La grande carrière d’Oscar Gaudet

Yvon Durelle, Ron Turcotte, Jean-Yves Thériault, Rhéal Cormier, Patty Blanchard, Milaine Thériault, Joël Bourgeois, Luc Bourdon et Geneviève Lalonde. Ils font partie d’une poignée d’athlètes acadiens qui ont su laisser une empreinte impossible à effacer dans l’histoire du sport néo-brunswickois. Vous pouvez aussi sans hésiter ajouter dans ce groupe Oscar Gaudet.

Réglons tout de suite un truc. Vous raconter la carrière sportive d’Oscar Gaudet dans un seul texte est aussi bien dire impossible tellement elle a été riche. Particulièrement au hockey, bien qu’il a aussi été dominant au baseball et à la balle rapide.

C’est pourquoi je me contenterai de vous parler de hockey.

Sachez d’abord qu’il a remporté la coupe Adams avec les Black Hawks de Dallas dans la Ligue Centrale (CHL) en 1969, la coupe Lester Patrick avec les Buckaroos de Portland dans la Ligue Western (WHL), ainsi que deux fois la coupe Hardy au niveau senior avec les Beavers de Moncton en 1975 et les Hawks de Moncton en 1979.

Je vous épargne cependant tous les championnats des pointeurs et les championnats de ligue, provinciaux et des Maritimes. De toute façon, il en a lui-même perdu le compte depuis fort longtemps.

Je précise toutefois qu’Oscar a été immortalisé à 11 reprises, dont bien sûr au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick en 1992.

«C’est mon frère aîné Ronnie (décédé en 2012) qui a emmené le sport dans la famille, parce que mes parents (Aimé et Dométhilde) n’étaient aucunement sportifs, raconte Oscar, aujourd’hui âgé de 78 ans. Ronnie, qui avait 14 ans de plus que moi, a d’ailleurs été ma première idole. Plus jeune, j’aimais aussi beaucoup les frères Richard, Maurice et Henri, de même que Jean Béliveau.»

Oscar Gaudet est né à Moncton, mais a grandi à Memramcook. S’il a commencé à patiner vers l’âge de 5 ans sur une patinoire extérieure, c’est seulement à 12 ans qu’il a joué pour sa première équipe, soit lors de son entrée au collège Saint-Joseph. En 1955, à l’âge de 14 ans, il fait le saut dans le hockey midget avec Eugène LeBlanc comme entraîneur.

«Eugène a été un entraîneur important dans mon développement. C’est aussi lui qui a été mon entraîneur une fois juvénile avec les Rovers de Memramcook», confie-t-il.

«Nous étions cinq Gaudet dans l’équipe, soit moi, Eugène (l’ancien phytothérapeute des Canadiens de Montréal), Camilien, Edmour et Louis. Je me souviens encore de la fois qu’Eugène LeBlanc, alors que nous disputions un match sur l’Île-du-Prince-Édouard, a décidé de nous envoyer tous les cinq sur la glace pour mêler le commentateur», mentionne-t-il en riant.

Courtisé par les Black Hawks de Chicago dès la fin de son stage junior, Oscar pris la décision de faire d’abord ses études universitaires.

«Mon plan B était de devenir professeur d’éducation physique et j’ai donc terminé mes études avant de faire mes débuts professionnels en 1964. J’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais j’ai vite réalisé que j’étais capable de jouer à ce niveau», dit-il.

Et comment donc. Dès sa première campagne dans la Ligue américaine, il en enregistre 50 points (22-28) avec les Bisons de Buffalo. Les deux saisons suivantes, avec les Brave de Saint-Louis, il a va de 66 (37-39) et 52 (21-31) points dans la Ligue centrale.

«Dans le temps, la Ligue américaine était surtout composée de joueurs plus âgés, alors que les plus jeunes évoluaient dans la Ligue centrale, affirme-t-il. C’est justement à Saint-Louis que j’ai connu Dennis Hull, le frère de Bobby.»

