Daniel LeGresley va escalader l’Everest

À part quelques amis proches et des membres de sa famille à qui il avait vendu la mèche, Daniel LeGresley a gardé secret le grand rêve qui l’habite depuis près d’une décennie.

Puis mercredi, sans crier gare, il a décidé que le moment était venu de laisser le chat sortir du sac. En avril, l’Acadien de Néguac s’envolera vers le Népal avec comme objectif de se hisser jusqu’à la cime de l’Everest, le plus haut sommet du monde.

S’il réussit son pari, il deviendra alors le premier Acadien (et aussi le premier Néo-Brunswickois) à accomplir l’exploit.

«C’est le projet d’une vie», s’est exclamé le sympathique aventurier quinquagénaire, que j’ai joint au téléphone sur le coup de midi à son domicile de Montréal.

Ce grand passionné de la vie m’apprend ainsi que toutes les compétitions réalisées ces dernières années avaient comme objectif de le préparer à grimper le Chomolungma et ses 8848 mètres.

Pour votre gouverne, Chomolungma veut dire Everest en tibétain.

Daniel LeGresley, sur le mont Lobuche au Nepal. – Gracieuseté

Son grand rêve a pris naissance en 2011 lorsqu’il s’est joint à l’équipe de l’alpiniste Gabriel Filippi pour se rendre au camp de base du mont Everest. Une escapade de 5364 mètres que plusieurs Acadiens ont d’ailleurs réalisés au fil des ans.

Au camp de base, un déclic s’est aussitôt fait dans sa caboche de Tintin en devenir.

«J’ai tout de suite su que je me rendrais un jour au sommet. C’est devenu mon rêve ultime», dit-il avec une conviction dans la voix qui ne laisse poindre aucun doute.

Pour ceux et celles qui connaissent bien Daniel LeGresley, vous savez tous que quand il a une idée derrière la tête, elle est aussi bien-dire indélogeable.

Il y avait toutefois un problème majeur. Malgré son bon vouloir et ses quelques kilomètres de jogging par semaine, Daniel LeGresley n’était alors pas du tout équipé pour tenter un pareil périple. Ça prend du vécu pour vaincre Chomolungma. Et du vécu, du vrai vécu, le corps de Daniel n’en avait que trop peu.

«En 2010, l’année où j’ai décidé de m’inscrire pour me rendre au camp de base de l’Everest, tout ce que je faisais pour garder la forme c’était de courir trois fois par semaine», confesse-t-il.

Il n’était ni marathonien, ni triathlète et pas davantage coureur de longue d’endurance à l’époque. Tout ça s’est ajouté à sa vie plus tard.

Le Mont-Blanc, le Moab 240, l’Infinitus 888, le Swiss Peak, les trois Ironman, les 10 marathons et plein d’autres compétitions ont aidé à le préparer pour son grand rêve.

Ce ne sont pas des blagues, il a vraiment charpenté le vécu de son corps au fur et à mesure. Et le mental de la même façon.

Un méchant snoreau, comme dirait l’autre.

«Je sais que c’est un gros projet, mais je me sens bien. Je suis très fébrile. Je sais qu’il va y avoir beaucoup d’émotion un fois au sommet. Écoute, j’ai des frissons juste d’en parler», confie-t-il.

Bien entendu, l’escalade de l’Everest n’est pas ce qu’on peut appeler une marche dans le parc. Grimper Chomolungma est dangereux malgré toutes les précautions qui sont prises.

«C’est évident que ma famille et mes amis sont inquiets. Et c’est normal. Encore plus avec les nombreux décès dans la dernière année. Il y a eu beaucoup plus de décès que lors des autres années. Mais s’il y a eu autant de morts, c’est à cause de l’achalandage. C’est dangereux de se retrouver là-haut avec un gros groupe. Tu te retrouves alors immanquablement immobilisé pour de longues périodes. L’idéal c’est de faire partie d’un petit groupe. Ça faisait d’ailleurs partie de mes conditions avant d’acheter mon permis. Je veux éviter de vivre ça», raconte Daniel.

«Je veux que les gens sachent que je ne vais pas là-bas pour mourir. Du danger, il y en a dans tout ce que l’on fait dans la vie. Je peux traverser la rue demain et me faire frapper par une auto. Tu ne sais jamais ce qui va arriver. Moi, tout ce que je veux, c’est vivre ma passion et aller au bout de cette aventure», souligne-t-il.

La petite équipe dont fera partie Daniel comprend aussi sa bonne amie Julie Paquette et deux sherpas aguerris. Ajoutez à cela le chef d’expédition Gabriel Filippi qui coordonner l’ascension à partir du camp de base.

«Nous serons en communication radio avec lui pendant tout le trajet. Parmi ses tâches, il va nous tenir au courant de la météo, parler aux sherpas pour en savoir plus sur notre condition, etc. Gabriel a le pouvoir de décider en tout temps de nous faire redescendre», explique-t-il.

Et une fois au sommet? Que se passe-t-il?

Selon Daniel, à moins d’arriver plus rapidement que l’échéancier prévu, les grimpeurs ont droit normalement entre 15 à 20 minutes au sommet avant d’entamer le chemin inverse.

Et dans ce laps de temps, il faut bien sûr s’assurer de boire et de manger, en plus de réorganiser l’équipement pour la descente.

«Je compte aussi me faire prendre en photo avec le drapeau acadien. C’est important pour moi. Je le fais d’ailleurs à toutes mes courses. Mais attention, je n’ai pas l’intention de planter mon drapeau. Par souci environnemental, je vais me contenter de le tenir à bout de bras», lance-t-il en riant.

Daniel en entraînement dans les Adirondacks. – Gracieuseté

Pendant cette entrevue de plus de 60 minutes, nous avons discuté de plein d’autres trucs qui seront le sujet d’un deuxième texte qui sera publié la semaine prochaine.