta vie uniquement avec les commandites. Ça ne paraît peut-être pas, mais il y a beaucoup de compagnies qui vendent des suppléments, des vitamines et des vêtements, entre autres. Ça ne prend qu’une compagnie qui te prend en charge pour mousser leurs produits et tout ce que tu as à faire ensuite c’est de t’entraîner à l’année», mentionne-t-il.

À n’en point douter, Jérôme est le genre à se donner à fond dans le gymnase. Rares sont les journées où il n’est pas présent au Acadie Gym de Shippagan.

Il a même déjà un slogan qu’il se ressasse régulièrement en s’entraînant.

«Je crois que quelqu’un qui travaille fort va battre le talent quand le talent ne travaille pas assez fort. J’ai souvent cette phrase en tête», souligne-t-il.

C’est à l’âge de 13 ans que Jérôme a commencé à fréquenter les gymnases.

«J’étais dans le karaté. J’étais ceinture brune. J’ai même pris part à une compétition nationale à Vancouver. J’ai alors tout abandonné pour aller soulever des poids au gymnase», indique-t-il.

Aller au gymnase pour Jérôme est aussi naturel pour une autre personne qui va jouer au golf.

«Aller au gym m’aide à me détendre. Ça me change les idées. Certes, c’est un sport individuel, mais ça se fait en famille. Tous les gens qui s’entraînent s’encouragent mutuellement. Honnêtement, quand même que je ne ferais pas de compétition, je serais chaque jour dans le gymnase. C’est là où je me sens le mieux. J’aime ça forcer», confesse-t-il.

– Et ton rêve à plus long terme, c’est quoi?

«Devenir M. Olympia», riposte Jérôme sans aucune hésitation.

Je dis juste ça comme ça, mais c’est vrai que ça sonne bien M. Olympia Jérôme LeBouthillier.

Vous pouvez suivre la carrière de Jérôme LeBouthillier sur Instagram (jeromelebouthillier).

Une discipline d’acier

Ce n’est pas tout le monde qui possède la discipline nécessaire pour aller s’entraîner chaque jour en gymnase. Et parmi ceux-ci, c’est seulement une minorité qui possède le cran de devenir culturiste en sachant que ça implique de se présenter pratiquement nu devant un large public. Jérôme LeBouthillier, lui, a dû combattre son manque de confiance pour prendre part à la compétition de Moncton, samedi dernier.

«En arrière-scène, j’étais vraiment nerveux, dit-il. Il faut dire que j’ai toujours été un gars anxieux. Je n’ai jamais été le genre à me présenter devant une foule pour parler. Ce n’est pas moi qui avais la plus grosse estime de soi. Mes amis n’ont pas arrêté de m’encourager à y aller et ils ont finalement eu raison.»

«Samedi, le stress est parti aussitôt que je me suis présenté sur la scène. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais soudainement confiance en moi. J’avais zéro stress. Ça m’a surpris moi-même», mentionne-t-il.

Depuis, Jérôme ne se reconnaît plus. Comme s’il y avait eu une coupure sur son passé. Comme s’il y avait un avant et un après.

«Ma participation à cette compétition m’a donné beaucoup de confiance. Ça m’a changé c’est sûr. Je ne m’étais jamais senti comme ça avant. Je n’ai plus peur d’aller parler aux gens», révèle celui qui entreprendra bientôt des études au collège afin de devenir ambulancier.

«Cette confiance, je suis convaincu qu’elle va m’aider pour mes études», confie Jérôme, qui s’entraîne sous les ordres de son entraîneur Sébastien Bertin, lui aussi un culturiste.

Bertin, qui est originaire de Bathurst, mais qui habite désormais à Dieppe, est une sommité dans son sport puisqu’il a remporté l’or chez les poids lourds en culturisme, de même que l’or en classe C dans la discipline physique classique.

«Sébastien m’aide beaucoup. Nous nous arrangeons pour nous voir deux fois par mois en plus de se parler régulièrement sur les médias sociaux», signale Jérôme.

Notons que plusieurs autres francophones ont tiré leur épingle du jeu au Casino de Moncton, dont Allan Robichaud (maîtres 40 ans et plus), Dominic Cormier (physique classique), Mathieu Chiasson (physique classe A), Guillaume Haché (physique classe C), Karine Richard (novice, figure et classe A), Janelle Bourgoin Robichaud (bikini, novice, classe B) et Tammy Lavigne (bikini grands maîtres).