Le fabuleux destin d’un rouquin nommé Gérald

Les gens ont tendance à l’oublier, mais seulement un Acadien est parvenu à jouer dans la Ligue nationale de hockey pendant les années 1960. Gérald Ouellette, dont l’histoire a surtout retenu son célèbre surnom Red, a disputé 34 parties avec les Bruins de Boston en 1960-1961.

Ceci dit, il serait très réducteur de résumer la carrière de Red Ouellette par son passage dans la capitale du Massachusetts.

D’autant plus que pendant ses 12 saisons chez les professionnels, le hockeyeur de Grand-Sault a été d’une impressionnante régularité. En 841 matchs, séries éliminatoires incluses, Red a accumulé pas moins de 297 buts, 448 passes et 745 points.

Ajoutez à cela le championnat des séries éliminatoires de 1963 avec les Frontenacs de Kingston dans la Ligue Eastern, la coupe Calder de 1970 avec les Bisons de Buffalo dans la Ligue Américaine et la coupe Adams de 1971 avec les Knights d’Omaha dans la Ligue Centrale.

Avec une telle feuille de route, tout en tenant compte bien sûr de sa riche carrière comme entraîneur des Tigres de Campbellton, qu’il a su mener à trois conquêtes de la coupe Hardy, il n’est pas étonnant que Red a été immortalisé à pas moins de 12 reprises, dont quatre fois au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick.

Comme tous les petits gars de son époque, c’est sur une patinoire extérieure que Red a appris à jouer au hockey. Et comme le hockey mineur n’existait pas dans le temps à Grand-Sault, c’est avec des adultes, sous les encouragements de ses parents Adrien et Odélie, que le petit rouquin s’est joint pour la première fois à une équipe à l’âge de 14 ans.

Sa progression est telle qu’en 1957, il obtient une invitation de Sam Pollock pour prendre part au camp d’entraînement des Canadiens juniors d’Ottawa, alors dirigés par Scotty Bowman. Plusieurs autres Néo-Brunswickois sont également invités, soit Joe Haché, Dick Dawson, Nick Murray et Buster Dower.

«J’ai eu un bon camp, mais au bout de 10 jours j’ai attrapé un virus et j’ai été obligé de m’en revenir à Grand-Sault. J’ai donc joué une année supplémentaire avec les hommes», raconte-t-il.

Pendant l’été de 1958, Sam Pollock l’invite une autre fois. Cette fois-ci, il a le choix d’aller soit au camp du Baronet de Québec dans la Ligue junior Montréal métropolitain, ou encore à celui des Siskins de Waterloo dans la Ligue junior B de l’Ontario. Il opte pour les Siskins.

Ses 56 buts et 95 points en saison régulière, ainsi que ses 14 filets et 25 points en séries, sont suffisants pour convaincre une équipe professionnelle de lui faire signe.

«J’avais un bon coup de patin et je jouais avec beaucoup de confiance. Ça ne m’énervait pas de jouer avec des gars de mon âge puisque j’avais passé mon adolescence à jouer contre des hommes», mentionne-t-il.

En 1959, donc, il se voir offrir une invitation au camp d’entraînement des Bruins de Boston par le recruteur Harold Cotton. Du junior B à un camp de la LNH, c’est plutôt hors de l’ordinaire.

Malgré tout, il fait tellement bien que les Bruins lui offrent un contrat d’un an pour joindre les rangs des Frontenacs de Kingston dans la Ligue Eastern. Red terminera sa saison recrue avec 77 points, dont 35 buts.

En 1960, il prend part à son deuxième camp avec les Bruins, mais est encore une fois retourné à Kingston où il ne restera toutefois que quelques semaines avant d’être rappelé par Boston.

Red disputera son premier match le 27 octobre contre les Rangers de New York. La semaine suivante, le 3 novembre, il inscrit son premier but en carrière face aux Red Wings de Detroit à sa cinquième rencontre dans la LNH.

«J’ai marqué sur une échappée devant Terry Sawchuk, se souvient-il. J’en tremble encore. J’ai réussi à le déjouer avec un tir des poignets du côté du biscuit.»

Seize jours plus tard, le 19 novembre 1960 contre ces mêmes Red Wings, il est aux premières loges pour assister aux débuts de son ami Willie O’Ree, originaire comme lui du Nouveau-Brunswick.

«Je savais que j’assistais à un grand moment ce soir-là. Willie a ouvert la porte à tous les autres joueurs noirs qui ont suivi. Et puis, c’était quand même quelque chose de retrouver dans la même équipe deux petits gars d’ici alors qu’il n’y avait que six clubs dans la LNH», souligne-t-il avec raison.

Red Ouellette et Willie O’Ree – Gracieuseté

Avec les Bruins, Red réalisera aussi une soirée de deux buts contre les Maple Leafs de Toronto le 4 décembre. Il disputera finalement son dernier match dans la LNH le 15 janvier contre Toronto, au cours duquel il obtient deux mentions d’aide. Ça lui faisait donc cinq buts et quatre passes en 34 parties.

