Bientôt 300 matchs pour Yan Aucoin

Il y a de ces joueurs qui ont une mémoire phénoménale. De quoi rendre même jaloux certains éléphants qui, comme vous le savez sans doute, sont réputés pour ne rien oublier. Yan Aucoin est de cette trempe.

De son passé, le capitaine du Titan d’Acadie-Bathurst se souvient de tout, ou presque.

C’est justement parce que je voulais qu’il me parle de son passé que j’ai joint le Madelinot de 20 ans, mercredi après-midi.

Aucoin était à bord de l’autobus qui devait le mener, lui et ses coéquipiers, vers le comté d’Arthabaska où l’équipe affronte jeudi soir les Tigres de Victoriaville au Colisée Desjardins.

Le Madelinot, qui n’est plus qu’à deux matchs des 300 en carrière, m’a fourni la preuve de la richesse de ses souvenirs en me racontant avec menus détails les premiers instants de son premier match en carrière, moins de trois mois après avoir été repêché par le Drakkar de Baie-Comeau en 2015.

«C’était un 11 septembre et nous étions au Centre Marcel-Dionne de Drummondville. Je me souviens que j’étais vraiment très nerveux dans le vestiaire. J’étais plutôt silencieux. Je pensais beaucoup. J’essayais de rester concentré le plus possible et de rester calme. Mais c’était pas évident. Dès ma première présence sur la glace, l’entraîneur (Steve Ahern) m’a placé à la pointe avec Nicolas Meloche qui était notre défenseur numéro un. À un moment donné j’ai reçu la rondelle dans mon territoire et comme je ne voulais pas faire d’erreur et que j’étais nerveux, je ne me suis pas compliqué la vie et j’ai envoyé la rondelle contre la bande», raconte Aucoin.

– Et ton premier point dans la LHJMQ, t’en souviens-tu aussi?, lui ai-je demandé sur le ton du gars qui connaissait déjà la réponse.

Mais il n’y avait rien à faire, le gars a sorti le dossier XYZ de sa mémoire en une fraction de seconde pour finalement s’exclamer: «Bien sûr que oui. C’est arrivé à mon quatrième match à Gatineau. Nous étions en troisième période et après avoir reçu une passe d’Antoine Girard, j’ai fait un tir frappé dans le haut du filet à partir de la ligne bleue.»

– Et qui était le gardien?, que je lui demande pour tenter de le prendre au dépourvu.

«Bo Taylor et il est devenu mon coéquipier à Baie-Comeau quelques semaines plus tard», a-t-il rétorqué.

Il se souvient de tout je vous dis. Faut surtout pas s’en faire un ennemi.

La fin qui approche

Aucoin, qui disputera son 300e match vendredi soir au Palais des sports Léopold-Drolet de Sherbrooke, est bien conscient qu’il devra bientôt tirer un trait sur sa carrière junior.

«Je vois la fin qui approche, dit-il. Ça aura été une expérience incroyable. J’ai eu la chance de disputer cinq saisons dans cette ligue. Je me rappelle mes débuts à 16 ans et je ne pensais pas du tout à 300 matchs dans ce temps-là. Écoute, 300 matchs c’était beaucoup trop loin. Et pourtant, c’est là que je suis rendu et ç’a passé extrêmement vite.»

«C’est sûr que les nombreuses heures dans les autobus sont parfois difficiles à vivre, mais quand tu additionnes ça avec tous les bons côtés, tu sais que ça en a valu la peine. J’ai tellement de beaux souvenirs et je me suis fait de nombreux amis pour la vie», mentionne-t-il.

«J’ai passé beaucoup de beaux moments dans l’organisation du Drakkar. L’ambiance qu’on retrouve au Centre Henry-Léonard est incroyable. C’est tellement bruyant. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la façon dont nous avons été accueillis, Shawn (Élément) et moi, le 4 décembre dernier. Nous avons eu droit à une ovation de la foule et ça m’a vraiment fait chaud au cœur. Ç’a bien bouclé la boucle. Mes parents étaient là et plusieurs de mes amis. Ça va faire partie parmi mes plus beaux souvenirs dans le junior», m’a-t-il confié.

Laisser un héritage

Avec encore 25 matchs à disputer d’ici la fin du calendrier régulier, Yan Aucoin entend tout faire pour que son passage à Bathurst soit profitable à l’organisation.