Ce même Dennis Hull qui, quelques années plus tard, révélera: «La plus grande gaffe commise par Chicago est l’échange de Phil Esposito. Et la deuxième plus grande erreur est de ne pas avoir fait d’Oscar Gaudet un de ses joueurs réguliers».

De 1967 à 1970, toujours dans la Ligue centrale, Oscar portera les couleurs des Black Hawks de Dallas, où il remportera la coupe Adams au terme de la saison 1968-1969. Il réussira des saisons de 63 (30-33), 72 (22-50) et 78 (25-53) points à Dallas.

Il complétera finalement sa carrière professionnelle en 1970-1971 avec les Buckaroos de Portland dans la Ligue Western. Non seulement il marquera 37 buts et 66 points, mais il mènera aussi l’équipe à la conquête de la coupe Lester Patrick.

«Peggy et moi avions alors deux enfants et le plus vieux, Richard, devait commencer l’école à l’automne. Comme nous voulions que les enfants fassent leurs études en français, j’ai décidé de revenir au Nouveau-Brunswick, où je suis devenu représentant pour la brasserie Labatt. C’est un travail que j’ai conservé pendant 30 ans», affirme-t-il.

Il évoluera évidemment au niveau senior avec les Bears de Richibucto, les Bears de Moncton et les Hawks de Moncton. Il remportera même la coupe Hardy avec les deux dernières formations. Il effectuera aussi un bref retour au hockey professionnel à l’âge de 37 ans avec les Hawks du Nouveau-Brunswick dans la Ligue américaine. Il amassera une passe en deux duels.

«Les Hawks avaient beaucoup de blessés et l’entraîneur Eddie Johnston nous avait demandé à moi et Allard LeBlanc pour aller les dépanner», dit-il.

Lorsque je l’invite à me raconter quelques anecdotes, Oscar pense aussitôt à sa dernière saison professionnelle à Portland.

«Nous avions trois défenseurs robustes avec les Buckaroos. Il y avait Jerry King Kong Korab, qui jouera par la suite avec les Sabres de Buffalo et qui était un colosse de 6 pieds 3 pouces et 218 livres, et Rick Foley, un costaud de 6 pieds 4 pouces et 225 livres. Le troisième, même s’il était moins costaud, aimait beaucoup le jeu rude. C’était Connie Madigan qui sera quelques années plus tard embauché pour le film Slap Shot. C’est lui qui tient le rôle de Ross Mad Dog Madison.»

«Les attaquants des autres équipes avaient tellement peur d’eux quand ils étaient sur la glace qu’ils préféraient envoyer la rondelle dans le fond de notre territoire à la ligne rouge pour ensuite débarquer», lance-t-il en riant.

«Je me rappelle aussi que dans la Ligue Centrale, il y avait deux gars qui me donnaient pas mal de la misère. L’un était Jean-Paul Parisé. Il parvenait souvent à me contrer. L’autre c’était Glen Sather qui dirigera plus tard les Oilers d’Edmonton. Sather était une vraie peste. Une fois, il m’a dit avant une mise au jeu que je n’étais pas assez rapide pour lui. Je lui ai répondu que j’étais capable de le battre n’importe quand», mentionne-t-il en riant.

Je lui demande ensuite s’il aurait changé quelque chose dans sa carrière s’il avait eu l’occasion de le faire.

«J’aurais rien changé, jure-t-il. Et cela, même si le timing de ma retraite professionnelle m’a empêché de jouer dans l’Association mondiale (AMH). En 1972, le directeur général Maurice Fillion m’a offert un contrat de trois ans pour jouer avec les Nordiques de Québec. J’ai été obligé de refuser parce que j’étais maintenant installé à Moncton, que j’avais un bon travail et que les enfants allaient à l’école.»

Que pense-t-il du hockey qui se pratique aujourd’hui?

