Le départ de Danny Grant sème l’émoi au N.-B.

Bien que Gordie Drillon mérite encore aujourd’hui d’être considéré comme le meilleur hockeyeur dans l’histoire de la province, quoique Sean Couturier devrait hériter d’ici quelques années de cette reconnaissance, il n’en demeure pas moins que l’empreinte de Danny Grant est toujours très visible.

En fait, c’est un grand ambassadeur de notre sport national que le Nouveau-Brunswick a perdu lundi à l’âge de 73 ans. Il ne vous suffira que de lire les témoignages pour vous convaincre de la place qu’occupe Danny Grant dans notre mémoire collective.

Une coupe Stanley avec les Canadiens de Montréal en 1967-1968, un trophée Calder à titre de recrue de l’année avec les North Stars du Minnesota en 1968-1969, trois matchs des étoiles (1969, 1970, 1971) et une saison de 50 buts avec les Red Wings de Detroit en 1974-1975. D’ailleurs, seulement 11 joueurs avaient réussi l’exploit avant lui dans l’histoire de la LNH à franchir ce plateau, soit Maurice Richard, Bernard Geoffrion, Bobby Hull, Phil Esposito, Johnny Bucyk, Vic Hadfield, Mickey Redmond, Rick MacLeish, Richard Martin, Ken Hodge et Guy Lafleur. De la bien belle compagnie.

Danny Grant est de plus l’unique joueur à avoir remporté deux fois le célèbre concours Showdown présenté entre les entractes le samedi soir et qui opposait les plus grandes vedettes de la LNH.

Grant était tellement un bon marqueur que pas mal tout le monde s’entend pour dire qu’il aurait sûrement dépassé le cap des 400 buts, n’eût été des blessures qui l’ont forcé à se retirer à seulement 32 ans.

Juste pour vous donner une idée de son talent, le surdoué de Fredericton n’était âgé que de 13 ans quand les recruteurs de la LNH ont commencé à s’intéresser à lui. Lors du Championnat provincial bantam au printemps de 1960, il inscrit pas moins de 23 buts et trois passes en seulement six rencontres.

Dès l’âge de 16 ans, il est sous contrat dans l’organisation des Canadiens de Montréal qui l’envoie poursuivre son développement avec les Petes de Peterborough en Ontario.

En juin 1968, un mois après qu’il ait aidé le CH à remporter la coupe Stanley, il est échangé aux North Stars du Minnesota, où il connaîtra beaucoup du succès avant d’être cédé aux Red Wings de Detroit en août 1974. Il terminera finalement sa carrière avec les Kings de Los Angeles en 1979.

En 736 rencontres, Grant enregistrera un total de 263 buts et 272 passes pour 535 points.

En 1985, il est intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick lui fait une place parmi les immortels.

Devenu entraîneur après sa carrière de joueur, Grant a dirigé les Canadiens de Fredericton (midget AAA) en 1987-1988, les Varsity Reds de UNB au niveau universitaire de 1994 à 1996, puis les Mooseheads de Halifax dans la LHJMQ en 1997-1998.

En 2012, la capitale provinciale a reconnu l’importance de Grant et de Buster Harvey, qui a aussi évolué pendant plusieurs saisons dans la LNH, en donnant le nom des deux joueurs au Centre Grant-Harvey, où évoluent d’ailleurs les Red Wings de Fredericton dans la Ligue junior des Maritimes.

Témoignages

John LeBlanc
Ex-hockeyeur de la LNH de Campbellton

«J’ai eu la chance de connaître personnellement Danny et il était un grand athlète et un être humain extraordinaire. Il est définitivement l’un des plus grands joueurs de hockey du Nouveau-Brunswick. La génération actuelle ne réalise pas à quel point il était un bon joueur. Je pratiquais sensiblement le même style de jeu que lui, mais il a eu énormément plus de succès que moi dans la Ligue nationale.»

Pierre Belliveau
Ex-entraîneur des Aigles Bleus de l’Université de Moncton

«Ça remonte à il y a plusieurs années. J’étais à Shippagan en compagnie de Danny pour l’école de hockey qu’organisaient annuellement Jean-Guy Robichaud et Jean-Camille DeGrâce. Une fois la semaine de hockey terminée, Jean-Guy se présente dans le vestiaire des entraîneurs et demande à Danny comment il voulait être payé. J’étais la seule autre personne à ce moment-là dans le vestiaire. Je me souviens que Danny a regardé Jean-Guy et il lui a dit: ‘‘Tu n’as qu’à me payer mes dépenses, puis à donner ce que tu peux à un jeune qui a besoin d’aide pour jouer au hockey cet hiver’’. Danny était l’un des meilleurs exemples d’un ancien joueur de la LNH qui voulait redonner à sa communauté. C’était un gars de première classe dans chacun de ses gestes. Il va nous manquer. Repose en paix mon ami.»

Derek Cormier
Ex-hockeyeur professionnel qui a joué sous les ordres de Grant avec les Varsity Reds de UNB

«J’ai vécu une saison avec Danny à UNB et je peux dire que c’est un grand monsieur. J’ai beaucoup de respect pour l’homme qu’il est et pour tout ce qu’il a apporté au hockey néo-brunswickois. Ça me fait rappeler des discussions que nous avions à UNB à propos de marquer des buts. Il m’a enseigné de façon simple et efficace le secret pour marquer des buts. Il me disait: ‘‘Sois patient, sois patient et lance chaque fois avec l’intention de marquer un but’’. Je voudrais terminer ce message en offrant mes condoléances à sa famille. Danny Grant est une vraie légende du hockey au Nouveau-Brunswick.»

