Jean-Marie Bouchard et Slapshot ont beaucoup en commun

Deux coupes Hardy, quelques championnats des pointeurs et des passages remarqués au sein de trois équipes mythiques des années 1980, soit les Patriotes de Dalhousie, les Bears de Moncton et les Tigres de Campbellton. Ce n’est pas pour rien si Jean-Marie Bouchard bénéficie du statut de légende dans l’histoire du hockey néo-brunswickois.

Le vécu du joueur de centre est tellement riche qu’il y aurait de quoi inspirer une série télévisée.

Après avoir joué son hockey mineur à Causapscal, d’où il est originaire, Jean-Marie quitte la maison en 1967, alors âgé de 19 ans, pour aller disputer une saison avec les Canadiens de Thetford Mines dans la Ligue junior A du Québec. Ce même circuit deviendra deux ans plus tard la LHJMQ.

Parmi ses coéquipiers, on retrouve le gardien Michel Dumas, qui fera partie de l’organisation des Blackhawks de Chicago pendant plus de 30 ans comme joueur et recruteur, Norm Gratton, qui a disputé plus de 200 matchs dans la LNH en plus d’être l’oncle de l’ex-gardien du Titan d’Acadie-Bathurst Frédéric Cloutier, et, surtout, Richard Martin, membre de la fameuse French Connection en compagnie de Gilbert Perreault et René Robert chez les Sabres de Buffalo.

Après avoir disputé sa saison de 20 ans avec les As d’Amqui, au niveau senior, Jean-Marie déménage en Pennsylvanie en 1969 pour évoluer avec les Jets de Johnstown dans la Ligue Eastern. Ce circuit, devenu célèbre pour ses nombreuses bagarres générales, a servi d’inspiration pour le film Slap Shot. Et c’est justement dans le domicile des Jets, le Cambria County War Memorial Arena, qu’a été tourné ce classique du cinéma mettant en vedette Paul Newman.

«C’était une ligue très rude, se souvient Jean-Marie, aujourd’hui âgé de 71 ans. Chaque équipe avait deux ou trois gars qui n’étaient là que pour se battre. Les matchs étaient très longs. Il y avait toujours plein de bagarres.»

«C’est dans cette ligue que (la légende des Flyers de Philadelphie) Dave Schultz est devenu un bagarreur. Plus jeune, quand il évoluait à Sorel, il ne se battait pas du tout. Mais quand je l’ai vu dans la Ligue Eastern, avec les Rebels de Salem, il était devenu comme fou», lance-t-il en riant.

Déçu de son expérience, Jean-Marie décide de s’en retourner à Amqui, où il disputera trois saisons. En 1973, grâce à une invitation inattendue, il prend part au camp d’entraînement des Canadiens de Montréal, où il a la chance de patiner en compagnie des grandes vedettes de l’époque, Yvan Cournoyer, Jacques Lemaire, les frères Mahovlich, Frank et Peter, Henri Richard, Guy Lapointe, Serge Savard, Larry Robinson et un certain Guy Lafleur qui était à une saison près de devenir la grande vedette que l’on a connu.

«C’était l’année où Ken Dryden avait décidé de faire la grève et d’aller compléter ses études pour devenir avocat, raconte Jean-Marie. J’ai eu un très bon camp et j’ai même cru que j’allais commencer l’année dans la Ligue américaine avec les Voyageurs de la Nouvelle-Écosse. Malheureusement, l’équipe avait trop de joueurs sous contrat et j’ai été retranché. C’est dommage parce que j’étais selon moi supérieur à plusieurs joueurs qui étaient à Halifax. Ç’a été une grosse déception.»

Le destin aura plutôt voulu qu’il se joigne aux Patriotes de Dalhousie, à temps pour la saison 1973-1974 dans la Ligue intermédiaire A de la Côte-Nord. Clément Tremblay, Gaétan Duguay, Mike Brophy, Serge MacLean et Bill Aufroid sont parmi ses coéquipiers. Bouchard complètera la saison au sommet des pointeurs, à égalité avec Greg McCullough des Tigres de Campbellton.

La saison suivante (1974-1975), Don Larin parvient à le convaincre de se greffer aux Bears de Moncton dans la Ligue intermédiaire A du Sud-Est. Non seulement il remporte le championnat des pointeurs avec 119 points (58-61), mais il mène les Bears à la conquête de la coupe Hardy en compagnie des Oscar Gaudet, Normand Guimond, Alan Power, Alain Ménard, Alfie Gaskin et Pete Pineau. Quelques joueurs des Aigles Bleus sont de plus venus donner un coup de main pendant les séries éliminatoires, dont Ronnie LeBlanc et Denis Gingras.

Malgré le championnat, Bouchard prend la décision de quitter les Bears pour porter les couleurs des Tigres à Campbellton en 1975-1976. Une première saison qui sera toutefois de courte durée puisqu’il se fracture une jambe en début de campagne.

Heureusement pour lui, il reviendra en grande forme pour la saison 1976-1977. Il répète le même exploit qu’à Moncton, soit remporter le championnat des pointeurs (22-51=73) et mené les Tigres à la conquête de la coupe Hardy. Dave Wisener, John Wood, Sterling Loga, Brian Forster, Jacques Desharnais, Luc Tessier, Georges Bérubé et Claude Legris sont parmi les meilleurs éléments du club.

Certains d’entre vous se souviennent aussi peut-être des combats qui ont opposé Dennis Henderson, le dur des Tigres, à Bill Goldthorpe, des Rangers de Dalhousie. Ce même Goldthorpe qui a servi d’inspiration pour le personnage d’Ogie Ogilthorpe, le bagarreur psychopathe dans Slap Shot.

«Je pouvais marquer des buts, mais j’étais davantage un fabricant de jeu. J’avais une bonne vision et je voyais bien les gars sur la glace. Je me souviens qu’en avantage numérique, l’entraîneur Red Ouellette m’utilisait à la pointe avec Fuzzy Loga», dit-il.

«Nous avions vraiment une bonne équipe de hockey à Campbellton. L’année suivante, toujours au tournoi de la coupe Allan, nous avons perdu en finale. Les gens adoraient le hockey senior dans le temps à Campbellton. Pendant la saison, nous attirions toujours entre 1800 à 2000 personne au vieux Garden. Dans les séries, ça dépassait les 3000 personnes.»

«Le hockey était pas mal plus rude dans le temps. Je me rappelle d’une partie à Saint-Jean où c’est la police qui est venu arrêter le match. Je jouais alors avec les Tigres. Les arbitres avaient décidé de sortir de la patinoire quand ont ils réalisé que les gars n’étaient pas intéressés à arrêter de se battre. Ça s’est seulement arrêté quand ils ont fermé les lumières dans l’aréna», confie-t-il.

Jean-Marie Bouchard termine l’entrevue en confiant un secret.

«Je n’ai jamais porté d’épaulettes quand je jouais au hockey. J’avais des coudes et des gants, mais pas d’épaulettes. Je me sentais coincé avec des épaulettes. J’ai été chanceux, j’ai seulement été blessé une fois à l’épaule. C’était lors de ma saison avec les Bears de Moncton. Je m’étais blessé assez gravement et j’avais dû rater deux ou trois matchs. Finalement, Don Larin m’avait patenté quelque chose pour protéger mon épaule et j’ai recommencé à jouer. Dans ce temps-là, ça prenait pratiquement une jambe cassée pour t’arrêter de jouer. Tous les gars étaient comme ça», révèle le septuagénaire en riant.