Bientôt un autre Acadien dans la LNH

Avant longtemps, Alex Chiasson ne sera plus le seul hockeyeur avec de la famille dans la Péninsule acadienne à évoluer dans la Ligue nationale. Le prochain surdoué a pour nom Charles-Alexis Legault et il porte les couleurs des Lions de Lac-Saint-Louis dans la Ligue midget AAA du Québec.

Âgé de seulement 16 ans, Charles-Alexis est un solide gaillard de 6 pieds 3 pouces et 205 livres que certains recruteurs voient déjà parmi les premiers joueurs repêchés lors de l’encan de 2021.

Mais avant de vous en dire davantage sur l’athlète, allons-y d’abord avec les présentations d’usage.

Charles-Alexis est né d’un père chicoutimien (Alexandre Legault) et d’une mère acadienne (Line Haché), dont les parents sont originaires de l’île Lamèque. Et jusqu’à tout récemment, Charles-Alexis et sa soeur aînée Ariane, une ancienne volleyeuse qui étudie pour devenir avocate, passaient au moins deux semaines chaque été chez leurs grands-parents, Louis-Marie Haché et Juliette Paulin. Des vacances qui ont eu pour effet de croître davantage leur sentiment d’appartenance à l’Acadie.

Bien que les passages de Charles-Alexis sont moins longs depuis que le hockey est devenu plus sérieux, il se fait quand même un devoir d’aller séjourner un week-end par année avec ses grands-parents. C’est aussi pour lui l’occasion de revoir ses amis, particulièrement son cousin Pierre-Vincent Guignard, un gardien de but que le Titan d’Acadie-Bathurst a repêché en juin dernier.

Il faut dire qu’avec le temps, Charles-Alexis est devenu accro à la mer. Il est même devenu un mordu de la pêche aux coques et du bar rayé. C’est sans oublier qu’il excelle à cueillir des escargots sur la batture devant le chalet de pépère et mémère.

«Depuis que je suis petit, ma mère m’a raconté le plus possible l’histoire des Acadiens, confie Charles-Alexis. J’en sais assez pour comprendre pourquoi les Acadiens sont un peuple fier. Et j’en sais aussi assez pour être fier d’avoir en moi des racines acadiennes.»

Chez les Legault, l’Acadie est tellement présente que même la musique y prend beaucoup de place. Le paternel Alexandre, qui a été un choix de deuxième ronde des Oilers d’Edmonton en 1990, m’en a donné la preuve jusqu’à m’en donner le tournis.

«Ça fait 25 ans que je suis avec Line et ça fait 25 ans que nous allons chaque été au Nouveau-Brunswick, dit-il en riant. Nous louons chaque été la maison des arrières-grands-parents à Petite-Lamèque sur le bord de la mer. Nous aimons beaucoup la musique acadienne. Moi mon groupe, c’est 1755. J’aime aussi beaucoup Annie Blanchard. Quand elle chante Évangéline, j’ai les poils qui se hérissent. Ma fille Ariane, elle, est la plus grand fan de Wilfred LeBouthillier. Oh, et j’allais oublier le plus grand de tous, Zachary Richard.»

Et comme s’il craignait de ne pas en avoir assez dit pour prouver son amour de la musique acadienne, il se met à me nommer les classiques de Zachary: Lac Bijou, Cap Enragé, La ballade de Jean Batailleur, etc.

Le plan B

Contrairement à la majorité des jeunes hockeyeurs de l’Est du pays, Charles-Alexis Legault n’a pas l’air d’être intéressé à la LHJMQ. Il préfère et de loin la voie des collèges américains. La NCAA si vous préférez. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il a décidé de disputer une saison supplémentaire dans le midget AAA.

Il s’est même déjà compromis avec les Terriers de l’Université de Boston et il devrait normalement se joindre à l’équipe à temps pour la saison 2021-2022.

Pour ceux et celles qui se posent la question, Keith Tkachuk, Tony Amonte, Chris Drury, Tom Poti, Ryan Whitney et Kevin Shattenkirk sont tous issus de ce programme. Idem pour quatre membres de Miracle on Ice de 1980, Jim Craig, Mike Eruzione, Jack O’Callahan et Dave Silk.

C’est également cette volonté d’aller dans la NCAA qui explique pourquoi son nom a glissé lors du repêchage de juin dernier. Ça et une blessure au cou qui lui a fait rater aussi bien dire la saison 2018-2019 au complet.

