L’impressionnant parcours de Serge LeBlanc

Si jamais le Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick décidait d’inclure une catégorie pour immortaliser les meilleurs employés de soutien dans une équipe, il ne fait aucun doute que Serge LeBlanc mériterait de figurer parmi les premiers intronisés.

En fait, même en incluant la crème de nos athlètes, ils sont rares les Néo-Brunswickois qui peuvent se vanter d’avoir une feuille de route aussi riche que la sienne.

Juste pour vous donner une petite idée, celui qu’on surnomme affectueusement Bayo a participé à 88 rencontres internationales et 865 parties de la LHJMQ.

Pour en savoir plus sur ce préposé à l’équipement hors de l’ordinaire, qui depuis 2012 gère les programmes des multiples équipes sportives de l’Université de Moncton, voici une entrevue questions-réponses réalisée il y a quelques semaines.

Bonne lecture.

Acadie Nouvelle: Ç’a commencé comment ton aventure dans le monde du hockey?

Serge LeBlanc: J’étais en neuvième année à l’école Clément-Cormier et l’équipe des Cavaliers se cherchait un volontaire pour s’occuper du chronomètre pendant les matchs. Deux ans plus tard, on m’a proposé de devenir le préposé à l’équipement. Je n’avais aucune idée ce qu’était ce travail. Comme j’étais un fanatique du Canadien de Montréal, j’ai fait une recherche pour découvrir qu’Eddy Palchak était alors le gérant d’équipement. Pierre Gervais était son adjoint dans le temps. J’ai appris au fur et à mesure. Au départ, je m’occupais uniquement des bouteilles d’eau et je mettais du ruban gommé sur les bâtons. Léonard Allain, qui était mon professeur d’éducation physique, a joué un grand rôle dans tout ça. C’est même lui qui m’a ensuite permis de devenir le gérant d’équipement des Aigles Bleus. Léonard était alors l’entraîneur adjoint de Pete Belliveau chez le Bleu et Or. Léonard m’a carrément pris sous son aile. Il voyait la passion qui m’habitait. En 1999, après quatre ans avec les Aigles Bleus, les Wildcats sont venus me chercher. Je me souviens d’avoir rencontré l’entraîneur Réal Paiement dans un Tim Hortons de Dieppe. J’ai ensuite rencontré M. (Robert) Irving qui m’a annoncé que j’avais passé le test.

AN: D’où vient ton surnom Bayo?

SL: Ça remonte en 1993 à l’époque où j’étais le préposé à l’équipement des Cavaliers. Un peu comme Nounou dans la série Lance et compte, les gars voulaient me donner un surnom. Dans la région de Bouctouche, il y avait un monsieur surnommé Bayo qui était réputé pour ses gaffes drôles. Il faut croire que j’ai fait une gaffe à un moment donné parce que les gars ont tout de suite commencé à m’appeler comme ça. Malgré mon objection et ma résistance, le surnom est quand même resté. Vingt-sept ans plus tard, il y a des gens qui ne m’ont jamais appelé Serge de leur vie. Écoute, il n’y a pas si longtemps, j’étais dans la salle d’attente d’un optométriste et la secrétaire m’a appelé par mon vrai nom. Je n’ai pas bougé parce que je ne savais pas qu’elle parlait de moi. (Rires)

AN: Tu as croisé en cours de route plusieurs personnalités du hockey, à commencer par Sidney Crosby, Carey Price, Jonathan Toews, Claude Giroux, Steven Stamkos, Drew Doughty, John Tavares, P.K. Subban, Brad Marchand, Kristopher Letang, Sean Couturier et Marie-Philippe Poulin. Il y a aussi le regretté Luc Bourdon dans cette liste. Que peux-tu me dire sur Luc?