«Quelques jours plus tard, pendant un entraînement, j’ai commencé à me sentir mal et je l’ai dit au soigneur. Le lendemain j’ai été opéré d’urgence pour une appendicite», affirme-t-il.

«Quand j’ai commencé à prendre du mieux, le directeur général Lynn Patrick m’a rencontré pour me dire que comme les Bruins ne feront pas les séries il préférait m’envoyer à Kingston pour aider l’équipe à se qualifier pour les éliminatoires. Il m’a aussi promis un poste à Boston pour le début de la saison suivante. Je suis donc allé à Kingston et j’ai marqué des buts importants pour aider le club à faire les séries. Nous sommes cependant en 2020 et j’attends toujours que Lynn Patrick remplisse sa promesse», lance-t-il.

Red retient quand même beaucoup de positif de son passage avec les Bruins, à commencer par la façon dont Johnny Bucyk, Léo Boivin et Don McKenney ont pris soin de lui.

«Ils ont été des mentors. Johnny Bucyk, par exemple, a même été jusqu’à héberger ma conjointe Lucille lors de sa visite à Boston pendant les Fêtes de 1960. Nous n’étions pas encore mariés dans le temps et il était hors de question pour Johnny que Lucille séjourne à l’hôtel. Vraiment, j’ai beaucoup appris aux côtés du Chief», indique-t-il.

Pour le reste de sa carrière professionnelle, Red Ouellette évoluera principalement à Kingston, à Minneapolis, à Buffalo et à Omaha. Il fera aussi de courts passages à Providence et à San Francisco.

«J’ai remporté mon premier championnat en carrière en 1963 à Kingston. Je n’avais cependant pas pu participer aux séries parce que Phil Esposito m’a cassé la main à la toute fin de la saison régulière en me donnant un coup de hache avec son bâton. Esposito jouait alors pour les Braves de Saint-Louis», raconte-t-il.

Red me raconte ensuite son expérience à San Francisco en 1964.

«Côté hockey, ça n’a pas du tout fonctionné. Je ne jouais pratiquement pas. En fait, la seule chose que j’aimais c’est qu’on pouvait jouer au golf tous les jours. Mais honnêtement, quand ils m’ont retourné à Minneapolis, ça faisait bien mon affaire», révèle-t-il.

À Buffalo, après deux saisons plutôt moyennes où il est utilisé au sein d’un troisième trio, il fera la connaissance du meilleur entraîneur pour qui il a évolué, Fred Shero.

«Fred m’a tout de suite remis dans un rôle offensif et je suis même devenu le capitaine du club. À ma dernière saison avec les Bisons, en 1969-1970, nous avons même gagné la coupe Calder. Je me souviens aussi d’avoir joué avec Brad Park. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de faire dévier quelques-uns de ses tirs frappés de la ligne bleue. Je l’aimais bien celui-là parce qu’il gardait ses tirs bas. Il n’était pas comme certains qui lançaient leur rondelle souvent près des oreilles», dit-il en riant.

«Les Bisons ont ensuite disparu pour faire la place aux Sabres qui débutaient dans la LNH. Moi et deux autres gars des Bisons avons toutefois été invités au camp des Sabres, mais ils n’étaient pas trop intéressés à nous avoir. Je peux te dire que ça n’a pas cliqué entre l’entraîneur Punch Imlach et moi. J’ai heureusement eu l’occasion d’assister aux premiers coups de patin de Gilbert Perreault chez les pros et il m’avait drôlement impressionné», indique-t-il.

Alors qu’Imlach prévoyait de l’envoyer dans le club-école des Sabres, Red a profité du passage des Rangers de New York pour une partie hors-concours afin d’approcher Émile Francis afin qu’il le sorte de Buffalo. Au bout d’une semaine, Francis lui propose de retrouver Fred Shero à Omaha.

Red y disputera sa dernière saison professionnelle, où il terminera avec un total de 81 points et le titre de joueur le plus utile de la Ligue Centrale. Nommé capitaine par Shero dès son premier entraînement avec l’équipe, il guidera aussi les Knights vers la conquête de la coupe Adams.

«Je me souviens encore du dernier match de la finale. Il faisait près de 30 degrés Celsius dans l’aréna de Dallas pour le sixième match. Nous avons finalement gagné en deuxième période de prolongation sur un but de Pierre Jarry», mentionne-t-il.

C’est aussi à Omaha que Red fit connaissance d’André «Moose» Dupont. Il avait justement une anecdote à raconter de l’ancien défenseur des Flyers de Philadelphie.

«Moose, comme tous les autres francophones de l’équipe, n’était pas très bon en anglais dans le temps. Ils s’arrangeaient toujours pour s’asseoir avec moi au restaurant. Un bon matin, pour le déjeuner, je suis allé m’asseoir avec Fred Shero et Moose s’est retrouvé à une autre table avec les autres francophones. J’ai alors fait exprès d’envoyer la serveuse prendre la commande du Moose et ce dernier a alors demandé à voix haute: ‘‘Two eggs side by each and two pairs of toasts’’ (Deux œufs côte à côte et deux paires de toasts). Nous avons tellement ri. Une heure plus tard, à l’entraînement, Fred a regroupé tous les gars sur la glace pour leur dire que désormais les commandes des déjeuners seront effectuées par Moose. Nous l’avons taquiné avec ça pendant toute la saison», confie-t-il.

