«Henri, c’était de l’or en barre» – Jean Perron

Frank Selke, le légendaire directeur général du Canadien de Montréal lors des cinq conquêtes de la coupe Stanley de 1956 à 1960, a déjà déclaré: «J’ai eu la chance de compter parmi les meilleurs joueurs dans l’histoire de la LNH, mais en fin de compte, Henri Richard a peut-être été le joueur le plus précieux que j’ai jamais eu».

Une citation qui peut surprendre quand on sait que l’équipe comptait aussi dans ses rangs des joueurs de la trempe de Maurice Richard, Jean Béliveau, Doug Harvey, Bernard Geoffrion, Dickie Moore et Jacques Plante. Mais qui résume aussi assez bien l’importance de Henri Richard dans les succès de l’équipe.

La feuille de route du Pocket Rocket, décédé vendredi à la suite d’une longue maladie, est pour le moins exceptionnelle: 11 coupes Stanley en 20 saisons et à chacune de ses cinq premières campagnes, 358 buts, 688 passes et 1046 points en 1259 parties (record d’équipe), capitaine du CH lors de ses quatre dernières saisons, nommé en une occasion au sein de la première équipe d’étoile (1957-1958) et trois autres fois dans la deuxième équipe (1958-1959, 1960-1961, 1962-1963), récipiendaire du trophée Bill Masterton (1973-1974), immortalisé au Temple de la renommée du hockey (1979) et au Panthéon des sports du Québec (1991), et c’est sans oublier que son chandail numéro 16 a été retiré (1975) et qu’il a été choisi parmi les 100 plus grands joueurs de la LNH lors du centenaire de la LNH en 2017.

Jean Perron, qui a guidé le Bleu Blanc Rouge vers la conquête de la coupe Stanley en 1986, compare l’impact d’un Henri Richard au sein du CH à celui de Patrice Bergeron chez les Bruins de Boston.

«Henri était un centre à la fois travaillant, tenace, habile et robuste, en plus d’être un grand leader. En fait, c’était un Patrice Bergeron en plus robuste. Henri avait beau mesurer 5 pieds 7 pouces et ne peser que 160 livres, sur la glace il était aussi malin que son frère Maurice», affirme celui qui a tenu les rênes du CH de 1985 à 1988.

«J’ai surtout appris à connaître Henri lors de mon séjour avec le Canadien. C’était un homme aimable et pas à peu près. Il était toujours disponible, contrairement à Maurice qui était plus difficile d’approche. Henri avait la même classe que mon idole Jean Béliveau. Henri, c’était de l’or en barre», confie Perron, qui est aujourd’hui restaurateur à Chandler, en Gaspésie.

«Je sais que les gens disent de lui qu’il était un homme de peu de mots, mais ce n’est pas du tout l’homme que j’ai connu. Peut-être parce que j’avais une personnalité qui lui plaisait, je me suis toujours super bien entendu avec lui. Le Henri que j’ai connu avait du plaisir à parler de toute sorte d’affaires et pas juste de hockey. Je le trouvais très pince-sans-rire. J’ai tellement eu plaisir avec lui. J’ai passé plusieurs belles soirées dans le salon des anciens avec Henri», révèle Jean Perron.

À l’instar de la majorité des athlètes de cette époque, Henri Richard était compétitif dans tout ce qu’il entreprenait. Que ce soit au hockey, au tennis, au golf ou aux cartes, Henri détestait perdre. L’ancien entraîneur-chef des Aigles Bleus de l’Université de Moncton se souvient justement d’une hilarante anecdote sur Henri qui lui a été racontée par un ami commun et qui résume assez bien le caractère du bonhomme.

«Henri était en train de disputer une partie de golf avec des amis quand il a commis un double boguey. Il était tellement enragé qu’il a pris son sac et l’a lancé dans l’étang en disant: “That’s it, that’s all, je joue plus au golf”. Il a quitté aussitôt ses amis pour s’en aller prendre une bière au club. Vers 22h, il s’est levé pour s’en aller chez lui, mais il ne trouvait pas ses clés. C’est alors qu’il s’est rappelé qu’elles étaient dans son sac. Quelqu’un a dû le ramener à la maison et le lendemain matin il est allé récupérer son sac dans l’étang», raconte Jean Perron.

«Je me souviens aussi que lorsque nous étions dans les séries, Henri, Maurice, Toe Blake, Doug Harvey, Jean Béliveau et quelques autres anciens accompagnaient toujours l’équipe sur la route. Ils nous suivaient partout. Leur fun c’était de jouer aux cartes. C’est incroyable l’impact qu’ils avaient auprès des jeunes joueurs de l’équipe. Patrick Roy, Stéphane Richer et Claude Lemieux étaient impressionnés de voir ces légendes. Chris Chelios n’en revenait jamais de voir Doug Harvey dans son entourage. Je trouve ça tellement dommage que les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas l’histoire du hockey. J’en reviens pas qu’un jeune du Canadien ne savait même pas qui était Stéphane Richer l’an dernier», indique-t-il.

Pour en revenir à Henri, Jean Perron poursuit en disant: «Nous venons de perdre un grand. Henri était une vraie légende et son record de 11 coupes Stanley ne sera jamais battu. Dans l’histoire du Canadien, c’est simple. Tu as Maurice en haut de la pyramide, puis tu as Jean Béliveau et Guy Lafleur juste en dessous et après tu as Henri, Howie Morenz, Patrick Roy et Doug Harvey».

La dernière fois que Jean Perron a vu Henri, c’était lors de l’intronisation de Ronald Corey au Panthéon des sports du Québec en 2012. Invité par M. Corey, Jean Perron était assis à la même table que Jacques Demers, Yvan Cournoyer, Eric Molson et son épouse.