SL: Luc est définitivement l’un des gars les plus forts et intenses que j’ai vu. Il avait une personnalité spéciale. Il était très drôle, mais de façon sarcastique. Je me souviens aussi que lorsqu’il a été retranché à son deuxième camp avec les Canucks, c’est moi qu’il a appelé en premier. Comme il ne connaissait pas le nouvel entraîneur, John Torchetti, qui venait d’être embauché par les Wildcats, c’est moi qu’il a choisi. Il m’a simplement dit: ‘‘Bayo, je me suis fait couper’’. Cet appel m’a confirmé que j’avais son respect. Et le respect, c’est la première chose que je tente d’aller chercher auprès de tout le monde.

AN: Tu es originaire de Sainte-Marie-de-Kent comme Lukas Cormier. Dans quelques semaines, Lukas deviendra le deuxième hockeyeur du comté de Kent à être repêché par une équipe de la LNH après Everett Sanipass (Elsipogtog) en 1986 par les Black Hawks de Chicago. Tu en penses quoi?

SL: Je crois que Lukas va finir par jouer dans la LNH. S’il garde le cap, il va y arriver. Il lui suffit juste d’être patient. Il peut devenir un défenseur du style de Torey Krug ou Samuel Girard dans la LNH. Il a tout ce qu’il faut pour avoir ce genre de carrière. Il ne faut toutefois pas s’attendre à ce qu’il joue dans la LNH à 18 ans. Et les gens doivent comprendre que s’il est retranché à 18 ans, ça ne veut pas dire qu’il est mauvais. Il sera prêt quand il sera prêt. Je rêve qu’il soit repêché par le Canadien. En tout cas, il paraîtrait bien dans un uniforme bleu, blanc et rouge. Cela dit, je ne suis pas certains que les oncles et son père Mario seraient contents. (Rires)

AN: Tu as suivi sa carrière de près?

SL: Oui. Ce que j’aime de Lukas c’est qu’il est resté humble malgré ses succès. Il a toujours su garder les deux pieds sur terre. Il a été un phénomène dans le hockey mineur, mais tu n’entendais pas parler de lui parce qu’il ne s’en vantait pas. Il ne s’est jamais enflé la tête. Il a toujours vu chaque expérience comme une nouvelle étape. Les gens de Kent-Sud parlent de plus en plus de Lukas. Ils sont très fiers de lui.

AN: Marie-Philip Poulin est considérée par plusieurs comme étant la meilleure joueuse au monde. Tu as eu la chance de la voir souvent à l’oeuvre au fil des ans. Elle est aussi bonne que ça?

SL: Elle a des habiletés incroyables. Son acharnement au travail est extraordinaire. C’est définitivement la joueuse la plus acharnée sur la glace. Elle donne tout à chacune de ses présences. Face à des équipes de midget AAA, les gars se sont vite rendus compte que ce n’était pas facile d’aller dans les coins de patinoire avec elle. (Rires)

AN: Quel est ton meilleur souvenir dans le hockey international?

SL: Je dirais tout ce qui a entouré l’année olympique de 2018. Ç’a été à la fois l’aventure la plus spéciale et la plus difficile en raison du cheminement. J’avais pris une sabbatique des Aigles Bleus en 2017 pour aller m’installer à Calgary. Nous (l’équipe féminine du Canada) avions évolué dans la Ligue midget AAA de l’Alberta et nous en avons fait du millage. D’autant plus que moi qui était habitué de travailler dans des beaux arénas, c’était loin d’être le cas pour cette ligue. Les arénas étaient très loin d’être du niveau du junior majeur. Les vestiaires étaient tellement petits et nous nous déplacions comme un club de la LNH avec tout notre matériel.

AN: Raconte-moi une anecdote de l’une de tes participations au Championnat mondial junior?