«En tant que capitaine, je me vois un peu comme un grand frère pour les jeunes joueurs de l’équipe. Et comme je tiens à terminer ma carrière sur une bonne note, mon objectif est de laisser un héritage. Je veux voir cette jeune équipe connaître beaucoup de succès d’ici deux ans et avoir le sentiment que j’aurais eu mon mot à dire, aussi petit soit-il, dans tout ça», m’a indiqué le sympathique colosse de 6 pieds 2 pouces et 222 livres.

De la graine d’entraîneur

Pendant la conversation, je me suis rappelé une question que je tenais à lui poser depuis un certain temps. Pour le peu que je connais de lui, il m’a semblé que ce gars-là avait tout ce qu’il fallait pour devenir un bon entraîneur. Il est intelligent, excellent communicateur et il dégage un leadership indéniable.

Je lui ai donc demandé si le coaching l’intéressait et j’ai vu juste.

«C’est sûr que ça m’intéresse. Mon père (Eudore) a lui-même été entraîneur de hockey pendant plusieurs années. Pour ma part, ça fait déjà plusieurs années que j’y pense. J’ai une bonne tête de hockey et je me vois bien comme entraîneur après ma carrière de joueur», souligne-t-il.

Mais avant de penser à diriger une équipe, le numéro 2 du Titan veut d’abord voir jusqu’où le hockey va le mener comme joueur.

Dans les prochains jours, il devrait d’ailleurs être en mesure d’annoncer avec quelle université il évoluera à compter de cet automne.

«Je ne peux pas encore la nommer, mais je peux te dire que ce ne sont pas les Aigles Bleus de l’Université de Moncton. Bien sûr, je me garde quand même une porte ouverte pour le hockey professionnel. Ça pourrait se faire cet automne, ou encore dans quatre ans après mon université», m’a-t-il dévoilé.

Un joueur adoré

J’ai également pris la peine de parler avec Mario Durocher au sujet d’Aucoin parce que s’il y a un entraîneur qui connaît bien le Madelinot, c’est bien lui. Plusieurs personnes oublient que Durocher a déjà dirigé Aucoin avec le Drakkar en 2018.

«Yan est le genre de défenseur que j’adore. Il est compétitif et il a du caractère. C’est un bon athlète. Ça prend aussi un joueur spécial pour jouer 300 matchs dans la LHJMQ. Nous sommes contents de l’avoir avec nous.»

Mario m’a révélé qu’il n’était nullement surpris d’apprendre que le défenseur de 20 ans voulait laisser un héritage au sein de la jeune équipe du Titan.

«Quand nous sommes allés le chercher, nous lui avons dit dès le départ ce que nous attendions de lui. Nous voulions qu’il soit un leader et qu’il donne l’exemple par l’effort, tant pendant les entraînements que lors des matchs. Nous lui avons aussi confié beaucoup de responsabilités, dont un rôle plus offensif qu’il n’avait à Baie-Comeau. C’était différent pour lui puisqu’il avait toujours été considéré comme un arrière défensif», m’a révélé le pilote du Titan.

Mario n’était également pas du tout surpris d’apprendre qu’Aucoin envisageait de devenir un jour entraîneur.

«Ça ne me surprend pas pantoute. Je crois qu’il ferait effectivement un bon entraîneur. Il connaît bien la game et il communique bien», a résumé Mario Durocher.

Crêpe, banane et Nutella

Je ne pouvais évidemment pas terminer ce texte sans laisser le mot de la fin à son grand ami Shawn Élément, désormais un membre des Eagles du Cap-Breton.

J’ai simplement demandé à Shawn de me raconter son plus beau souvenir avec Yan. Voici ce que le petit comique m’a répondu.

«C’est une question difficile. Pas mal tous les moments passés avec Yan sont de beaux moments. (Rires) Mais je peux en raconter un et ce n’est pas nécessairement un moment de hockey.»

«Lui et moi avions un rituel à Baie-Comeau lors de ma saison recrue, alors que lui en était à sa deuxième. Nous avions commencé après Noël lors des soirs de match. Nous allions alors manger à la Crêperie de la Reine. C’était un repas classique, soit deux œufs, bacon, jambon, pain ménage, patates et comme dessert une crêpe fraise-banane avec Nutella et crème fouettée. Wow! C’était tout un repas! (Autres rires)»

«On doit bien avoir dépensé de 250 à 300$ dans ce restaurant. (Rires) Nous avons passé vraiment de beaux moments ensemble au fil des années. Même qu’on se voyait aussi souvent pendant l’été. Yan, c’est comme mon frère», m’a raconté Shawn Élément.

En 298 rencontres, Yan Aucoin totalise pour l’instant 18 buts et 66 passes pour 84 points.