Roger Shannon
Ex-directeur général des Wildcats de Moncton et actuel d.g. adjoint chez le Titan d’Acadie-Bathurst

«Danny est non seulement mon ami, mais aussi le plus grand joueur de hockey dans l’histoire de Fredericton. J’ai grandi dans une petite communauté appelée Nasonworth et lorsque j’étais petit, Danny s’est installé près de chez nous avec son épouse Linda et ses enfants. C’était un peu comme gagner le gros lot parce que Danny était plus grand que la vie. Je me souviens de l’avoir vu remporter deux fois le concours Showdown deux années de suite. Nous avions tellement hâte de regarder, de l’encourager et de prier pour lui afin qu’il gagne. Le plus drôle c’est que Danny et Linda savaient déjà l’issue des concours parce que c’était tourné plusieurs mois à l’avance. Ils auraient pu nous le dire. Petit, je dois l’admettre, mon idole était Bobby Orr et Danny le savait. Un bon jour, Danny est arrêté à la maison pour dire à ma mère de me préparer. Moi et mon ami Richard Brown nous étions en train de jouer au hockey dans la rue. Danny est venu nous chercher et nous avons pu passer une heure en compagnie de Bobby Orr, qui était son ami. Orr était en ville pour le dîner annuel de Fredericton Sports Investment. Il y a trois semaines, nous avions planifié une énorme soirée pour honorer Danny, mais nous avons dû abandonner l’idée. Nous voulions non seulement lui rendre hommage, mais aussi soulever une bannière. Malheureusement, il n’était pas en mesure de venir en raison de la maladie. Danny a été tout un mentor quand nous avons démarré le projet des Red Wings (nouveau club junior dans la MHL). Il était notre ambassadeur et c’est lui qui avait appelé les Red Wings de Détroit afin que nous ayons la permission d’utiliser leur nom et leur logo. Je pourrai passer la journée à rendre hommage à Danny. J’étais toujours en admiration quand il parlait. Il était toujours là quand j’avais besoin de parler de hockey ou d’autres sujets. Linda, Jeff, Kell et tous les autres membres de la famille, nous savons qui vous venez de perdre et nous vous offrons nos plus profondes sympathies. Danny et Buster (Harvey) sont de nouveau réunis.»

Allain Roy
Ex-hockeyeur professionnel et agent de joueurs

«À l’époque que je jouais bantam, j’ai eu le plaisir de demeurer chez Danny Grant pendant un tournoi à Fredericton. J’y ai découvert une superbe personne. Il m’a appris que le sport professionnel est très difficile et qui si on accepte de payer le prix en étant discipliné, ça pourrait faire la différence.»

Alexandre Couture
Ex-hockeyeur qui a joué sous les ordres de Grant avec les Mooseheads de Halifax

«Le 21 octobre 1997, alors que j’évolue pour les Tigres de Victoriaville, j’apprends que je suis échangé aux Mooseheads. La même journée, on m’indique que je dois me rendre à Montréal pour prendre un vol vers Halifax. Je savais qu’il y avait un match le soir contre Moncton, mais je ne croyais pas arriver à temps. Une fois arrivé au Metro Centre, j’entre en vitesse dans le vestiaire et j’entends le bruit du match en cours. Le gérant de l’équipement me donne deux bâtons de bois (je précise que nous sommes en 1997) et mon chandail, puis m’indique que je dois faire vite en enfiler mon équipement. Je réalise alors qu’on me demande d’entrer dans ce match dont la première période tire à sa fin. Je suis donc un peu confus, mais je procède. Je coupe mes bâtons à la va-vite et hop je suis prêt. Mes nouveaux coéquipiers entrent un à un dans le vestiaire et me scrutent bizarrement. Je ne les blâme pas. La situation est particulière c’est le moins qu’on puisse dire. Tous les gars n’avaient aucune idée qu’un nouveau joueur allait s’ajouter à l’équipe pendant l’entracte. Moi non plus d’ailleurs. Après avoir serré la main de chacun de mes nouveaux coéquipiers, l’entraîneur-chef me faire signe de la suivre. Il s’agit de Danny Grant. Il me fait signer les papiers d’usage en même temps qu’il m’explique les stratégies de l’équipe au niveau des unités spéciales. Dans un anglais rudimentaire, je lui dit: ‘‘Ok, thank you coach’’. Il me tape sur l’épaule et me dit: ‘‘Good luck’’. Me voilà sur la glace et je participe aux deux dernières périodes. Ça se termine par un verdict nul de 5-5. Quelle journée de fou! Après le match, Danny Grant me présente ma famille d’accueil et me dit que nous allons avoir un entraînement le lendemain. Ce soir-là, j’ai rencontré un véritable gentilhomme. Un homme profondément humain et simple. Malgré tout ce qu’il avait accompli au niveau de la Ligue nationale, j’ai pu constater jour après jour sa gentillesse et sa passion pour développer les jeunes joueurs. Dès le début, il m’a fait confiance et j’ai pu bénéficier de son expérience. Ma rencontre avec Danny m’a aidé à devenir un meilleur joueur de hockey, mais surtout une meilleure personne. Danny était un homme juste et droit qui inspirait confiance. J’ai eu la chance de le revoir quelques fois après ma carrière dans le hockey à Fredericton et nous avons chaque fois discuté de hockey. Notre relation est demeurée simple. Il me respectait, je le respectais. Et, plus important encore, il m’a permis de gagner en confiance. Il a d’ailleurs agi de la même façon avec mon bon ami Dean Stock (décédé en 2016). Danny nous voyait comme de bons vétérans pour encadrer les jeunes de l’équipe. Merci coach Grant et bon voyage!»