«C’est totalement différent du hockey qui se jouait à l’époque. L’équipement des joueurs n’est plus le même et le jeu a beaucoup changé quand ils ont éliminé la ligne rouge. Mais même si le hockey d’aujourd’hui est plus rapide, je crois que c’était plus excitant dans mon temps. Il y avait plus de place pour la créativité. Aujourd’hui, les joueurs courent partout sur la glace en envoyant la rondelle dans le fond de la zone. Dans mon temps, il y avait plus de jeux de passe», souligne-t-il.

Mentionnons par ailleurs que le sport a toujours été important à la maison. Son épouse Peggy était une excellente joueuse de basketball et elle figure elle aussi au Mur de la renommée de Moncton avec son équipe les Schooners (édition 1967-1968). Son fils Richard a été arbitre dans la Ligue américaine, son autre fils Deny a joué professionnel et pour les Aigles Bleus et sa fille Sherrie se débrouillait très bien au volleyball.

En terminant, Oscar Gaudet exprime sa hâte de voir la pandémie prendre fin.

«J’ai hâte de serrer mes petits-enfants dans mes bras et de les taquiner. En attendant, je me tiens occupé en marchant beaucoup et en faisant du jardinage. Je fais également beaucoup de vélo et j’allais régulièrement nager à la piscine avant la pandémie. Je joue aussi encore au hockey avec mon équipe oldtimer et si tout va bien je serai de retour l’automne prochain. Et l’été, je joue au golf trois fois par semaine», raconte-t-il.

– Joe Haché m’a dit la semaine dernière qu’il était un vieux char en bonne condition. Tu te sens comme lui?

«J’aime bien la comparaison de Joe. Oui, on peut dire que moi aussi je suis un vieux char en bonne condition», termine-t-il en riant.

Oscar Gaudet a été immortalisé à 11 reprises au fil des ans.

1986 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton pour ses nombreux exploits au hockey entre 1960 et 1979.

1988 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Bears de Moncton, qui ont remporté le championnat provincial, des Maritimes, de l’Est canadien et la coupe Hardy en 1974-1975.

1990 – intronisé au Temple de la renommée sportive de la Nouvelle-Écosse en compagnie de ses coéquipiers des Maple Leafs de Windsor, qui ont remporté le championnat du circuit senior de la province, le championnat des Maritimes et celui de l’Est canadien en 1963-1964.

1992 – intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick pour ses nombreux exploits au hockey.

1993 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Hawks de Moncton, qui ont remporté le championnat du circuit senior de la Nouvelle-Écosse et le championnat des Maritimes en 1962-1963.

2009 – intronisé au Temple de la renommée de Balle Molle Nouveau-Brunswick en compagnie de ses coéquipiers des Viponds Sprinklers de Moncton, qui ont dominé la balle rapide sur les scènes provinciales et des Maritimes de 1968 à 1970.

2009 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Beavers de Moncton qui, malgré le fait qu’ils étaient tous d’âge juvénile, ont dominé le hockey junior sur les scènes provinciales et des Maritimes entre 1959 et 1961.

2010 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Viponds Sprinklers de Moncton, qui ont dominé la balle rapide sur les scènes provinciales et des Maritimes de 1968 à 1970.

2011 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Cubs de Moncton, qui ont remporté en 1960 le Championnat des Maritimes de baseball senior.

2012 – intronisé au mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Hawks de Moncton, qui ont remporté la coupe Hardy, emblème du hockey intermédiaire A au pays.

2015– intronisé au Temple de la renommée des Maritimes en compagnie de ses coéquipiers des Beavers de Moncton qui, en 1960-1961, ont remporté le championnat junior A du Nouveau-Brunswick, des Maritimes et de l’Est canadien, pour finalement s’incliner en demi-finale de la coupe Memorial face aux éventuels champions, les St. Michael’s Majors de Toronto.