Dossier: le conte de fées des Maraudeurs

Les Maraudeurs ont trouvé la bonne recette

Quand les choses ne fonctionnent pas, brasser la soupe tout en ajoutant quelques épices ne suffit pas toujours. Parfois, il faut se rendre à l’évidence qu’il est mieux de se retrousser les manches et changer carrément la recette.

C’est à peu près ça que Bill Belliveau et Joey Bernard ont fait à Dalhousie pour relancer le hockey senior.

Et savez-vous quoi? Les résultats sont extraordinaires.

Pourtant, lorsque les Maraudeurs de Dalhousie ont été acceptés dans les rangs du Circuit Acadie-Chaleur en juin dernier, c’était la troisième fois que Bill et Joey tentaient de ramener le hockey senior au Palais des Glaces Inch Arran. Deux fois ils ont essuyé un refus.

Mais au lieu d’aller bouder dans leur coin, ils ont choisi de redoubler d’ardeur et fait montre de ténacité. Il faut dire que dans cette région durement frappée par les fermetures d’usines ces dernières années, on a pas vraiment le choix d’être résilient si on veut avancer.

Bref, la troisième tentative aura été la bonne parce qu’ils étaient mieux entourés et mieux préparés.

Cela dit, s’ils croyaient dur comme fer à leur projet, ils étaient bien loin de s’imaginer l’enthousiasme qui allait gagner les amateurs de hockey de Dalhousie et des environs.

Croyez-le ou non, en comptant les 1050 partisans et des poussières de samedi dernier (gain de 6 à 3 contre les Marchands de Shippagan), les Maraudeurs ont déjà atteint le cap des 6600 spectateurs après seulement six matchs locaux.

Ça veut donc dire qu’il y a en moyenne plus de 1100 personnes qui se rendent au Palais des Glaces pour voir les matchs. Et qui dit bonnes foules, dit aussi bonnes recettes pour le tirage moitié-moitié qui avoisine régulièrement les 1300$ par rencontre.

– Gracieuseté: Michael Lévesque

Rien que le 28 décembre, c’est 1500 personnes (une salle comble) qui ont franchi les tourniquets de l’aréna pour applaudir leurs favoris, qui ont doublé ce soir-là les Mooseheads de Chaleur par la marque de 8 à 4.

«Dès le premier match de la saison, nous avons accueilli aux environs de 1100 partisans et nous ne nous attendions vraiment pas à ça, révèle Jean Pelletier, qui s’occupe de tout ce qui a trait aux finances de l’équipe. Nous nous attendions davantage à une foule entre 400 et 500 spectateurs.»

«Laisse-moi te dire que nous avons couru partout lors de ce premier match pour offrir le meilleur service possible. Ça nous a forcés à nous ajuster. Par exemple, nous avons commencé à vendre des billets à l’avance pour éviter les longues files à la billetterie», confie-t-il.

Les choses vont tellement bien que l’organisation des Maraudeurs permet à l’Association du hockey mineur de vendre du popcorn, de même que des Chuck-a-Puck qui sont tirés sur la patinoire après le premier vingt moyennant un prix à celui ou celle qui parviendra à envoyer sa rondelle molle le plus près possible du centre de la patinoire.

«Le hockey mineur va se chercher de 700 à 1000$ par partie grâce à ça», indique Jean Pelletier.

Vu comme ça, pas étonnant que les parents soutiennent l’équipe et qu’il y a autant de jeunes du hockey mineur aux matchs du samedi soir.

Un vrai conte de fées

Il était une fois… un conte de fées.

Jamais au grand jamais, Joey Bernard se serait attendu à un tel engouement de la population locale envers les Maraudeurs de Dalhousie, en juin, lorsque la Ligue de hockey senior Acadie-Chaleur a octroyé à leur groupe (ainsi qu’à Chaleur) une nouvelle concession.

«Nous sommes les premiers surpris, s’exclame l’ancien attaquant du Titan d’Acadie-Bathurst. Tout ce que nous savions avant que ça débute c’est qu’il fallait de gros changements.»

Les gros changements dont fait allusion Joey Bernard consistait d’abord à jouer les matchs locaux le samedi soir au lieu du jeudi comme ça se faisait dans le temps avec les Rangers.

Pourquoi? Pour attirer les familles.

Exit également les deux derniers noms utilisés par les équipes seniors des dernières années, soit les Rangers et les Vikings. L’équipe se nomme désormais les Maraudeurs et leur nouvel uniforme aux couleurs bleu et jaune ressemble drôlement à celui de la Suède dans les compétitions internationales.

Sauf que ces changements n’assuraient quand même pas une cohue aux guichets.

