Trois vétérans qui méritent mieux

Lorsque la Ligue de hockey junior majeur du Québec a annoncé l’annulation de sa saison régulière, mardi, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir une pensée pour les joueurs de 20 ans.

Dans cette annonce, sur le plan individuel et d’un point de vue strictement hockey, cette salope de COVID-19 a fait des joueurs de 20 ans les grands perdants.

Particulièrement ceux qui évoluent dans des équipes déjà éliminées. Pour les autres, jusqu’à preuve du contraire, il y a encore l’espoir que les séries éliminatoires seront sauvées.

Dans le camp du Titan d’Acadie-Bathurst, le gardien Tristan Bérubé, le défenseur Yan Aucoin et le joueur de centre Rémy Anglehart sont évidemment très déçus de la tournure des événements. Pour eux, le destin s’est montré cruel. Quatre matchs qu’il leur aura manqué pour terminer leur carrière sur une bonne note.

D’autant plus que dans la LHJMQ, le dernier match à domicile est reconnu pour être celui des 20 ans. Avant même de sauter sur la glace, les entraîneurs leur feront savoir que ce dernier match leur est dédié. Les gars, eux, sont fiers de leur dire qu’ils vont la jouer pour eux. C’est un rituel. Les spectateurs font également partie du rituel. Et, peu importe l’issue de la partie, ce sont eux qui auront droit aux trois étoiles de la rencontre.

Tous les gars qui ont vécu l’expérience dans les années antérieures vous diront que cette rencontre fait partie des beaux souvenirs dans leur carrière.

Mais cela, Tristan, Yan et Rémy n’y auront pas droit.

Pour ces amis de longue date – ils ont joué leur midget AAA ensemble avec les Albatros du collège Notre-Dame – ils voyaient ce dernier duel comme une façon de boucler la boucle avant de passer à une autre étape dans leur vie.

J’ouvre ici une petite parenthèse pour vous dire que cet automne Tristan et Rémy porteront respectivement les couleurs des Gee-Gees de l’Université d’Ottawa et des Aigles Bleus de l’Université de Moncton, alors que Yan m’a annoncé en primeur qu’il se joignait aux Stingers de l’Université Concordia, où évoluent d’ailleurs quelques anciens du Titan, Alexandre Gosselin, Anthony Dumont-Bouchard, Liam Murphy et Jérémy Diotte.

Fin de la parenthèse.

Bref, j’ai pensé que ce serait une bonne idée de discuter avec ces trois-là ce matin. Je voulais savoir comment ils vivaient leur deuil.

Tristan, qui mériterait à mon humble avis le titre de joueur le plus utile cette saison chez le Titan, parle d’une situation ingrate.

«C’est décevant ce qui arrive. Il n’y a pas si longtemps, personne n’aurait pu prédire un tel scénario. J’ai l’impression de me trouver dans un film de science-fiction dont je ne sais pas combien de temps ça va durer et quand ça va finir. Quelque part, c’est comme si la planète entière était en guerre, mais cette fois contre un virus. Et l’ennemi est invisible», image-t-il.

«Même si nous n’avions plus accès aux séries, nous (ça inclut Rémy et Yan) voulions profiter des derniers moments de notre saison. Nous n’étions pas prêts à en terminer. Cela dit, même si ça laisse un goût amer et aussi ingrate que peut être la situation, c’est la santé des gens qui importe avant tout», souligne Tristan, qui se dit néanmoins fier d’avoir atteint le plateau des 150 matchs en carrière.

«Bien que ce soit hors de notre contrôle, c’est difficile, confie pour sa part Rémy. Malheureusement, c’est une décision qui devait être prise pour le bien de la société. Mais c’est sûr que j’aurais aimé disputer mon dernier match. Quand tu entres dans la ligue à 16 ou 17 ans, tu vois chaque année des vétérans terminer ainsi leur carrière. Tu sais que c’est leur game, leur cérémonie…»

«Ça s’est tellement fait vite, poursuit Yan. Jeudi après-midi, nous avons eu un entraînement et un peu plus tard nous avons appris que la LNH prenait une pause. Peu de temps après, la LHJMQ et les autres ligues ont suivi. C’est frustrant, mais tu n’as pas le choix de l’accepter. La priorité se doit d’aller à la santé.»