SL: C’est drôle, je pense tout de suite à la fois où nous avons gagné l’or au Mondial de 2008 à Pardubice en République tchèque. Nous avions battu la Suède 3 à 2 en prolongation et ç’a été le bordel pour moi. J’avais seulement une heure pour tout paqueter avant que l’autobus ne parte pour Vienne. Et pendant que je me démenais comme un malade, les gars eux fêtaient. Je courais partout dans le vestiaire et je me souviens que je n’avais pas eu beaucoup d’aide. Je bois peut-être une douzaine de bière par année au total, mais je me souviens qu’on m’a donné deux cannettes une fois l’autobus parti. Je les ai bu très lentement et je crois sincèrement que ç’a été les deux meilleures bières de toute ma vie. (Rires)

AN: C’est pas mal comme anecdote et…

SL: Oh, j’en ai une autre. Ça remonte au Mondial de 2011 présenté à Buffalo. Pour le souper de Noël, nous nous sommes tous retrouvés chez l’entraîneur-chef des Sabres de Buffalo Lindy Ruff. Je me souviens que c’est ce soir-là que j’ai eu comme cadeau mon premier iPad. Tout le monde avait reçu le même cadeau. C’était la première génération du iPad. Le iPad ne fonctionne plus depuis longtemps, mais je l’ai encore. (Rires) Ah, il y a aussi la fois où nous avions fait du go-kart en Suède. Moi qui n’aime pas perdre, j’ai perdu toutes mes courses ce jour-là. Les gars n’arrêtaient pas de m’agacer. Marchy (Brad Marchand) était parmi les pires pour m’écoeurer. (Rires)

AN: Ton parcours t’a aussi permis de croiser la route de Sidney Crosby en 2003 pour la coupe Ivan Hlinka en République tchèque. Des souvenirs avec Sid The Kid?

SL: J’ai surtout le souvenir de lui devoir encore 5 piastres! (Rires) Nous avions d’abord fait le voyage ensemble à partir de Toronto jusqu’en Europe. Nous étions assis l’un à côté de l’autre. Pendant une partie de voyage, il m’a posé plein de questions sur la LHJMQ. Il était déjà très professionnel. Il était un an plus jeune que les autres gars et il venait d’être repêché par l’Océanic de Rimouski. J’ai évidemment répondu à toutes ses questions. Une fois là-bas, je me suis rendu compte que je n’avais aucun Euro dans mes poches et il m’a prêté l’équivalent de 5$. Je ne crois pas qu’il se souvient de ça. (Rires)

AN: Raconte-moi la fois où tu as eu l’air le plus fou au travail?

SL: (Rires) Sûrement le jour où l’équipe (les Wildcats) a présenté sa compétition d’habiletés aux détenteurs de billets de saison. Un entraînement était aussi prévu après la compétition. Bref, pendant que le chauffeur de la zamboni était en train de refaire la glace, une madame est descendue en-bas avec une grosse assiette pleine de bretzels. Ce que j’ignorais à ce moment-là, c’est que l’entraîneur Christian Larue avait décidé de tenir une réunion dans le vestiaire avant l’entraînement. Je me vois encore entrer dans le vestiaire avec un gros sourire dans la face en criant: ‘‘Who wants pretzels’’! Tout le monde est évidemment parti à rire. Je me suis senti tellement mal, tu peux pas savoir. C’est depuis devenu une inside joke. Encore aujourd’hui, Bruce Graham ne rate jamais une occasion chaque fois qu’il me voit: ‘‘Who wants pretzels’’?

AN: Quel joueur des Wildcats était le plus drôle?

SL: Il y en a eu plusieurs, mais Keith Yandle était vraiment très comique. Il n’a joué qu’une saison avec les Wildcats, mais à la fin de l’année les gars avaient tellement eu de plaisir avec lui qu’ils étaient tous capables d’imiter son accent de Boston. (Rires)

AN: Qui a été le plus beau talent que tu as vu à l’oeuvre chez les Wildcats?

SL: Jonathan Girard sans aucun doute. Steve Bernier, Keith Yandle, Corey Crawford et Brad Marchand font aussi partie des meilleurs joueurs que j’ai vu à Moncton. En passant, je sais que Marchy n’est pas très aimé des partisans de hockey à part ceux de Boston, mais je peux te dire qu’il est super gentil et surtout très fidèle en amitié.