Malgré tout, les Olympiques de Gatineau l’ont finalement choisi au deuxième tour (22e au total) et ils conservent toujours un mince espoir de le voir joindre les rangs du club.

Les récentes rumeurs d’achat par un groupe composé de Luc Robitaille, Claude Giroux, Maxime Talbot et Derick Brassard pourraient-ils le convaincre de revenir sur sa décision? Rien n’est moins sûr parce qu’il semble vraiment sérieux dans sa volonté de faire de l’Université de Boston son alma mater.

«C’est évident que je vais les écouter s’ils demandent à me parler, mentionne Charles-Alexis. Cela dit, je ne vois pas ce qu’ils peuvent m’offrir de plus pour me faire changer d’idée. Dans ma tête, c’est 100% certain que je vais dans la NCAA. Mes études sont importantes»

Son père Alexandre semble lui aussi l’encourager à suivre cette trace. Il est bien placé pour en parler puisqu’il a d’abord évolué pour ces mêmes Terriers pendant une saison et demie, avant de finalement accepter l’offre des Voltigeurs de Drummondville. Ça remonte au début des années 1990.

«Même si en tant que parent nous sommes réconfortés que sa blessure au cou est maintenant guéri, ça nous a aussi démontré que le hockey n’est pas éternel. On oublie souvent qu’une carrière dans le hockey se termine normalement aux environs de 35 ans et que tu es encore un jeune homme à cet âge. Ça te prend donc un plan B», explique Alexandre Legault.

«Et ce que je sais c’est que les joueurs avec qui j’ai joué à l’université sont en bien meilleure position aujourd’hui que ne le sont ceux avec qui j’ai joué dans le junior», indique le paternel qui, bien humblement, se permet d’ajouter que son fils est un joueur spécial.

«Comme parent, c’est sûr que je suis biaisé. Sauf que c’est clair à mes yeux qu’il a plusieurs outils qui jouent en sa faveur. Sa grande force c’est son coup de patin. Des défenseurs droitiers de cette trempe et avec un tel physique, ils sont rares», souligne Alexandre Couture.

En 29 matchs avec les Lions de Lac-Saint-Louis, Charles-Alexis montre un dossier de huit buts et 20 passes pour 28 points. Il a aussi purgé 65 minutes au banc des punitions.

Le prochain Luc Bourdon

Un recruteur préférant conserver l’anonymat et qui croit beaucoup au potentiel de Charles-Alexis Legault compare le jeune défenseur à Luc Bourdon au même âge.

À 6 pieds 3 pouces et 205 livres, il est vrai que Legault a le physique de l’emploi. D’autant plus qu’il possède également un coup de patin nettement au-dessus de la moyenne et qu’il affectionne lui aussi le jeu physique.

Ce n’est pas rien d’être comparé à Ti-Luc.

«Leur jeu se ressemble beaucoup, estime le recruteur. Son talent pur, sa force physique et son coup de patin extraordinaire me font penser à Luc Bourdon. Luc était peut-être plus fluide au niveau de ses pivots et de ses croisements, mais Charles-Alexis est plus puissant quand vient le temps de changer de direction.»

«C’est sûr que sa blessure a ralenti son développement, mais il semble complètement rétabli. Même qu’il est présentement trop fort pour le midget AAA. Il est tellement fort que chaque fois qu’il frappe un joueur l’arbitre n’a d’autre choix que de le pénaliser même s’il sait que la mise en échec est légale», révèle le recruteur.

«C’est exceptionnel de voir un jeune comme ça qui possède déjà malgré ses 16 ans le physique d’un joueur de football de 22 ans. Charles-Alexis est ce qu’on appelle le total package. Tu vois qu’il veut percer dans le hockey. Il travaille extrêmement fort pour y arriver. Il a tous les outils pour réussir. Pour le repêchage de la LNH de 2021, je le vois sortir en première ronde ou du moins dans le top-45. Tout va dépendre de sa prochaine saison», ajoute le recruteur.

Questionné sur cette comparaison avec Bourdon, Charles-Alexis accepte bien sûr le compliment. Quoiqu’avec un bémol. Aussi bon qu’ait été Ti-Luc, il n’est pas de son époque.

«Je ne l’ai pas vu jouer, mais je sais que c’était un très bon défenseur qui venait de Shippagan. Je crois qu’on me compare à lui parce que je suis un défenseur qui joue une partie physique, que j’ai la même taille et que j’aime appuyer l’attaque. Mais moi mon modèle, c’est plutôt Thomas Chabot», m’a-t-il confié en terminant.