«Je trouvais que Henri était différent ce soir-là. Il était agressif. J’ai d’ailleurs dit à Yvan que je n’avais jamais vu Henri aussi agressif. C’est à ce moment que Yvan m’a dit que Henri était atteint d’Alzheimer et de faire attention à ce que je disais. Henri en était à ses premiers pas avec la maladie. Il avait déjà de la difficulté avec sa mémoire», souligne Jean Perron.

«Un des meilleurs»

«Henri Richard a été l’un des meilleurs joueurs de hockey contre qui j’ai joué. Il était pas tellement gros, mais il avait du caractère. Il était également un excellent patineur en plus d’être habile avec la rondelle. C’était vraiment tout un joueur.»

Ces paroles sont de Gérald «Red» Ouellette qui a toujours voué un grand respect pour le jeune frère de Maurice.

Le décès de Henri est d’autant plus marquant que les frères Richard avaient des racines acadiennes et que Red Ouellette est le seul Acadien à avoir eu l’occasion d’affronter Henri dans la Ligue nationale.

Ça remonte à la saison 1960-1961, alors que les Bruins de Boston lui avaient donné un essai de 35 rencontres au cours desquelles il avait inscrit cinq buts et quatre passes pour neuf points.

«Henri a été un très grand joueur. Non mais, quand tu y penses, gagner 11 coupes Stanley, il faut le faire. Je peux un peu m’imaginer comment c’était», dit-il.

«J’ai gagné la coupe Adams en 1970 dans la Ligue centrale avec les Bisons de Buffalo. J’étais le capitaine du club. L’équipe a disparu quelques semaines plus tard pour laisser toute la place aux Sabres qui allaient débuter dans la Ligue nationale à l’automne. En 1971, alors que j’étais cette fois-ci le capitaine des Knights d’Omaha dans la Ligue américaine, nous avons gagné la coupe Calder. Ç’a été ma dernière saison professionnelle et je suis revenu au Nouveau-Brunswick pour me joindre aux Tigres de Campbellton. J’ai gagné trois fois la coupe Hardy avec les Tigres, dont la première comme joueur en 1972. Les deux autres fois (1977, 1988), j’étais l’entraîneur. Mais d’avoir gagné aussi souvent, ça m’a donné une idée comment Henri pouvait se sentir», raconte Red Ouellette.

«J’ai ensuite eu la chance de le rencontrer à quelques reprises. Il était devenu ambassadeur du Canadien après sa carrière», rappelle-t-il.

«Une idole d’enfance»

L’ancien entraîneur des Aigles Bleus de l’Université de Moncton, Pierre «Pete» Belliveau, a vu le jour en 1955, la même année que Henri Richard effectuait ses débuts dans la LNH à seulement 19 ans.

«Il a été l’une de mes idoles d’enfance, dit-il. Avec sa vitesse, il me faisait penser à Dave Keon, mais avec plus de caractère. Je me souviens de la série finale contre Chicago en 1971, alors qu’il avait traité Al McNeil de pire entraîneur pour qui il avait joué. Ensuite, lors du septième match, Henri avait marqué le but égalisateur et le but vainqueur pour donner la coupe au Canadien.»

«Je me rappelle aussi d’un souvenir encore plus ancien. C’était encore une fois en finale de la coupe Stanley et le Canadien affrontait les Red Wings de Détroit. C’était en 1966 et j’avais 11 ans. Ma mère, même si elle savait que j’étais un fanatique du Canadien, m’avait envoyé me coucher. J’avais cependant une petite radio et des écouteurs et j’ai donc écouté le match dans mon lit. Je me rappelle encore d’entendre le commentateur décrire le but vainqueur de Henri Richard en prolongation. Il était entré dans le but des Red Wings avec le gardien et la rondelle», se remémore Pete Belliveau, qui est le dernier entraîneur à avoir mené le Bleu et Or à la conquête du Championnat canadien en 1995.

Voisin de siège au Forum

Jean-Guy Robichaud est une autre personnalité sportive du Nouveau-Brunswick qui conserve de précieux souvenirs de Henri Richard.

«Pendant les belles années du CH, dans les collèges classiques où la majorité des enseignants étaient des prêtres, tous les gars se souviennent que le samedi soir était consacré aux matchs du Canadien. C’était sacré. Pour les prêtres, la famille Richard était un symbole pour les Canadiens français. Ils idolâtraient la famille Richard», mentionne ce grand athlète et entraîneur de la Péninsule acadienne.

«Ce que j’aimais de Henri Richard c’est que plus tu le frappais, plus il s’illustrait. Il jouait avec cœur et ça se voyait dans son visage. C’était aussi un joueur d’équipe extraordinaire. Il se présentait à chaque match. C’était un très bon patineur et il était solide sur ses patins. Il était également très fort physiquement pour un gars de 160 livres. C’était un modèle à suivre», dit-il.

«Son record de 11 coupes Stanley, je ne peux pas croire qu’il sera battu. Il est en sécurité pour au moins 300 ans», estime Jean-Guy Robichaud avec humour.

«Personnellement, je n’ai jamais été du genre à être excité de rencontrer les anciennes vedettes du sport. Mais étrangement, Henri Richard m’impressionnait. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de le rencontrer deux fois au Forum. Je me souviens d’une fois où Jean Perron m’avait trouvé un billet assis à côté de Henri. Cependant, ce n’était pas un type tellement bavard pendant un match et je n’osais donc pas trop lui parler. Et puis il était accompagné de son ami Gilbert Perreault», ajoute Jean-Guy Robichaud.