«Lors d’une réunion avant la saison, nous nous disions que ce serait bien si nous pouvions attirer aux environs de 400 personnes par match. Avec 400 spectateurs pour le match d’ouverture, nous aurions été très contents», assure Joey Bernard.

Ils ont finalement vu près du triple – soit 1100 personnes – se présenter au Palais des Glaces Inch Arran.

«Et même après le succès de ce premier match, nous étions convaincus que ça allait ralentir. Mais c’est le contraire qui s’est passé. Ça va même de mieux en mieux. C’est comme un conte de fées», indique Bernard.

«Nous ne remercierons jamais assez nos partisans. C’est grâce à eux si les matchs des Maraudeurs sont devenus un happening. Tout le monde parle des Maraudeurs dans la région», révèle-t-il.

– Gracieuseté: Michael Lévesque

Une grande famille

Joey Bernard est convaincu que la chimie qui existe entre les joueurs de l’équipe y est pour quelque chose dans les succès aux guichets. La preuve, les communautés francophones, anglophones et autochtones quittent toutes l’aréna avec le sourire tellement le spectacle les enchante.

Même la communauté autochtone est bien représentée sur la glace avec quatre joueurs réguliers, soit Chad Denny, Blake Caplin ainsi que les frères P.J. et Devin Labillois.

«Nous sommes tous des frères dans notre vestiaire et tout le monde se tient ensemble. Tous les gars sont fiers de jouer pour les Maraudeurs et je suis convaincu que ç’a un rapport sur le soutien que nous avons des trois communautés», ajoute Joey Bernard.

Un entraîneur-chef qui se considère comme chanceux

Mathieu Dion se considère chanceux d’être l’entraîneur des Maraudeurs de Dalhousie. Non seulement il peut compter sur un groupe de joueurs qui ont soif de victoires, mais il dispose également d’un sixième joueur (la foule) qui, par ses bruyants encouragements, fait une grande différence pendant les matchs.

Après six matchs à domicile, les Maraudeurs montrent une fiche de cinq victoires contre une seule défaite. Ils ont de plus dominé leurs adversaires 37 à 21 au chapitre des buts.

Les Acadiens de Caraquet sont les seuls à avoir réussi à les vaincre à domicile. L’exploit remonte au 16 novembre et les hommes de Mathieu Dion ont depuis vengé cet affront en donnant aux Acadiens des corrections de 6 à 3 et de 11 à 4 au Colisée Léopold-Foulem.

Il n’empêche que ces deux formations dominent pour l’instant le classement général du Circuit Acadie-Chaleur. Caraquet (10-4-2, 22 pts) dispose d’une avance de cinq points sur Dalhousie (8-5-1, 17 pts) qui a toutefois deux matchs en mains.

Les quatre autres clubs sont toutefois toujours dans la course, soit Chaleur (8-6-1, 17 pts), Néguac (7-8-1, 15 pts), Tracadie (6-4-2, 14 pts) et Shippagan (5-8-2, 12 pts).

«Nos partisans ont un impact évident dans le résultat de nos matchs à Dalhousie, affirme Dion. Ils sont aussi la raison pourquoi nos joueurs ont hâte au match suivant à la maison. De voir autant de monde à nos matchs me rappelle un peu ce que vit le Blizzard d’Edmundston dans la Ligue junior des Maritimes au Centre Jean-Daigle.»

«Nous avons 25 joueurs et ils ont du plaisir à jouer pour l’équipe. Il y a vraiment un gros engouement de leur part et j’avoue que je suis un peu surpris de tout ça. Nous avons normalement une petite session de patinage le samedi matin d’un match en vue du match en soirée et il arrive que des gars qui ne sont même pas supposés jouer viennent quand même patiner avec leurs coéquipiers», raconte Dion.

– Gracieuseté: Michael Lévesque

En début de saison, l’entraîneur-chef des Maraudeurs avait révélé dans nos pages qu’il voulait un club compétitif en mesure d’offrir un bon spectacle à leurs partisans.

«J’ai un peu menti, dit-il en riant. Disons que j’ai été conservateur. Je crois sincèrement que nous avons l’équipe pour nous rendre loin et nous l’avons démontré jusqu’ici cette saison.»

«Faudra toutefois faire attention de ne pas trop s’enfler la tête avec nos succès. Il y a une réelle parité dans cette ligue et les choses peuvent changer rapidement. Personne n’est à prendre à la légère. Mon équipe, je la vois encore comme un diamant brut qu’il reste à polir. Nous avons d’ailleurs perdu quelques matchs que nous aurions dû gagner. Honnêtement, nous devrions avoir une meilleure fiche que nous avons actuellement», ajoute Mathieu Dion.

– Gracieuseté: Michael Lévesque