«C’est tout de même triste de ne pas avoir droit à notre dernier tour de piste. Dans la ligue, quand la saison arrive terminée il y a toujours des gars qui disent: ‘‘Un jour ce sera mon tour’’. Pour tout dire, je dirais que c’est ce qui me déçoit le plus dans l’annulation de la saison. J’aurais aimé avoir ce match. Nous n’avons pas pu profiter de nos derniers moments», révèle le défenseur qui termine sa carrière junior avec 319 rencontres. À ce chapitre, il occupe le 61e rang dans l’histoire de la ligue.

Il ne manquait aussi que quatre points à Aucoin pour atteindre le plateau de 100 en carrière. Il ne saura jamais s’il aurait réussi l’exploit. Il se console en pensant qu’il a atteint des sommets sur le plan offensif avec 10 buts, 22 passes et 32 points Rémy, lui, ne cache pas qu’il aurait aussi aimé atteindre le cap des 30 buts. Le compteur aura été stoppé à 29.

«Ça n’empêche quand même pas que j’ai connu dans l’ensemble une bonne saison. Je suis un bien meilleur joueur de hockey aujourd’hui que je ne l’étais à pareille date il y a un an. En plus de mon jeu offensif, je me suis amélioré dans le cercle des mises en jeu ainsi qu’en défensive», dit-il.

«J’ai maintenant hâte de me joindre aux Aigles Bleus. Je suis excité par ce nouveau défi. Là, je me repose pour encore deux semaines, puis je vais commencer à m’entraîner. Mais comme les gymnases sont fermés, j’ai l’impression que je vais commencer à la maison. Ma mère a justement un tapis roulant. Je pense qu’il va servir pour brûler quelques calories», raconte avec humour le Gaspésien de Port-Daniel-Gascons.

Lorsque j’ai questionné Tristan Bérubé sur la suite de sa carrière avec les Gee-Gees, le portier m’a rétorqué qu’il comptait d’abord discuter de toutes ses options avec son agent Jessy Morin cet été.

«On va regarder tout ça, à savoir aussi s’il y aurait des chances de jouer chez les professionnels. Mais le plan est de jouer à Ottawa. C’est une bonne organisation et ça adonne que les trois gardiens en ont terminé avec le hockey universitaire. J’ai donc la chance de me trouver dans une équipe où je pourrai jouer souvent. Les Aigles Bleus m’ont aussi approché, mais avec Étienne Montpetit qui est encore là pour deux saisons, ça m’intéressait moins. Je veux jouer», explique-t-il.

Yan, lui, est très heureux d’avoir choisi les Stingers. D’autres universités lui couraient d’ailleurs après.

«À moins d’une offre impossible à refuser (comme un contrat de la Ligue américaine), je vais me concentrer sur mon plan B. Je vais m’assurer d’aller chercher un bac, puis si jamais j’ai le goût d’aller dans la East Coast ou encore en Europe, ces options seront encore là une fois que j’aurai assuré mon avenir», mentionne le Madelinot qui habite désormais à La Pocatière.

Je n’ai pu m’empêcher de leur demander comment ils occupaient leur temps libre ces jours-ci.

Des trois, Rémy est le plus actif et de loin. Même que chaque jour il part à l’aventure en ski-doo avec son père et son frère.

«Je m’ennuie à regarder la télé et je fais donc du ski-doo. J’en profite parce que je n’ai pas eu la chance d’en faire souvent (dans ma vie). Mettons qu’on brûle pas mal de gaz», dit-il en riant.

Les deux autres, moins aventuriers, nourrissent leur appétit de sport en écoutant des vieux matchs de hockey à RDS. Mardi soir, ils étaient tous deux scotchés devant le petit écran pour regarder le 5e match de la finale de l’Association de l’Est de 2010 opposant le Canadien de Montréal et les Capitals de Washington.

«C’est la fois où (Jaroslav) Halak avait volé les Capitals. Je me souviens d’avoir vu ce match à l’âge de 10 ans», s’est remémoré Tristan.

Repêchage téléphonique

Même si la LHJMQ a annoncé que le repêchage du 6 juin avait été annulé à Sherbrooke et qu’il serait remplacé par un encan en ligne sur le web, les 18 équipes du Circuit Courteau n’en demeurent pas moins fort occupées à préparer leur plan de match.

