Moncton vibre pour le squash

De plus en plus de sportifs de la région se laissent tenter par le squash. Alors qu’il pâtit parfois encore d’une image de sport élitiste, le club de Moncton a réussi à rendre la discipline accessible au plus grand nombre.

Un jeudi soir d’octobre, aux alentours de 19h, le club de squash de Moncton ne désemplit pas. Une cinquantaine de personnes s’est réunie en face des courts, pour jouer, ou simplement assister aux matchs qui ont lieu cette soirée-là.

«Je joue avec mon frère au moins pour la centième fois, plaisante Shaun Melanson en sortant du court. C’est lui qui m’a initié au squash, et je ne regrette pas! J’adore venir jouer ici, car l’ambiance est excellente et tout le monde se tire vers le haut. Il y a un réel esprit de camaraderie.»

Comme tous les jeudis, le joueur âgé de 48 ans vient en affronter d’autres au sein de la Première ligue Subway, compétition amatrice de squash organisée depuis trois ans par Sébastien Michaud, lui-même joueur passionné.

«La première année, j’ai eu de la misère à réunir trente personnes. Mais cette année, j’ai dû en refuser six par manque de place, explique le squasheur, compositeur et multi-instrumentiste dans la vie de tous les jours. Je songe à changer le format l’année prochaine, pour être en mesure d’accueillir plus de joueurs.»

À l’image de la ligue à la popularité grandissante de Sébastien, le squash semble avoir le vent en poupe à Moncton. Alors qu’une cinquantaine de personnes étaient inscrites lors de l’ouverture du club en 2005, quinze ans plus tard, c’est plus de 350 joueurs qui viennent s’entraîner chaque semaine sur les courts situés à proximité du terrain de curling de la ville.

«Notre club connaît une hausse constante de ses inscriptions, se réjouit Marc Lalonde, l’un des membres de la direction. À titre d’exemple, plus de 50 personnes ont pris part à notre programme d’été. C’était du jamais vu! Nous remarquons qu’après un essai, les nouveaux membres deviennent rapidement mordus.»

Des courts derniers cris

Selon l’ancien joueur de haut niveau, le sport de raquette, cousin du racquetball, a franchi un cap dans son expansion depuis l’arrivée de trois courts ASB – qui avaient servi lors des Jeux panaméricains de Toronto à l’été 2015.

«Ça a donné au club une notoriété importante. Beaucoup de personnes sont venues découvrir nos installations par la suite, raconte M. Lalonde. Avec ces terrains-là, nous avons également eu accès à une plus grande capacité d’accueil. Désormais, nous pourrions aisément accueillir 450 joueurs au sein du club.»

C’est grâce à une proposition ambitieuse que la ville Moncton a finalement réussi à convaincre Squash Canada, la fédération nationale, de lui léguer les terrains ASB.

«Moncton a fait une très belle candidature à l’époque, admet Dan Wolfenden, directeur général de Squash Canada. Ce qui nous a plu, c’est qu’ils ne nous ont pas uniquement parlé de projet pour le club, mais plutôt d’une vision de développement du squash pour l’ensemble de la côte Atlantique.»

En effet, si le Québec, l’Ontario, l’Alberta ou la Colombie-Britannique disposent déjà de très bonnes infrastructures, le Nouveau-Brunswick accusait encore un léger retard. Avec l’apport des courts ASB en 2015, Moncton est devenu la plus grande place de squash au sein des Maritimes.

«C’est désormais la seule ville de l’est, hors Québec, qui dispose de six terrains, précise Dan Wolfenden. C’est également la seule qui propose deux terrains de double.»

Le club a depuis accueilli quelques compétitions nationales, et plusieurs joueurs professionnels sont venus s’entraîner dans les locaux de Moncton, comme Thierry Lincou ou Jonathon Power, anciens numéros 1 mondiaux.

Le club de squash de Moncton connait un succès grandissant, avec de plus en plus de joueurs inscrits et de spectateurs venant assister aux rencontres – Gracieuseté

Un sport complet sur le plan physique

Le squash se joue sur un court composé de quatre murs: un mur frontal, deux murs latéraux, et un mur arrière. Chaque joueur sert tour à tour la balle jusqu’à ce que l’un d’eux la manque ou commette une faute. Une partie se déroule en trois manches de 11 points, et le joueur qui gagne le plus de manches remporte la victoire finale.

«La balle va très vite et ne rebondit presque pas, c’est donc difficile d’aller la chercher, explique Sébastien Michaud. Au tennis par exemple, la balle rebondit plus longtemps. Cela laisse plus de temps au joueur de se placer pour la réceptionner. Au squash, tu dois déployer beaucoup plus d’efforts pour frapper ton coup au bon moment.»

Selon les spécialistes, sur une heure de jeu, les joueurs seraient en mouvement près de 55 minutes. Un professionnel brûlerait en moyenne 1000 Calories chaque heure (750 cal pour un joueur amateur).

Il n’en reste pas moins que jeunes et moins jeunes peuvent s’adonner aisément au squash. Le sport a même été élu sport le plus sain en 2003 par le magazine Forbes.

«J’ai 48 ans, et le squash me permet de continuer à pratiquer une activité physique, souligne Shaun Melanson. J’ai longtemps joué au hockey, mais à partir d’un certain âge, tes capacités physiques ne te permettent plus d’être suffisamment performant. Le squash, c’est beaucoup plus hétérogène. Il y a de bons joueurs à tous les âges, et il y a même des compétitions destinées aux joueurs de plus de 35 ans, comme les Masters.»

De gauche à droite, Jean-Daniel Comeau, Noah Boucher, Robert Newman et Adam Trider, membres de l’équipe gagnante de la ligue de squash amateur 2019, organisée les jeudis soirs au club de Moncton – Gracieuseté: Sébastien Michaud

Rendre la discipline accessible

L’une des volontés premières du club de Moncton a été de rendre le sport accessible à tous les profils sociaux, alors que celui-ci est encore considéré par certains comme étant élitiste, de par son prix notamment.

«La Ville nous a offert la bâtisse de l’ancien aréna Dud James de hockey, raconte Marc Lalonde. Nous sommes un club sans but lucratif. Notre objectif n’est pas le profit. Nous pouvons donc proposer des tarifs abordables à nos membres, comparables à ceux des autres sports.»

De manière générale, le squash tend à se démocratiser. L’équipement est moins coûteux que celui du tennis. Et pour débuter, on trouve aisément des raquettes aux alentours d’une soixantaine de dollars. Sébastien Michaud explique qu’en outre, les représentants de la discipline déploient des moyens audacieux pour populariser le squash auprès du plus grand nombre.

«L’avantage du squash, c’est que les terrains peuvent être déplacés, explique le musicien. Des courts ont déjà été installés au Grand Central Station de New York ou au pied des Pyramides de Gizeh. Ce genre d’initiatives rend le sport plus cool et lui donne une belle visibilité.»