Nouveau défi à Campbellton

Pendant l’été de 1971, Peter Maher se met en tête de le convaincre de déménager ses pénates à Campbellton pour tenir le double rôle de joueur et entraîneur des Tigres.

«Lucille et moi sommes allés les rencontrer à Campbellton et à un moment donné. Voilà le surintendant des écoles qui arrive et qui offre du travail à Lucille comme enseignante pour l’année suivante. Ils m’ont offert un contrat ce jour-là, mais je n’ai pas signé tout de suite. En gros, ils voulaient aussi que je m’occupe à la fois des Tigres et que je prenne soin du hockey mineur.»

«Par la suite, chaque fois que Peter Maher m’appelait le salaire montait. À un moment donné j’ai dit à Lucille: ‘‘Je suis quand même pas Gordie Howe. Qu’est-ce que ce serait j’arrêtais ma carrière professionnelle et qu’on s’en allait vivre à Campbellton?’’ Nous avions deux enfants (Monique et Jean-Marc) et ma plus vieille était tannée de changer d’école chaque année. On m’a donc offert un contrat de deux ans plus une année d’option. Finalement, j’y suis resté 24 ans. Lucille, elle, y a travaillé comme enseignante jusqu’en 1996. Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas, mais règle générale ç’a été une très belle aventure à Campbellton», prétend-t-il.

À sa première saison avec les Tigres, Punch Imlach lui réserve un fort mauvais tour en refusant de lui redonner son statut de joueur amateur. Il n’obtiendra finalement gain de cause qu’en toute fin de saison.

«J’ai croisé Punch Imlach une dernière fois dans un restaurant à Moncton à la fin des années 1970. Il a même eu l’audace de me demander si j’étais encore à Campbellton. Ça m’a tout pris pour ne pas exploser», affirme-t-il.

Excellent joueur de baseball dans ses jeunes années, Red Ouellette a aussi eu beaucoup de succès comme golfeur. La preuve, il revendique 11 trous d’un coup au fil des ans.

«J’ai profondément aidé le hockey et le sport en général. C’est avec le sport que je me suis éduqué et ça m’a permis de tirer des leçons de vie qui m’ont beaucoup aidé dans la vie. Le hockey m’a permis de vivre une vie spéciale», dit-il.

«Je suis très fier d’avoir joué professionnel pendant 12 ans. Je suis également très fier d’avoir pu disputer 34 matchs dans la Ligue nationale. Et enfin, je suis très fier d’avoir pu laisser ma marque un peu partout où j’ai travaillé comme joueur ou comme entraîneur», ajoute Gérald Ouellette.

Gerry Red Ouellette a été immortalisé à 12 reprises

1989 – Intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick pour ses accomplissements comme joueur.

1989 – Intronisé au Temple de la renommée sportive de Campbellton avec l’équipe des Tigres, édition 1971-1972, qui a remporté la coupe Hardy face aux Red Wings de Rosetown, en Saskatchewan.

1990 – Intronisé au Temple de la renommée sportive de Campbellton pour son travail derrière le banc des Tigres qu’il a mené à trois conquêtes de la coupe Hardy.

1994 – Intronisé au Temple de la renommée sportive de Campbellton avec l’équipe des Tigres, édition 1976-1977, qui ont remporté la coupe Hardy en défaisant le Warroad du Minnesota en finale au vieux Garden.

1996 – Intronisé au Temple de la renommée sportive de Waterloo, en Ontario.

1998 – Intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick avec l’équipe des Tigres de Campbellton, édition 1971-1972, qui a remporté la coupe Hardy à Rosetown, en Saskatchewan.

2001 – Intronisé au Temple de la renommée sportive de Campbellton avec l’équipe des Tigres, édition 1987-1988, qui ont remporté la coupe Hardy en battant en finale les Kangaroos de Quesnel au vieux Garden.

2002 – Intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick avec l’équipe des Tigres de Campbellton, édition 1976-1977, qui a remporté la coupe Hardy en défaisant le Warroad du Minnesota en finale au vieux Garden de Campbellton.

2007 – Intronisé au Temple de la renommée sportive Campbellton avec l’équipe des Tigres, édition 1977-1978, qui ont perdu en finale de la coupe Hardy devant les Mohawks de Prince George, en Colombie-Britannique.

2011 – Intronisé au Temple de la renommée sportive de Grand-Sault pour ses nombreux exploits sportifs.

2013 – Intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick avec l’équipe des Tigres de Campbellton, édition 1987-1988, qui a remporté la coupe Hardy en défaisant en finale les Kangaroos de Quesnel à Campbellton.

2018 – Intronisé au Temple de la renommée sportive des Maritimes pour ses exploits sportifs.