Chez le Titan, le directeur général Sylvain Couturier dit que le travail ne manque pas même si tout le monde est confiné à la maison.

«Nous aurons plusieurs décisions importantes à prendre dans les prochaines semaines. Dans notre reconstruction, nous sommes maintenant rendus à l’étape où nous sommes sur le point de récolter les fruits de notre noyau. Il ne faut donc pas se tromper sur les prochains gestes que nous allons effectuer», dit-il.

Le DG du Titan donne comme premier exemple le surplus de joueurs en mesure de retourner avec le club. Outre 22 des 25 joueurs de l’édition actuelle, il faut aussi inclure dans l’équation les autres joueurs qui ont évolué cet hiver dans le midget AAA ou encore le junior A. Certains d’entre eux sont même aussi bien dire assurés d’un poste, à commencer par le défenseur Zach Biggar et l’attaquant Tristan Roy. Le gardien Pierre-Vincent Guignard, les arrières Marc-André Gaudet et Sam McKinney, ainsi que les avants Dylan Champagne, Julien Bourget et Josh Nadeau sont d’autres jeunes qui cognent à la porte. C’est sans oublier que l’équipe détient quatre choix dans les trois premières rondes du repêchage de juin, ainsi que la deuxième sélection au total de l’encan européen. Et ajoutez à ça l’arrivée d’un défenseur de 20 ans du Cap-Breton pour compléter l’échange de Shawn Élément. Le Néo-Brunswickois Adam McCormick est le joueur ciblé.

Évidemment, il reste encore beaucoup de boulot à accomplir d’ici le repêchage, à commencer par finaliser la «fameuse liste» des meilleurs espoirs.

Couturier a déjà prévu plusieurs réunions au téléphone avec Mario Durocher, André Lévesque, Roger Shannon, Sam Myers et Normand Charbonneau.

S’il était hors de question de nous livrer quelques secrets, ne soyez cependant pas surpris que l’équipe puise encore une fois parmi les espoirs de l’Atlantique. Depuis 2014, sur les 12 choix du Titan dans les deux premières rondes, neuf étaient des joueurs de l’Atlantique. Ils sont Jordan Maher et Elijah Francis en 2014, Noah Dobson en 2016, Logan Chisholm en 2017, Benjamin Roode et Alexandre David en 2018, de même que Riley Kidney, Cole Huckins et Zach Biggar en 2019. Pendant ce temps Antoine Morand (2015), Olivier Desroches (2017) et Tristan Roy (2019) ont été les trois seuls Québécois choisis par l’équipe dans les deux premières rondes.

«Ça s’annonce une bonne récolte cette année en Atlantique, concède justement Couturier. Et lors des dernières années, nous n’avons jamais hésité à choisir dans notre cour.»

«C’est sûr que nous aurions aimé voir les joueurs davantage dans les séries éliminatoires, mais toutes les équipes de la ligue sont à égalité à ce niveau. Nous allons donc nous fier aux informations que nous possédons en ce moment. Pour le repêchage européen, nous sommes déjà en contact avec quelques agents de joueur. À moins de trouver un cheval (comme Dobson) en défensive, ça devrait être un attaquant ou un gardien», mentionne Couturier.

Et le premier choix? Pourrait-il servir de monnaie d’échange pour un joueur établi. Le DG ne dit pas non.

«Il est disponible, avoue Couturier. Par contre, nous n’avons pas encore décidé quelle valeur nous allons donner à ce premier choix. Est-ce que ce sera pour un attaquant? Un gardien? Des choix au repêchage? Nous verrons», ajoute Sylvain Couturier.

Encore de la place dans votre iPod?

Décidément, ma chronique sur les chansons consacrées au hockey ont ravivé les souvenirs de plusieurs. Voilà que mon ancien collègue au journal, Gilles Duval, m’a chuchoté quatre autres tounes sur notre sport national.

Il y a d’abord La game d’hockey du Saint-Quentinois Louis Bérubé, On veut la coupe de Sylvain Cossette, C’est pour quand la coupe Stanley d’Alain-François et Titi-Tancrède des Cowboys Fringants.

Plus que jamais, je me rends compte que musicalement parlant, il y en a pour tous les goûts avec le hockey.